Quel avenir pour la presse en Russie ? 

Au lendemain de l'intervention courageuse de Marina Ovsiannikova en plein journal TV, que reste-t-il de l'information en Russie ?

OTAN
Face à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Suède et Finlande veulent rejoindre l'OTAN. ( AFP)

Une employée d'une chaîne pro-Kremlin, Marina Ovsiannikova, risque jusqu'à 15 ans de prison pour avoir dénoncé l’invasion russe avec une pancarte en plein journal télévisé. Peut-il vraiment encore y avoir des médias indépendants aujourd’hui en Russie ?

Russie : "Un aveu de faiblesse du pouvoir"

"La femme qui a été arrêtée n’affichait que quelques mots. Elle a juste affiché deux mots, "non à la guerre", et elle a été arrêtée pour cela. La justice vous arrête même s’il n’y a rien d’écrit sur votre pancarte, rappelle Serguei Jirnov, spécialiste de la Russie, ex-agent du KGB. Cela vous donne un exemple de comment cela fonctionne. C’est un aveu de faiblesse de la part d’un pouvoir qui veut faire peur aux gens."

"Malgré cette peur, plus de 15.000 personnes ont déjà été arrêtées et cela continue tout de même. Mais il y avait malgré tout une place assez importante pour la presse d’opposition. Ce n’était pas énorme, mais ceux qui voulaient cette information pouvait la trouver. Il y avait par exemple Radio Sloboda, financée par le congrès américain et basé en Tchéquie. Un média de qualité diffusant en plusieurs langues. Il y avait aussi Meduza et la Novoya Gazeta, et la radio indépendante Echo de Moscou. Plus toutes les chaines d’opposition sur YouTube."

"Le peuple russe ou ukrainien n’est pas dupe"

"Mais il y a eu un énorme durcissement l’année dernière. Poutine a classé tous ces médias comme agents de l’étranger. Tous ces médias ne pouvaient pas fonctionner avec de l’argent russe et recevaient donc de l’argent de l’étranger. Dans l’opposition, des questions se posaient aussi. Echo de Moscou n’était pas aussi indépendant que cela, elle était financée par l’argent de Gazprom. Tout n’est pas blanc ou noir, il y a de nombreuses nuances de gris."

"Le mot guerre est interdit. En Russie, on ne peut pas l‘employer sur les ondes, rappelle Serguei Jirnov, spécialiste de la Russie, ex-agent du KGB. Les Russes, qui ont beaucoup d’humour, rebaptisent le livre de Tolstoi Opération militaire spéciale et paix. Le peuple russe ou ukrainien n’est pas dupe. Quand il y a une guerre, c’est aussi une guerre d’information et de désinformation. Il faut prendre avec des pincettes les informations des deux camps. Ceux qui veulent de vraies informations peuvent les trouver. Mais la majorité de la population regarde la première chaîne d’information, et est lobotomisée. C’est toute l’importance de ce qu’a fait Marina Ovsiannikova. Pendant cinq secondes, les spectateurs auront vu, pour la première fois en vingt ans, quelque chose ne correspondant pas à la ligne officielle."

 

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