Vincent Jauvert : la "société n'a jamais été aussi liquide que depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe"

Vincent Jauvert, journaliste et auteur de "La Mafia d’État" aux éditions Seuil, était l’invité d’André Bercoff le 20 octobre 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états".

Vincent Jauvert
Vincent Jauvert, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Pour Vincent Jauvert, "le pantouflage, c’est la capacité qu’ont les hauts fonctionnaires ou certains hauts fonctionnaires d’aller vendre leurs connaissances de l'État, de ses fonctionnements, de ses dysfonctionnements, de ses réseaux, de ses hommes, de vendre tout ça au privé". "Il y a maintenant ce qu’on appelle le rétro-pantouflage, c'est-à-dire le retour de ces hommes là qui étaient dans le privé qui reviennent dans le public", juge le journaliste. Pour l’auteur de La mafia d’État, ces hauts fonctionnaires reviennent "pour reconstituer leur carnet d’adresses, pour reconstituer leurs connaissances de l’État pour pouvoir repartir" dans le privé ensuite.

Selon Vincent Jauvert, il s’agit de manœuvres qui sont "encouragées". "La ministre de la Fonction publique le dit : il faut que les hauts fonctionnaires, il est bien que les hauts fonctionnaires aillent travailler dans le privé", explique-t-il au micro de Sud Radio. "Je n’ai rien du tout contre le privé", explique l’auteur de La mafia d’État, ni contre le fait que "les fonctionnaires aillent dans le privé, mais ça dépend dans quel privé".

 

"Édouard Philippe (...) a demandé à devenir administrateur d'Athos"

"Comme par hasard, la plupart des hauts fonctionnaires qui vont dans le privé, vont dans cette zone, vous savez, qui est intermédiaire entre le public et le privé", explique Vincent Jauvert. Dans "le lobbying par exemple, [...] on retrouve d’anciens hauts fonctionnaires, d’anciens hommes politiques qui sont aussi hauts fonctionnaires, qui vont vendre leur carnet d’adresses à des boîtes privées", explique le grand reporter à L’Obs.

Pour Vincent Jauvert, "c’est ça qui pose question". "De même pour des fiscalistes, des gens qui, à Bercy, ont fait la règle fiscale et qui ensuite vont dans des cabinets (notamment d’avocats) qui protègent contre le fisc", explique le journaliste. "Encore une fois", insiste-t-il, "s’ils allaient travailler dans une industrie chimique, diriger une entreprise, aucun problème", s’ils allaient "monter des start-ups, formidable", explique-t-il. "Mais regardez, Édouard Philippe", continue le journaliste, "notre homme politique le plus populaire de France, on ne le sait pas, mais 15 jours après qu’il ait quitté Matignon, il a demandé à devenir administrateur d’Athos, qui est un grand groupe qui a beaucoup de contrats avec l’État", explique l’auteur de La mafia d’État au micro de Sud Radio.

 

"Il y a un système d'étude de déontologie qui marche mal"

"C’est une société liquide et qui n’a jamais été aussi liquide que depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe", explique le journaliste Vincent Jauvert. "Surtout d’Édouard Philippe et des gens qui sont autour de lui". "Jamais nous avons eu des allers-retours aussi nombreux qui, sur le papier, ne posent pas de problème mais qui, dans la pratique, en posent énormément", juge-t-il.

"C’est vrai que depuis quelques années", explique l‘auteur du livre La mafia d’État, "il y a un système d’étude de déontologie". Pour Vincent Jauvert, ce système déontologique "marche mal". "Les règles sont peu respectées et souvent pas assez hautes", estime le journaliste. "Et donc on assiste à une fusion, à une PMA financière, à un pacs financier entre les hauts fonctionnaires de l’État et le grand public", juge le grand reporter à L’Obs.

Retrouvez ici l'émission Bercoff dans tous ses états sur Sud Radio

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