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J-P. Vouche (psychologue) : "Il faut garder du lien avec les témoins ou victimes d'attentats"

Par Mathieu D'Hondt

Jean-Pierre Vouche, psychologue clinicien spécialiste des urgences post-traumatiques, était l'invité de Dimitri Pavlenko ce lundi dans le Grand matin Sud Radio.

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Alors que l'actualité est actuellement marquée par le nouvel attentat - revendiqué par l'État islamique - qui a frappé la ville de Londres, le Grand Matin Sud Radio se penche aujourd'hui sur les séquelles psychologiques que doivent affronter les victimes et les témoins de ce genre d'attaques. Notre invité Jean-Pierre Vouche, psychologue clinicien spécialiste des urgences post-traumatiques, nous en dit plus.

Bonjour Jean-Pierre Vouche, première question : quel peut être l’impact de la méthode d’attaque (camion bélier et attaque au couteau) sur la prise en charge des victimes ?

Il y a des impacts multiples : individuels, collectifs et aussi politiques. En tant que psychothérapeute, on va penser à ces différents niveaux. On travaille sur le concept de résilience, cette capacité à rebondir après un état de confrontation à des excitations extérieures qui sont imprévisibles, quand l’individu va essayer de digérer l’événement. On n’est pas tous égaux à ce niveau là. Certains ont des capacités. Par exemple, le restaurateur derrière la vitre de son restaurant qui voit le terroriste avec son poignard, il a une capacité à ce moment là de contrôler l’établissement. Ou bien cette femme blessée qui a résisté au niveau de la porte du restaurant, elle a puisé dans ses ressources personnelles pour trouver les moyens de contrôler sa peur pour ensuite penser aux autres. Tout le monde n’a pas cette capacité, il y a des gens qui sont dans un état de stupeur et de sidération et sont complètement paralysés. Nous, on va essayer de faire le tri parmi tout ce fracas.

Il faut donc évaluer la situation des gens en face de vous ?

Exactement ! Par exemple, pour l’attentat du Bataclan j’ai été appelé assez rapidement et en effet, pendant plusieurs heures, on a dû faire le tri des personnes qui demandaient un soutien psychologique immédiat.

Quelle que soit la méthode employée, les dégâts sont colossaux car ça se propage comme une onde de choc à la zone même, puis à tout un quartier. Avec la rumeur, on sait qu’il se passe quelque chose.

Oui et il y a le rôle des médias aussi. J’ai par exemple travaillé avec des enfants qui ont beaucoup regardé les infos et c’est vrai qu’ils sont atteints également. Pour nous, ce sont des victimes secondaires. Je fais une différence quand même entre un attentat avec bombe ou explosif car il y a quelque chose de plus important, puisque tous nos sens vont être atteints et les blessures ne sont pas les mêmes.

Vous dites, « attention à toutes les victimes invisibles », les témoins et ceux qui ne se manifestent pas. Ainsi, 40 % des civils souffraient encore d’un problème de santé mentale longtemps après la tuerie de Charlie Hebdo. À Nice également, des centaines de témoins ne supportent plus le bleu de la mer.

Oui parce que par rapport au traumatisme immédiat, on va enregistrer des images qui peuvent être visuelles, sonores, olfactives. Ce sont ces images traumatiques qui vont ensuite nous poursuivre et on essaie de travailler sur ces éléments là. Vous avez des gens qui vont certainement décompenser mais en différé, dans plusieurs semaines ou plusieurs mois. Aujourd’hui, ils ne se manifestent pas et puis on va les voir réapparaître à un moment dans un service de soin et on va les prendre en charge. On fait toujours attention à ces personnes qu’on a rencontrées, on garde du lien pour savoir où ils en sont.

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