Guerre en Ukraine : des menaces dans l’espace ?

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a des conséquences jusque dans l'espace, explique l'astronaute français Philippe Perrin.

La Russie annule les lancements de la fusée Soyouz depuis la Guyane française en réaction aux sanctions européennes.

Vers une sorte de guerre de l'espace ?

Faut-il croire aux menaces du côté de la Russie au sujet de l’ISS ? En effet, le président de l’agence spatiale russe a parlé d’une désorbitation de la station suivi de sa chute sur les États-Unis. Sans les Russes, l’ISS ne peut-elle pas rester dans l’espace ? "Cela montre le jusqu’au-boutisme du système russe actuel", estime l’astronaute français Philippe Perrin. Cet ex-pilote d’essai a été le neuvième spationaute français à bord de l’Agence spatiale européenne, dans le cadre de la mission STS-111 en mars 2002. "Techniquement, ce n’est pas si effrayant que cela. Aujourd’hui, la station évolue entre 330 et 430 km. La Station Spatiale Internationale est très haute actuellement à près de 420 km, et descend de 2 km par mois."

"Elle a beaucoup d’autonomie, il n’y a pas d’urgence aujourd’hui à la désorbiter. D’ailleurs, on compte la garder en vie jusqu’à l’horizon 2030", explique celui qui a passé 14 jours dans l’espace, avec trois sorties extra véhiculaires. En revanche, "il peut y avoir des inquiétudes en cas de débris. Les Russes ont récemment détruit un satellite qui leur appartenait, en créant des débris orbitaux qui avaient mis la station en danger. Est-ce qu’ils seraient prêts à créer des débris orbitaux, à créer une sorte de guerre de l’espace ?"

"Pour Arianespace, c’est un manque à gagner"

Quid de la suspension des lancements de Soyouz en Guyane ? "C’est un marché, nous avons des satellites près à être envoyés, juge-t-il. On ne va pas être prêts à satisfaire les clients. Les Italiens ont leur propre lanceur, les Allemands préparent le leur. Il y aura des alternatives, mais pour l’instant, cela pose un problème commercial." Du côté de la NASA, on affirme en tout cas que Russie et USA travaillent de manière pacifique dans l’espace. "J’ai été militaire avant être astronaute, confie Philippe Perrin. J’ai vécu près d’un an en Russie. Je connais la détermination du président Poutine, et d’une partie de l’opinion publique. À moins qu’il soit renversé par un coup d’État interne, on part sur quelque chose qui va sur l’inflation. En tant que militaire, je sais qu’une escalade est la chose la plus facile."

"Pour Arianespace, c’est un manque à gagner, comme pour le côté américain, poursuit-il. Il y aura le problème de la désorbitation en 2030, qui pourra être fait avec des véhicules américains, mais qu’il faudra adapter. Peut-on parler d’une hégémonie russe sur l’espace ? Non, il se sont mis sur un chemin critique. Il est évident que si on peut se fâcher avec Poutine, on ne peut pas se fâcher avec la Russie. Si on fait cela, on la bascule entièrement vers l’Asie, la Chine, ce qui est extrêmement dangereux d’un point de vue commercial, technique et militaire."

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