Liseron Boudoul: "Dans le Donbass mon idée était d’arriver à comprendre, de saisir ce qui se passe"

La reporter de guerre Liseron Boudoul (TF1) était l'invitée de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 6 juillet 2022 dans "Le 10h - midi".

Liseron Boudoul
Liseron Boudoul, invitée de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

C'est le 6 juillet 2022 que paraît le livre de Liseron Boudoul et Charles d'Angou "Marioupol, sur les routes de l'enfer", qu'ils ont écrit au bout de quatre mois passés dans le Donbass.

 

Liseron Boudoul : "Toutes les personnes que j’ai rencontrées dans le Donbas m’ont fait part de leur désir d’être rattachées un jour à la Russie"

Liseron Boudoul a tout d’abord raconté comment s’est fait ce voyage. "Je sentais qu’il allait se passer quelque chose. Donc j’ai convaincu mon directeur de la rédaction qu’il fallait que j’y aille. Et il se trouve qu’après de nombreuses demandes, j’ai obtenu l’autorisation de pénétrer dans ces républiques ultraverrouillées que sont les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. J’y suis donc allée, et j’ai dit à ma rédaction : si dans 15 jours il ne se passe rien, promis, je reviens. Et j’y suis restée quatre mois.

 


En général ils laissent pénétrer des journalistes de leur camp : russes, chinois, indiens… Pour les Occidentaux c’est plus compliqué parce qu’on est considérés comme des espions potentiels. Il a fallu convaincre, utiliser tout ce qu’on pouvait, des lettres officielles de TF1. Et puis, comme toujours, il faut avoir un peu de réseau pour obtenir la décision finale. On l’a obtenue, on a passé la frontière entre la Russie et ces républiques, ce qui montre que ce n’est pas le même pays. On a eu un interrogatoire de 3 heures avec le FSB, les renseignements russes, mais on a finalement pu entrer. Une fois sur place, j’ai essayé de comprendre comment vivaient ces gens qui, depuis 8 ans, ne veulent plus être rattachés au régime de Kiev et qui veulent vivre à la façon russe. D’ailleurs on y vit comme en Russie. Et toutes les personnes que j’ai rencontrées m’ont fait part de leur désir d’être rattachées un jour à la Russie."

"On ne trouve pas une seule zone apaisée"

Liseron Boudoul a-t-elle subi des pressions au cours de son séjour ? "Finalement, j’ai travaillé assez librement, ce qui a été une surprise pour moi. Après quelques explications ils ont compris ma méthode de travail. Et aussi que je ne suis ni juge ni procureur. Quel que soit le camp, en période de guerre, il y a de toute façon des règles à respecter. Et quand la guerre a commencé, j’ai vu arriver les premiers chars russes.

 


Dans chaque camp, les civils sont des victimes. Et ce, depuis huit ans. Cette guerre, on ne l’a pas vraiment couverte. On l’a couverte en 2014 et 2015. Puis, comme souvent, les journalistes sont partis ailleurs. Quand j’arrive dans ces zones-là, on ne trouve pas une seule zone apaisée, les habitants me disent tous : 'on en a marre, ça fait 8 ans que ça dure, et on veut vraiment que cette guerre finisse vite, on veut la paix'."

"Pour un journaliste, il s’agit de comprendre une situation et ne pas la juger"

À la suite de ses reportages dans ces républiques autoproclamées, Liseron Boudoul s’est vu interdire l’entrée en Ukraine. "Je ne peux plus aller en Ukraine parce qu’après ce voyage les Ukrainiens m’ont mis sur une liste de journalistes considérés comme terroristes et m’ont prévenue que je ne pourrais pas entrer en Ukraine. Cela m’a surprise car je considère que je suis journaliste. Et quel que soit le camp où je me retrouve, je travaille avec la même rigueur, avec le même état d’esprit : il s’agit de comprendre une situation et ne pas la juger. Du côté russe, en revanche, je suis sans arrêt sur une ligne de crête : l’idée est d’arriver à comprendre, de saisir ce qui se passe et en même temps de ne pas se faire virer. Il faut être assez malin.

Les Russes le disent : ils considèrent qu’il y a une véritable stratégie de communication assez professionnelle côté ukrainien. Et eux, à mon avis, ne travaillent pas assez ce côté-là. Maintenant ils ont leurs choix, ils ont une stratégie politique, militaire, et ils veulent aller au bout de leur stratégie."

 

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