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Sanctions contre Israël : la France va-t-elle vraiment passer à l'acte ? 

Face à l'expansion de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à la multiplication des violences contre les Palestiniens, la France et onze autres pays annoncent vouloir restreindre le commerce avec les colonies. Mais y aura-t-il des sanctions réelles ?

(Photo by Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

La France passe à l'offensive. Avec le Royaume-Uni, le Canada, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, l'Irlande, l'Islande, la Norvège, la Pologne, le Portugal et la Suède, elle confirme son intention d'imposer des restrictions nationales au commerce de biens issus des colonies israéliennes jugées illégales au regard du droit international. Certains de ces pays comptent également soutenir des mesures similaires à l'échelle européenne.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé la nouvelle sur X, précisant que la Cisjordanie se trouve « au bord de l'explosion ». Selon lui, le président Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Andy Burnham et son homologue canadien Mark Carney se sont accordés sur la nécessité d'agir pour éviter une nouvelle détérioration de la situation sur le terrain.

« Violation du droit internationale » et « nettoyage ethnique »

Dans leur communiqué conjoint, les ministres dénoncent une expansion de la colonisation menée en violation du droit international, ainsi qu'une recrudescence des violences commises par des colons extrémistes à l'encontre des Palestiniens, qualifiées d'actes de terreur y compris par certaines autorités israéliennes. Jean-Noël Barrot évoque une atteinte grave à la dignité du peuple palestinien et estime que cette dynamique met en péril la solution à deux États, qu'il présente comme la seule alternative à un état de guerre permanent.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a même parler de nettoyage ethnique dans certaines zones de Cisjordanie et reproche au gouvernement israélien d'avoir fermé les yeux sur ces agissements.

Le ton monte en Israël

De son côté, l’Autorité palestinienne appelle les douze pays signataires à transformer rapidement ces déclarations en mesures contraignantes, afin que le gouvernement israélien réponde de ses actes.

La réponse israélienne, elle, est sans appel. Un responsable des colons dénonce des mesures qu'il juge antisémites et honteuses. Le gouvernement israélien qualifie de scandaleuses les critiques britanniques et a répliqué en annonçant la fermeture du consulat du Royaume-Uni à Jérusalem, ainsi qu'une interdiction d'entrée sur le territoire israélien visant douze personnalités britanniques accusées d'antisémitisme, parmi lesquelles l'ancien leader travailliste Jeremy Corbyn.

Une mesure « plus symbolique que concret »

Interrogé par Sud Radio, Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po Paris et spécialiste des questions internationales, appelle à la prudence sur la portée réelle de ces annonces : « C'est plus symbolique que concret, parce que ça va être difficile d'identifier à la frontière, aux importations, les produits qui sont issus des colonies israéliennes. Il faudrait que tous les produits soient étiquetés correctement, et je pense que ce ne sera pas le cas », explique-t-il

« Le fait de condamner les exactions à la mort palestine, le fait de vouloir boycotter les produits qui viennent des colonies israéliennes importées légalement en Cisjordanie, ne signifie pas qu'il y aura un boycott de la totalité des relations commerciales avec Israël », selon lui.

Une mesure ciblée, pas un boycott d'Israël

Le Quai d'Orsay insiste que cette décision, conforme selon lui au droit international, ne constitue en rien un boycott d'Israël. Paris affirme vouloir maintenir des échanges économiques et commerciaux avec l'État hébreu, tout en continuant à s'opposer aux appels au boycott portés au niveau national. La diplomatie française rappelle qu'elle militait depuis plusieurs semaines pour une décision commune à l'échelle de l'Union européenne, premier partenaire commercial d'Israël, avant de se résoudre, faute de consensus européen, à agir au niveau national.

Néanmoins, plusieurs zones d'ombre existent. Interrogé sur les modalités pratiques de cette interdiction, le Quai d'Orsay n'a pas été en mesure de préciser si une nouvelle législation serait nécessaire, quels produits seraient précisément visés, ni quel volume d'importations pourrait être concerné à terme. Par exemple, l’Irlande et l'Espagne, elles, ont déjà franchi le pas : Dublin a notamment voté en juillet une loi interdisant l'importation de biens agricoles et industriels issus des colonies.

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