Élisabeth Lévy : "Les sondages influencent le vote, c'est anti-démocratique"

Élisabeth Lévy pousse un coup concernant les sondages pour l'élection présidentielle.

Élisabeth Lévy pousse un coup concernant les sondages pour l'élection présidentielle.

J’ai le plus grand respect pour les sondeurs et notre ami Frédéric Daby en particulier. Et je précise que ses sondages ne sont nullement truqués. Le problème c'est ce que nous nous faisons des sondages. Le sondage peut être un élément de connaissance de la société mais le problème c'est que pour les politiques, il a remplacé la connaissance directe. Ils sont déconnectés, donc ils commandent des sondages pour savoir ce que les Français pensent. Sur tout et n’importe quoi. Quels animaux domestiques et avec quel candidat ils voudraient boire une bière ? Avec quel candidat ils voudraient coucher ?

Le Risque est qu'on fasse une politique de la demande. On vous sonde pour savoir ce que vous voulez et ensuite on vous le propose. Or, on voudrait que nos élus aient des convictions, des propositions des idées. Pas celles qu’on leur donne. E

Quant au journalisme politique, il devient du commentaire des sondages. 

Mais en période électorale ils donnent des indications précieuses

C'est encore plus problématique. Depuis le début de la non-campagne, des centaines de sondages, peut-être des milliers ont été publiés. Et les sondeurs ont beau dire que c’est une photo à l’instant t et même une photo floue, les sondages font office de prédiction. 

Résultat: l'affaire du vote utile. Il n'existe que sur la base des sondages. Les sondages déterminent les votes essentiels et les votes superflus. Si on vous dit que X et Y seront au deuxième tour et que Z est en troisième place, tous les votes qui ne sont pas pour X,Y et Z sont non-essentiels. Autrement dit, des gens déterminent leurs votes en fonction des sondages plutôt que de leurs convictions, que les sondages  influencent le vote. C'est parfaitement anti-démocratique. Supposez qu’ils se trompent, des gens auront voté en fonction de sondages erronés. 

La seule solution est interdire la publication des sondages pendant plusieurs semaines avant une élection. Que chacun choisisse en son âme et conscience le candidat qui fera la meilleure politique. Que les sondeurs ne s’inquiètent pas les états-majors politiques continueront à en commander. Sauf qu’ils payeront plus chers. Ainsi les journalistes et tous les citoyens retrouveront le sel de la démocratie: l’incertitude.