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Anne Nivat : "J'ai déjà été expulsée de Russie"

Par Jean Baptiste Giraud

Anne Nivat, journaliste et grand reporter, était l'invitée de Christine Bouillot et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 28 mars 2024 dans "Le 10h - midi".

Anne Nivat
Anne Nivat, invitée de Christine Bouillot et Gilles Ganzmann dans "Sud Radio Média" sur Sud Radio.

Anne Nivat publie un livre : La haine et le déni : avec les Ukrainiens et les Russes dans la guerre (Éditions Flammarion).

 

Anne Nivat : "Nous, journalistes, ressortissants des pays hostiles, nous avons eu huit jours de visa"

Anne Nivat raconte n’avoir obtenu qu’un visa très court pour aller en Russie, essentiellement pour couvrir les "élections". "Évidemment, c'est plus facile pour un journaliste d'aller en Ukraine que d'aller en Russie. Pourquoi ? Parce que quand on est journaliste, pour n'importe quel pays du monde, si on doit demander un visa, c'est plus complexe. En Ukraine, il n'y a pas de visa, on peut y aller comme ça, librement. C'est pour ça qu'il y a énormément de journalistes en Ukraine. En Russie, il y a toujours eu un régime de visa, ce n'est pas nouveau. Mais simplement, avec cette guerre, il devient de plus en plus restrictif. Et là, par exemple, je viens de rentrer de Russie : moi et tous les autres journalistes français, on a eu un visa de huit jours seulement. En trente ans que je vais en Russie, je n'ai jamais eu un visa aussi court. C'était un visa, disons 'spécial élections'. Huit jours de visa, après huit jours il fallait partir. L'explication que m'ont donné certaines sources proches du Kremlin à Moscou, c'est que la France fait partie des pays dits hostiles, inamicaux. Ça veut dire que ce sont des pays qui livrent des armes à l'Ukraine. Donc nous, journalistes, ressortissants des pays hostiles, nous avons eu huit jours de visa, les autres ont obtenu trois mois de visa."

 


Cela ne dérange-t-il pas Anne Nivat d’être espionnée quand elle est en Russie ? "Cela fait trente ans que je vais en Russie, même plus. Je connais par cœur les services, qui me connaissent également par cœur. Le dossier sur moi, je pense, est assez épais. Mais il faut faire avec. Ce n'est pas parce que je suis espionnée que je ne vais plus y aller. De plus, je ne pense pas l'être tout le temps. Je ne fais pas partie de ces journalistes qui pensent qu’ils sont importants à un point tel qu’ils vont être l'objet d'espionnage incessant. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai déjà été expulsée de Russie, ce qui était bien la preuve que j'avais des gens derrière moi. C'était lors de précédentes élections. Ensuite ils se sont excusés, ils sont revenus, ils m'ont redonné le visa. Mais ce n'est pas mon genre d'appuyer là-dessus et de faire de la publicité là-dessus. Je préfère appuyer sur ce qui fonctionne, c'est-à-dire ce que j'aime faire, c'est-à-dire du reportage."

"Emmanuel Macron a complètement changé son discours sur la guerre en Ukraine"

Que dirait Anne Nivat à Emmanuel Macron s’il l’écoutait sur cette guerre ? "Emmanuel Macron est un homme qui a changé de discours sur la Russie. Pendant toute l'année 2022, après le début de cette guerre, après l'invasion par la Russie de l'Ukraine, il a d'abord dit qu'il fallait maintenir le dialogue avec la Russie, qu'il fallait ne pas humilier la Russie, ce en quoi il a raison. Et puis l'année 2023, il n’a pas dit grand-chose. Et en début d'année 2024 il a commencé à complètement changer son discours. Aujourd'hui, il est presque en train de dire qu'on ne peut pas exclure l'éventualité d'envoyer des troupes. Tous les dirigeants occidentaux sont comme lui : personne ne définit véritablement, avec clarté et détail, ce que signifie aider les Ukrainiens jusqu'au bout, jusqu'à la victoire. Leur victoire, c'est-à-dire quoi exactement? Qu'est-ce que ça voudrait dire? Tout le monde reste assez flou là-dessus."

 


Dans quel était d’esprit sont les Russes aujourd’hui ? "Ce que j'ai ressenti aujourd'hui, c'est une immense lassitude vis-à-vis de cette guerre de la part des Russes, même de ceux qui sont pro-guerre et pro-Poutine. Ils en ont marre, ils sont en colère parce qu'ils n'arrivent pas à la gagner. Même s'il y a cette propagande officielle, ils se rendent bien compte qu'ils n'arrivent pas à gagner cette guerre. Les médias officiels n'arrivent pas à cacher le fait qu'il n'y a pas de victoire militaire claire côté russe. Ce que ressentent les Russes aujourd'hui, c'est que cette guerre est longue, qu'elle va durer. Évidemment, ça ne leur plaît pas qu'elle dure. Ça change le point de vue, la mentalité de tous les Russes, même ceux qui sont pro-guerre ou anti-guerre, ils n'arrivent pas à se projeter vers l'avenir. Donc tout le monde vit dans l'instant. L'atmosphère dans tout ce pays est modifiée. Nous avons peur de la guerre certes, mais je voudrais quand même qu'on sache raison garder. Nous ne sommes pas en guerre, nous vivons normalement. J'ai beaucoup de respect pour ceux qui subissent cette guerre. Et c'est eux et leurs paroles que j'ai envie d'entendre", a répondu Anne Nivat.

 


Retrouvez “L'invité média” de Gilles Ganzmann chaque jour à partir de 10h00 dans “Sud Radio Média” avec Christine Bouillot.

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