Du stress pour commencer, une douce folie ensuite, puis une dose de suspense et enfin la délivrance: à Anterselva, les biathlètes français Fabien Claude, Emilien Jacquelin, Quentin Fillon Maillet et Eric Perrot ont écrit une page d'histoire avec l'or olympique en relais.
Avec la consécration suprême pour cette bande de potes, ils ont effacé des tablettes plusieurs records pour les sports d'hiver français, d'un seul coup de maîtres.
Ils ont décroché la 16e médaille française aux JO-2026, une de mieux que le record des éditions 2014 à Sotchi et 2018 à Pyeongchang, et le 4e titre du biathlon français, qui était resté bloqué à trois en 2018 et 2022 à Pékin.
Le record de sept médailles du biathlon sur une édition est déjà pulvérisé, grimpant désormais à neuf avant les trois dernières courses (relais féminin, mass starts masculine et féminine).
Ils ont surtout décroché le seul titre olympique qui manquait encore au palmarès du biathlon français chez les hommes, poussés par une densité qui leur a enfin permis de rivaliser avec les meilleures nations.
L'ancien biathlète Martin Fourcade félicite Quentin Fillon Maillet sur le podium du relais des JO-2026 le 17 février 2026 à Anterselva
Marco BERTORELLO - AFP
Petit clin d'oeil de l'histoire, c'est Martin Fourcade, le sportif français le plus titré des Jeux olympiques (6), hiver et été confondus, qui a remis les médailles d'or à ceux qui ont été pour certains ses partenaires en équipe de France. Avant que les héros du jour ne s'époumonent pour chanter la Marseillaise.
"J'ai vraiment apprécié que ce soit lui qui nous la donne, parce que j'ai passé aussi beaucoup de temps avec lui en équipe, on a eu tellement de succès ensemble, et pour moi, il fait partie aussi de ces équipes et de cette réussite aujourd'hui", a savouré Quentin Fillon Maillet.
- Huitième médaille pour QFM -
Le Jurassien de 33 ans devient lui le sportif français le plus médaillé des Jeux d'hiver avec huit médailles en deux éditions, dont cinq en or.
Au moment où Eric Perrot a franchi la ligne d'arrivée, les larmes ont coulé sur les joues de Jean-Pierre Amat, champion olympique de tir en 1996 à Atlanta et qui entraîne les Français au tir depuis trois saisons. "Je partirai à la retraite l'âme en paix", a-t-il glissé.
"C'est la première victoire d'un relais aux JO pour les garçons, ça c'est un petit morceau d'histoire mais la course en elle-même, le déroulé de la course, rien que ça, ça mérite de rester aussi dans l'histoire", a ajouté le coach du tir.
Car la quête ultime de cet or olympique en relais masculin n'a pas été un long fleuve tranquille mardi après-midi sur le site en altitude (1.600 mètres) d'Anterselva.
Sous une neige qui s'est mise à tomber en abondance en début de matinée et qui a continué à tomber plus finement pendant la course, Fabien Claude, premier en lice, a mis le relais en difficulté avec un tour de pénalité.
- "Des chiens" -
Emilien Jacquelin, deuxième relayeur bleu, le 17 février 2026 à Anterselva. "Je l'ai joué au panache, à l'envie, avec le coeur", a dit le biathlète isérois, qui a remis les Bleus en tête de la course
FRANCK FIFE - AFP/Archives
Le stress pouvait alors commencer avec une cinquantaine de secondes de retard sur les leaders au moment de passer le relais à Emilien Jacquelin. Le Grenoblois, médaillé de bronze dimanche en poursuite, a alors apporté son panache et sa douce dose de folie pour combler l'écart et mettre tout le monde dans le rouge.
Sur une neige différente des autres jours, mais avec une glisse toujours parfaite, Quentin Fillon Maillet a ensuite offert aux Français un final d'anthologie, un combat des chefs entre Eric Perrot, le Norvégien Vetle Christiansen, et le Suédois Sebastian Samuelsson.
Et à ce petit jeu, Perrot est difficile à battre. Il a fait le plein sans pioche sur son tir couché, s'est construit une marge avant d'aborder le tir debout et a parfaitement bouclé l'affaire sur le dernier tour, malgré deux pioches et un Christiansen parfait debout et revenu à huit secondes.
Quentin Fillon Maillet, Emilien Jacquelin et Fabien Claude se précipitent vers Eric Perrot, le dernier relayeur français qui vient de franchir en tête la ligne d'arrivée du relais des JO-2026 le 17 février 2026 à Anterselva
Marco BERTORELLO - AFP/Archives
Plus jeune des quatre, Perrot avait pris la parole la veille au moment de la causerie, promettant au staff et aux techniciens qu'ils se battraient comme des "chiens".
"Ce n'était pas un relais parfait aujourd'hui pour nous, de A à Z. Mais on s'en fout complet parce qu'on a couru avec le coeur et les crocs et c'est ce qu'on voulait. Et quelle fierté de jouer avec ce panache-là en fait", a expliqué Eric Perrot, dans un lâché prise assez rare en zone mixte.
Par Arthur CONNAN, Thomas BACH / Anterselva (Italie) (AFP) / © 2026 AFP