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Procès de Vanessa Bérard : récit d'un parcours de vie marqué par la violence

Enfant placée, violée et rejetée ; femme battue par ses conjoints : le récit du parcours de vie ravagé de Vanessa Bérard a ouvert mercredi le procès devant la cour d'assises spéciale de Paris de cette islamiste radicale française partie en Syrie fin 2013.

Scales of justice symbolizing the trial of Vanessa Bérard
DAMIEN MEYER - AFP/Archives

Enfant placée, violée et rejetée ; femme battue par ses conjoints : le récit du parcours de vie ravagé de Vanessa Bérard a ouvert mercredi le procès devant la cour d'assises spéciale de Paris de cette islamiste radicale française partie en Syrie fin 2013.

Cette femme y avait emmené son fils aîné de 5 ans et sa fille de 2 ans. Encourant la perpétuité, elle comparaît aussi pour tentative de meurtre contre celui qui lui avait été imposé comme mari, un jihadiste français de l'organisation État islamique, Mohamed Skalab.

Jeudi, cet homme originaire de Nîmes donnera sa version de ce qui s'est passé au printemps 2014 dans leur appartement de Raqqa en Syrie : son épouse qui, selon l'accusation, adhérait pleinement "à l'idéologie mortifère" de Daesh, lui aurait tiré dessus pour l'empêcher de déserter, ce qu'il fera quelques semaines plus tard, la laissant en Syrie enceinte de leur fille pour rentrer en France où il est arrêté.

Mais Mohamed Skalab, qui témoignera depuis sa prison, devra aussi écouter un autre récit. Ce tir n'était "pas une tentative de meurtre", dit Vanessa Bérard, 38 ans. C'était pour se défendre de violences conjugales, explique cette Lyonnaise d'origine qui a certes "pris conscience (...) que malgré (elle) des horreurs ont été commises", mais s'efforce de relativiser la profondeur de son adhésion au projet jihadiste ou les bénéfices matériels qu'elle en a retirés, points cruciaux dans la peine qui sera prononcée vendredi.

- "Décrassage" -

La violence, la maltraitance et le malheur, Vanessa Bérard ne connaît que ça, depuis toujours. Dès six mois, elle est placée en famille d'accueil.

Sa mère "toxicomane, alcoolique" désigne en "vilain petit canard" la petite fille blonde aux yeux bleus quand tous ses autres enfants se ressemblent, bruns comme elle, raconte-t-elle. Au point d'introduire un doute persistant sur celui qui lui est présenté comme son père biologique.

De ce dernier, condamné pour des faits de pédocriminalité, elle subit des agressions sexuelles, dit-elle avant de s'écrouler quand une amie d'enfance rapporte les récits de viols que lui faisait Vanessa Bérard à l'adolescence.

Mais la famille d'accueil n'est pas un havre. A chaque retour de week-end passé chez ses parents, vient la séance de "décrassage" : sa nourrice la frotte "jusqu'à en devenir rouge", "au vinaigre pour enlever toutes les saletés de (sa) mère", d'origine maghrébine.

A 15 ans, elle est congédiée et placée en foyer. Elle devient une proie des garçons : les rapports sexuels imposés, "c'était pas des viols parce que je me laissais faire", dira-t-elle pendant l'enquête.

- "Refuge identitaire" -

Avec délicatesse, le président interroge Vanessa Bérard sur ces traumatismes, ces carences affectives, ces failles identitaires. "Quelle place une idéologie, une religion, peut prendre pour combler un manque", "pour se remplir d'autre chose ?", demande le magistrat à une psychologue.

L'islam lui apporte un "début de sérénité, d'apaisement" avec un corollaire : plus sa pratique serait rigoriste, "plus elle se sentirait aimée", répond l'experte.

"Ce refuge identitaire" proposé par l'islam radical, "c'est la faille" de Vanessa Bérard, renchérit une enquêtrice de la DGSI. Quitte à sombrer dans la plus grande radicalité, avec une "aversion particulière pour la France" et un parcours en Syrie typique des "jusqu'aux-boutistes", selon la commissaire.

Ses vides, Vanessa Bérard a aussi voulu les combler avec le père de son fils aîné, un délinquant qui l'entraîne dans ses larcins. Quand il n'est pas en prison, cet homme la bat. Puis elle tombe enceinte d'un autre, tout aussi violent.

En 2013, elle décide de partir en Syrie, notamment attirée par Emilie König, l'"égérie" des jihadistes français. C'est par son biais qu'elle épouse religieusement Mohamed Skalab, après une rencontre de dix minutes. Qui s'avère vite violent. Comme le jihadiste tunisien qui lui est ensuite imposé, avec qui elle aura un quatrième enfant.

En 2017, ses filles sont tuées dans un bombardement. Deux ans plus tard, à la chute de Baghouz, ultime bastion de l'EI, arrêtée par les forces kurdes, elle est enfermée dans un camp. Puis est rapatriée en octobre 2022 avec ses deux fils.

L'aîné, 17 ans, est assis devant elle mercredi, en quête de réponses sur son enfance volée. Quand la psychologue évoque le souhait de Vanessa Bérard de renouer avec ses fils une fois libre, elle tente, en larmes, d'accrocher le regard de son enfant. Il ne cille pas. Mais en fin d'audience, il s'approche du box pour quelques mots avec sa mère.

Par Nicolas GAUDICHET / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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