La diplomatie d’Emmanuel Macron : "Un bon diagnostic, une mauvaise méthode"

Invités de Sud Radio, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont expliqué en quoi consistait la vision stratégique d'Emmanuel Macron en matière de diplomatie. Et pourquoi le Président sortant a échoué à remettre la diplomatie française au premier rang.

Christian Chesnot et Georges Malbrunot
Christian Chesnot et Georges Malbrunot, invités d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Comment Emmanuel Macron a-t-il révolutionné la diplomatie française dans le monde ? Pour en parler, Christian Chesnot et Georges Malbrunot étaient les invités de “Bercoff dans tous ses états", pour leur livre Le déclassement français - Élysée, quai d'Orsay, DGSE : Les secrets d'une guerre d'influence stratégique, aux éditions Michel Lafon.

La diplomatie française en perte de vitesse

Longtemps considérée comme l’un des piliers de la diplomatie mondiale, la France est en perte de vitesse dans ce domaine depuis des années. Et notamment au Moyen-Orient et au Maghreb. La conséquence pour Georges Malbrunot et Christian Chesnot, de quinze années de politique versatile. Un recul qu’Emmanuel Macron, malgré sa vision stratégique et un certain interventionnisme, n’a pas pu empêcher.

Voici comment les deux journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot définissent Emmanuel Macron sur le plan diplomatique, à son arrivée à l’Élysée. "L’idée, c’est de rompre avec Hollande et Sarkozy où la diplomatie française était un peu hésitante. Emmanuel Macron veut redonner un peu de cohérence, de force, être disruptif", expliquent-ils notamment sur Sud Radio.

Moyen-Orient : le manque de connaissances d'Emmanuel Macron

Pourtant, c’est un échec. Spécialement au Moyen-Orient et au Maghreb. "Emmanuel Macron n’avait pas une grande connaissance de cette région. Durant sa campagne électorale, il est allé à Beyrouth et à Alger. Mais c’est tout. Emmanuel Macron comprend très vite les problèmes, et notamment les problèmes complexes. Il est pragmatique et il a une vision stratégique. Il a voulu remettre la France sur la carte de cette région, mais il l’a fait avec son ADN, c’est-à-dire beaucoup de précipitation. Le diagnostic était bon, la méthode était mauvaise", rappelle Georges Malbrunot au micro d’André Bercoff.

Les deux journalistes rappellent qu’en Orient, celui qui est pressé a perdu. "Macron est pressé. Le quinquennat accélère la vie politique. Macron comprend vite et pense qu’en face, les gens sont une startup qui vont agir très vite. Il va être rapidement roulé dans la farine par les Algériens, les Libyens et les Libanais", ajoutent les auteurs de Le déclassement français - Élysée, quai d'Orsay, DGSE : Les secrets d'une guerre d'influence stratégique, aux éditions Michel Lafon.

La diplomatie solitaire d'Emmanuel Macron

Depuis le général de Gaulle, la politique étrangère, et donc la diplomatie, est un domaine régalien du chef de l’État. Il existe pour appuyer le président de la République, une cellule de douze diplomates à l’Élysée. Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, "la politique étrangère a été complètement vampirisée par l’Élysée. Le quai d’Orsay est marginalisé. Cela crée un dysfonctionnement. Macron apparaît comme la tête d’épingle d’un système sous-toilé", avancent les journalistes. En parallèle, il faut également compter sur la DGSE qui mène sa propre diplomatie.

Résultat des courses, Emmanuel Macron gère la diplomatie seul. "Il n’a pas vraiment confiance en son administration. L’environnement n’est pas propice au dialogue, au débat, pour phosphorer des idées", rappelle Christian Chesnot. Georges Malbrunot conclut en précisant qu’Emmanuel Macron aime les coups médiatiques. Et que la diplomatie est finalement un moyen comme un autre pour arriver à ses fins. Au détriment parfois du réel.

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h dans "Bercoff dans tous ses états" Sud Radio.