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L'interdiction de la carte de voeux dans les ministères, une mesure d'économies de trop ?

"La carte de voeux résiste particulièrement auprès des jeunes, auprès des trentenaires, auprès des quadras. Je crois qu'il y a un besoin d'authenticité dans cette période qui est extrêmement anxiogène", a estimé Rafik Smati, entrepreneur et fondateur de Dromadaire, au micro de Sud Radio.

carte de voeux

En ce début de 2026, une décision inhabituelle et très médiatisée a été prise à Matignon : le Premier ministre, Sébastien Lecornu, demande à tous les ministères de renoncer à l’envoi traditionnel de cartes de vœux en papier. Cette consigne est motivée par une volonté d’économies budgétaires et de rationalisation des dépenses publiques.

Le gouvernement demande de renoncer aux cartes de voeux au nom de la sobriété

Un message distribué aux cabinets ministériels demande explicitement qu’aucune carte physique ne soit envoyée pour les vœux de 2026, au profit de formats numériques ou d’autres formes de communication plus sobres. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où l’État cherche à réduire ses dépenses, notamment dans le domaine de la communication et du "train de vie" de l’administration. Cette initiative s’inscrit dans un plan plus large de réduction des coûts de la communication de l’État, avec l’objectif de diminuer ces dépenses de plusieurs centaines de millions d’euros dans les prochaines années. En effet, l’exécutif vise à réformer structurellement la manière dont l’État communique, une partie des économies devant provenir de la réduction et de la centralisation des outils et supports de communication utilisés par les ministères.

La pratique des cartes de vœux en papier, longtemps considérée comme une tradition républicaine et protocolaire, devient ainsi un symbole ciblé de ces efforts. Les partisans de cette mesure y voient un geste d’exemplarité de la part de l’État, montrant que les responsables publics doivent donner l’exemple dans la maîtrise des dépenses publiques, surtout en période d’efforts budgétaires. Pour les détracteurs, cette décision est davantage qu’un simple coup de communication : certains critiques considèrent que l’économie réalisée sur les cartes papier est minime comparée aux dépenses globales de l’État, et qu’il s’agit surtout d’une mesure symbolique plutôt que substantielle. Dans le débat public, certains professionnels de l’impression et de la carterie professionnelle ont aussi exprimé leur mécontentement, arguant que cette décision pouvait affecter leurs activités, même si ces dépenses restent marginales.

La carte de voeux, un produit à forte marge

Cette demande du Premier ministre ne laisse pas indifférents les géants du secteur. "Monsieur Lecornu est le seul chef de gouvernement au monde à interdire l'usage de la carte de voeux. Cela me paraît être une démarche de communication : nous n'avons pas de budget, donc pas d'action gouvernemetale, on s'en prend à la carte de voeux pour faire un acte d'autorité. Pour nous, c'est une décision étonnante et pas raisonnable, d'abord, en tant que citoyens. Faire de la carte de voeux le bouc émissaire du déficit de l'État, c'est ni crédible ni raisonnable, c'est plutôt dérisoire. On cherche entre 30 et 40 milliards d'économies sur le budget, et là, on va parler d'une mesure qui concerne à peu près 10.000 euros par ministère", a fait savoir Henri Condamine, président-fondateur d'Editor, leader sur le marché de la carterie en France, dans une déclaration lue au micro de Sud Radio.

"Ensuite, il ne faut pas oublier qu'il y a une filière de la carte de voeux : il y a les fabricants, mais aussi les distributeurs. […] La distribution est faite au travers 52.600 points de vente, cela représente 180.000 salariés. Ce n'est pas un chiffre d'affaires important pour les magasins certes, mais c'est un produit à marge forte. C'est des gens qui vendent du tabac, de la presse de la papeterie… : autant dire que la marge de leur commerce principal est faible. La carte de voeux contribue à 10% de la marge des distributeurs.

Et puis, même si les ministères en envoient moins, pour les consommateurs la carte de voeux est un marqueur d'attention, une reconnaissance, un geste qui compte, avec une charge émotionnelle forte. Ça crée du lien, ça donne du sens à la vie", a poursuivi Henri Condamine.

"La carte de voeux résiste particulièrement auprès des jeunes"

Rafik Smati, entrepreneur et fondateur de Dromadaire, spécialiste des cartes de voeux électronique mais aussi fabricant de cartes de voeux papier, constate quant à lui que chez les particuliers, la carte de voeux est loin d'avoir disparu des usages. "Dromadaire, c'est une société que j'ai lancée en 1998. Notre présence sur les deux marchés nous en donne une vision assez large et objective. Et ce que je trouve intéressant, c'est que, contrairement aux idées reçues, la carte de voeux papier résiste. Et elle résiste particulièrement auprès des jeunes, auprès des trentenaires, auprès des quadras. Je crois qu'il y a un besoin d'authenticité dans cette période qui est extrêmement anxiogène. Vouloir retisser des liens auprès des gens qu'on aime, c'est quelque chose qui n'a jamais été aussi élevé. Et en particulier, justement parce qu'on a connu WhatsApp et qu'on est dans un monde extrêmement numérisé, le fait de vouloir aller plus loin, c'est revenir à une tradition, et la carte papier incarne cette tradition", a-t-il fait savoir au micro de Sud Radio.

Interrogé sur la demande de Sébastien Lecornu, il estime lui aussi qu'il s'agit d'une économie dérisoire. "Je souris, parce que la France va emprunter 310 milliards d'euros en 2026. La vie est une affaire de symboles, mais je trouve cela mesquin. Surtout en faire un acte de communication. Et puis, vous allez avoir plein de gens qui vont envoyer des cartes de voeux à des personnalités politiques. Et qu'est-ce qui va se passer ? Les personnalités politiques ne vont pas pouvoir répondre ? Sur ce sujet comme sur tant d'autres, c'est une affaires de symboles, et on ne va pas mettre les mains là où il faut vraiment les mettre pour réformer l'État."

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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