Jean-Baptiste Lemoyne : "Les compagnies aériennes ne sont pas là pour faire du bénéfice dans ces circonstances exceptionnelles"

Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 24 mars sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Jean-Baptiste Lemoyne, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 24 mars à 7h40.

Lundi 23 mars, Edouard Philippe a annoncé réduire le confinement, en limitant les sorties individuelles, qui doivent rester rares, à un kilomètre autour de chez soi, ainsi que les marchés extérieurs, mais pas d'annonces sur l'extension de la durée du confinement. "L'épidémie est évolutive et la réponse sanitaire du gouvernement est évolutive explique Jean-Baptiste Lemoyne. Tout cela s'apprécie sur la base de conseils scientifiques, avec un avis éclairé. Rien n'est pire que de prendre une décision sur la base du doigt mouillé ! estime-t-il. Le Premier ministre a fait en sorte que le confinement soit mieux respecté, qu'un certain nombre de dérogations soient plus encadrées, avec un impératif : limiter les contacts pour vaincre ce fichu virusLe conseil scientifique se réunit aujourd'hui [mardi 24 mars], il faudra ensuite évaluer ce qu'il a dit, mais à ce stade, respectons le confinement tel qu'il a été déclaré" insiste-t-il.

 

Jean-Baptiste Lemoyne : "Je vois un sursaut européen dans cette crise"

Il n'y a pas vraiment de réponse coordonnée de la part de l'Europe souligne Patrick Roger. "Au contraire, on est dans un moment où les Européens se rendent bien compte que s'ils ne sont pas unis, ils ne réussiront pas à vaincre ce virus affirme Jean-Baptiste Lemoyne, qui voit un sursaut européen dans cette crise. Le président de la République a souhaité qu'il y ait une véritable réponse européenne et c'est à son initiative que s'est tenu pour la première fois il y a un peu plus d'une semaine un Conseil européen en visioconférence, pour prendre des mesures de coordination sanitaire, des mesures économiques car il faut préserver nos emplois, accompagner les entreprises.

 

La présidente de l'Union européenne a demandé aux États de faire en sorte que tous les camions qui font la logistique de cette guerre contre le virus ne soient pas retenus trop longtemps entre les frontières. À tous les niveaux, on parle avec nos homologues assure le Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, car c'est ainsi qu'on résoudra les problèmes. L'Europe est à la fois unie et diverse : il faut s'adapter aussi aux spécificités locales reconnaît Jean-Baptiste Lemoyne, et à la dynamique de l'épidémie qui est variable d'un pays à l'autre, et même d'un territoire à l'autre au sein d'un pays".

"On met tout en oeuvre pour que les vols soient planifiés et qu'ils se fassent à des tarifs modérés"

 

Le confinement est mondial, avec plus d'un milliard de personnes concernées. Des Français sont encore bloqués à l'étranger. "70.000 Français sont encore à l'étranger confirme Jean-Baptiste Lemoyne. Nous sommes mobilisés pour que des dizaines de vols soient planifiés pour rentrer en France. Aujourd'hui par exemple, un avion revient des Philippines où nous avions 412 compatriotes bloqués. C'est un travail quotidien avec les consulats, les ambassades. C'est un gros travail de logistique pour que les compagnies acceptent et puissent atterrir, et que les compagnies pratiquent des prix modérés ! Beaucoup ont dû acheter des billets pour des vols annulés et se retrouvent parfois avec peu de moyens explique-t-il. On met tout en oeuvre pour que les vols soient planifiés et qu'ils se fassent à des tarifs modérés. Il faut que les compagnies débranchent leur système d'IA pour que les prix soient modérés. Les compagnies aériennes ne sont pas là pour faire du bénéfice dans ces circonstances exceptionnelles, mais voler à prix coûtantDans 6-7 jours nous espérons rapatrier tous les Français annonce Jean-Baptiste Lemoyne. Plus on avance dans le temps, plus on doit faire face à des communautés de touristes français dans des pays parfois très enclavés, avec des problèmes de logistique. J'appelle nos compatriotes à la patience et à la compréhension".
Certains partent encore à l'étranger soulève Patrick Roger. "Il est fortement déconseillé de partir à l'étranger ! précise Jean-Baptiste Lemoyne. Il y a environ 170 pays dans le monde qui ont pris des mesures contre les Français rappelle-t-il, car nous sommes considérés comme l'un des foyers européens. J'en appelle à la responsabilité générale. On a besoin d'avoir encore des aéroports qui fonctionnent pour pouvoir accueillir ces vols pour que tout le monde puisse revenir à la maison". Il n'y a toujours pas de contrôle de prise de température à l'arrivée dans les aéroports français. "Nous demandons aux Français qui reviennent de l'étranger de se confiner dès qu'ils arrivent et de suivre les protocoles sanitaires s'ils présentent des symptômes précise le Secrétaire d'État. La prise de température peut laisser passer des cas de gens en incubation du virus."

Réservation de voyages : "l'avoir d'un voyage programmé sera valable 18 mois"

Le tourisme est l'un des gros secteurs touchés par cette crise mondiale ; à combien se chiffrent les pertes ? "La France est le premier pays en matière d'accueil de touristes rappelle Jean-Baptiste Lemoyne. Le tourisme génère environ 170 milliards d'euros de recettes par an. Si la situation devait durer un trimestre, ce seraient 40 milliards d'euros qui seraient évaporés et le tourisme fait travailler 2 millions de personnes. Nous sommes vraiment mobilisés aux côtés des professionnels du secteur. Nous avons préparé des décisions d'urgence : nous permettrons notamment aux agences de voyages de pouvoir reporter les voyages prévus et que les gens qui ont réservé un voyage bénéficient d'un avoir qui leur permettra de voyager une fois la crise sanitaire achevée. L'avoir d'un voyage programmé sera valable 18 mois. Au bout des 18 mois, si l'avoir n'est pas utilisé, le remboursement sera possible" précise-t-il.
Concernant les vacances d'été, "il est aujourd'hui très difficile de faire des prévisions explique Jean-Baptiste Lemoyne. Il faudra préparer ses vacances d'été un peu plus tard, en fonction de la situation. Je pense qu'il y aura un regain pour le tourisme national après la crise. Nous allons sûrement redécouvrir notre pays" estime-t-il.