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Féminisme, homosexualité, sexisme, homophobie : pourquoi tant de clivages chez les ados

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Alors que les débats sur l’égalité femmes-hommes traversent la société française, une récente enquête de l’IFOP met en lumière un paradoxe générationnel : les adolescentes se revendiquent massivement féministes, mais certains stéréotypes sexistes ou LGBT-phobes demeurent fortement ancrés chez une partie des jeunes.

Entre revendication égalitaire et persistance de préjugés, une enquête de l’IFOP dresse le portrait nuancé d’une jeunesse française travaillée par de fortes contradictions, où l’engagement féministe progresse sans pour autant faire disparaître les stéréotypes sexistes et LGBT-phobes.

Un féminisme largement revendiqué, surtout par les filles

Interrogés sur leur rapport au féminisme, les adolescents de 15 à 17 ans affichent un niveau d’adhésion comparable à celui des adultes. Comme l’explique au micro de Sud Radio Noé Fridman, chargé d’études à l’IFOP : "On leur a demandé si ces jeunes adolescents de 15 à 17 ans sont féministes ou non. Dans les réponses, on a 6 jeunes sur 10 qui se disent féministes, on a à peu près les mêmes chiffres chez les adultes - c'est 6 adultes sur 10 aujourd'hui. Mais on voit un clivage assez béant en fonction du sexe. 3 filles sur 10 filles se disent féministes, quand pour les garçons, c'est moins d'un sur deux (45%). Les jeunes de gauche aussi se disent plus féministes que les jeunes de droite ou d'extrême-droite. Et on a à peu près les mêmes écarts à la question 'Est-ce que vous êtes inquiets concernant la défense des droits des femmes ?'. On a aussi autour de 6 jeunes sur 10 qui se disent inquiets, mais avec une grosse différence selon le genre. On a moins d'1 garçon sur 2 qui se dit inquiet, et près de 7 filles sur 10 qui se disent inquiètes là-dessus".

Au-delà du niveau global – six jeunes sur dix se déclarent féministes c’est donc la fracture entre filles et garçons qui frappe. Les adolescentes apparaissent nettement plus mobilisées et plus inquiètes pour la défense des droits des femmes que leurs homologues masculins. L’auto-positionnement politique joue également : les jeunes se situant à gauche se disent plus souvent féministes que ceux se déclarant à droite ou à l’extrême droite.

Une fracture entre filles et garçons qui frappe

Mais cette dynamique féministe coexiste avec des opinions préoccupantes sur les minorités sexuelles. L’étude révèle une adhésion non négligeable à certains clichés homophobes ou transphobes. "Sur les stéréotypes, certains chiffres sont frappants, pas uniquement sur la religion. Quand on voit les chiffres par exemple sur les homosexuels qui devraient éviter de montrer qu'ils le sont dans les lieux publics, on a près d'un tiers des jeunes de 15 à 17 ans, toutes religions confondues, qui sont d'accord avec ce stéréotype", détaille Noé Fridman à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

"D'autres stéréotypes sont marquants : près d'un jeune de 15 à 17 ans sur dix (13%) pense que les violences contre les homosexuels sont parfois compréhensibles. C'est un petit peu plus présent en fonction du niveau de croyance. On voit que ça monte à un jeune sur cinq. Il y a des écarts selon la religion entre catholiques et musulmans, sur le stéréotype transphobe, selon lequel le changement de genre serait un problème psychologique. On a près d'un jeune sur deux qui sont d'accord avec cette affirmation (43%) - c'est à peu près le même niveau chez les catholiques et chez les musulmans, un peu moins chez les athées ou sans religion", poursuit Noé Fridman.

Des stéréotypes persistants, au-delà du facteur religieux

Ces résultats montrent que l’adhésion aux stéréotypes ne se limite pas à un clivage religieux. Si le niveau de croyance peut accentuer certaines opinions, les écarts se retrouvent aussi ailleurs. "On constate que certains stéréotypes misogynes ou LGBT-phobes sont assez hauts. Ce n'est pas uniquement en fonction de l'affiliation religieuse ou du niveau de croyance. On voit des différences aussi selon le le positionnement idéologique, on voit que les jeunes qui se situent plutôt à droite ou extrême-droite sont d'accord avec ces affirmations", raconte Noé Fridman au micro de Sud Radio.

Une génération traversée par des tensions

Le tableau dressé par l’IFOP est donc contrasté. D’un côté, une majorité de jeunes – et plus encore de jeunes filles – s’approprie le féminisme et exprime des inquiétudes sur les droits des femmes. De l’autre, une proportion significative adhère à des représentations hostiles envers les personnes LGBT+, parfois jusqu’à relativiser les violences.

Cette coexistence d’aspirations égalitaires et de stéréotypes persistants révèle une génération loin d’être homogène. Les lignes de fracture se dessinent selon le genre, l’orientation politique et, dans une moindre mesure, le rapport à la religion.

Au moment où les questions d’égalité et de discriminations occupent une place centrale dans le débat public, ces données rappellent que les combats culturels et éducatifs restent ouverts, y compris chez les plus jeunes.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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