Les ralentisseurs — tous ces aménagements destinés à modérer la vitesse — sont extrêmement nombreux en France, avec environ 450.000 ouvrages recensés. La plupart ne respecteraient pas les exigences techniques et d’implantation fixées par le décret n° 94-447 du 27 mai 1994, qui définit les caractéristiques et conditions d’installation des dos d’âne et autres ralentisseurs. Parmi les règles : une hauteur maximale de 10 cm ou des limitations strictes d’implantation (zones à faible trafic, zones 30, pas dans les virages).
Un dispositif présent partout… mais qui est rarement dans les clous
"Oui, on a un problème de légalité sur une grosse partie des ralentisseurs, parce qu'ils sont trop hauts. Qui donne l'autorisation ? C'est souvent la mairie elle-même. Et puis, il y a d'autres types de ralentisseurs, qui ont été classés comme illégaux et par normés par certaines structures qui veulent faire tout et n'importe quoi. Prenons l'exemple du coussin berlinois : avant, c'était dans les centres commerciaux, sur les parkings. Et puis on a commencé à en trouver sur nos routes", commente Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Selon plusieurs associations — notamment Pour une Mobilité Sereine et Durable (PUMSD) et la Ligue de Défense des Conducteurs — près de 90% des ralentisseurs seraient en réalité illégaux, car mal conçus, mal dimensionnés ou mal positionnés. C’est justement cette illégalité que les associations ont soulevée devant le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française. Dans une décision rendue le 27 mars 2025 (n° 495 623), le Conseil d’État a confirmé que de nombreux ralentisseurs ne respectaient pas le décret de 1994.
Pourquoi ces ouvrages sont-ils créées ? "Dans les petites communes, les maires n'ont pas envie d'être responsables en cas d'accident. Ils ont aussi envie d'entendre les riverains qui se plaignent des 4-5 véhicules par jour qui traversent le village à toute vitesse. Donc, ils mettent un ralentisseur", explique Pierre Chasseray au micro de Sud Radio.
Des ralentisseurs illégaux sont très rarement détruits
Pourtant, paradoxalement, la juridiction a refusé d’ordonner la destruction systématique de ces ouvrages, même lorsqu’ils sont non-conformes. Cette position repose sur un principe du droit public selon lequel on ne détruit pas un ouvrage public, même mal implanté, sauf circonstances exceptionnelles justifiant une urgence ou un danger manifeste. Ce choix a suscité étonnement et frustration chez certains conducteurs et associations : reconnaître l’illégalité sans imposer de suppression peut donner l’impression d’un laisser-aller juridique malgré les risques — réels ou supposés — d’accidents ou de dégâts matériels attribués à ces obstacles.
"Ce qui manque en France, c'est les études préalables. On fait un dispositif parce qu'on s'est levés le matin et qu'on a pensé que ça allait être bien", commente Pierre Chasseray.
La décision du Conseil d’État ne clôt pas totalement le débat. Elle impose surtout aux collectivités de respecter strictement les règles légales pour tout nouvel aménagement et elle ouvre la porte à des recours ciblés contre les décisions locales qui installeraient des ralentisseurs illégaux. En outre, des pistes concernant un arrêté gouvernemental visant à régulariser la situation pour définir plus clairement les normes applicables à tous types de ralentisseurs ont été évoquées, tandis que certaines associations continuent de lancer des pétitions pour en finir avec ces installations illégales.
Des moyens alternatifs existent pour obliger les conducteurs à ralentir
Alors, que peut-on faire d'autre, à part des ralentisseurs, pour obliger les conducteurs à réduire la vitesse ? "Il y a d'autres dispositifs. Et les élus les ignorent, parce que ça ne communique pas assez. Le cerveau humain, voilà comment il raisonne : à risque constant, si vous lui mettez devant les yeux une chaussée qui se rétrécit, il ralentit tout de suite. Notre cerveau nous dit : 'attention, danger', donc je compense, je ralentis. Le simple fait d'avoir des marquages au sol très visuels pour donner la sensation que la route est moins large, ça fait diminuer les vitesses de 7 à 9 km/h.
Sinon, une autre chose qui fait ralentir est le fait de mettre de grands bacs à fleurs sur le bord de la route. Et pareil, on réduit le champ visuel. On ne le fait pas en France, mais, c'est marrant - à l'international ça s'appelle la 'French avenue'", raconte Pierre Chasseray au micro de Sud Radio.
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