Usurpation d'identité : "Je demande à ce qu'on mette à l'ordre du jour la loi Résilience" : au micro de Sud Radio, Marie-Agnès Poussier-Winsback, député (Horizons) de Seine-Maritime, Vice-présidente de l’Assemblée Nationale, a répondu aux questions de Jacques Cardoze.
"Édouard Philippe est le seul candidat qui peut battre au premier tour Jean-Luc Mélenchon"
Jacques Cardoze : La proposition de différents élus du bloc central et de la droite, dont Hervé Morin, suggère une primaire de la droite et du centre. Est-ce que ça ne vous permettrait pas d’avoir un candidat plus fort ? Est-ce que vous y êtes favorable ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "En l’état, je ne vois pas très bien. D’abord, on a eu des expériences à droite de primaires qui n’ont pas obligatoirement été concluantes. Je pense à 2021. Et si on doit se méfier des sondages aussi longtemps à l’avance, moi, je vois qu’il y a quand même un candidat qui ressort vraiment aujourd’hui."
Jacques Cardoze : Alors, vous soutenez Édouard Philippe ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Je soutiens Édouard Philippe, mais surtout, j’ai des yeux et j’arrive à lire. Quand je vois le sondage de l’IFOP, je constate qu’Édouard Philippe est le seul candidat, pour l’instant, qui peut battre au premier tour Jean-Luc Mélenchon."
Jacques Cardoze : Mais il est aussi talonné, voire devancé selon les cas de figure, par Jean-Luc Mélenchon. Donc est-ce qu’une primaire ne lui donnerait pas plus de poids face, ensuite, éventuellement, à Marine Le Pen ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Moi, je pense qu’il ne faut rien exclure. Pour l’instant, je ne vois pas du tout l’intérêt. Moi, je pense que l’intérêt, c’est qu’on se rassemble. Et si on avait des candidats potentiels qui disaient : « On va derrière Édouard Philippe », je pense que ça lui donnerait une force beaucoup plus importante."
Jacques Cardoze : On se rassemble, on se rassemble… Ce n’est pas vraiment le cas. Il y a Gabriel Attal qui n’est pas très loin, et on n’a pas le sentiment qu’il a envie d’abandonner…
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Le sujet de la primaire, ça va être quoi ? On va perdre des mois et des mois à savoir quelles vont être les conditions, à quel moment, comment on fait, elle est ouverte, elle n’est pas ouverte, etc. Là, aujourd’hui, il faut batailler. Il faut batailler pour lutter, en effet."
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Jacques Cardoze : Mais alors, c’est une façon de voir les choses, mais vous ne pensez pas qu’une primaire, ça donne aussi un élan, une force, une visibilité, une dynamique dans les médias également ? C’est, à mon avis, ce sur quoi mise aussi la gauche.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Je trouve que toutes les dernières expériences que nous avons eues ne montrent pas que ça donne obligatoirement des résultats. Je trouve qu’au contraire, c’est plutôt source de divisions."
Jacques Cardoze : Est-ce que, à propos de divisions, vous n’avez pas le sentiment qu’on assiste à une guerre à couteaux tirés entre Édouard Philippe et Gabriel Attal ? Je le disais, Gabriel Attal ne donne pas le sentiment de se laisser faire. On a l’impression qu’il veut aller jusqu’au bout, coûte que coûte.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Il n’est pas question de se laisser faire, il est question de défendre ses idées, et donc il le fait. Maintenant, il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Et surtout, il faut que toute cette période où on présente ses idées, elle se fasse dans le respect. À partir du moment où on est dans le respect, à partir du moment où on se donne des timings qui soient acceptables, que chacun essaie de porter sa parole, c’est normal, c’est la démocratie."
Jacques Cardoze : C’est quoi, le timing ? Il avait dit que d’ici janvier il se prononcerait et qu’à ce moment-là, éventuellement, il se retirerait s’il était devancé.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Je préférerais novembre, parce qu’on trouve que tout ce qui arrive au plus tôt est le mieux."
Jacques Cardoze : Donc vous, vous pensez que Gabriel Attal doit se prononcer au maximum d’ici novembre ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Moi, je pense que les candidats doivent se prononcer d’ici novembre. Ce n’est pas que Gabriel Attal. On voit bien qu’il y a de nombreuses initiatives. Vous avez d'autres candidats, Bruno Retailleau, et Lisnard."
Jacques Cardoze : Alors là, vous êtes en train de citer tous ceux qui pourraient précisément faire partie d’une primaire de la droite et du centre.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Oui, je vous confirme."
Jacques Cardoze : Oui, donc je sais que vous les connaissez, mais pourquoi ne pas accepter cette course, d’une certaine façon, qui clarifierait le débat ? Parce qu’aujourd’hui, les Français se disent : enfin, mais ils sont combien ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "D’abord parce qu’à droite, je crois que les primaires, ce n’est franchement pas notre culture et qu’on n’a pas d’exemple où ça s’est vraiment super bien passé, où derrière, comme vous l’évoquez, on sent tout d’un coup une mobilisation. Je fais référence à 2021, entre Valérie Pécresse et Eric Ciotti. On n’a pas l’impression que ça a créé une grosse dynamique. C'est aussi une question de culture."
Jacques Cardoze : Vous pensez aussi que c’est une question de dynamique de campagne, c’est que ça ne vous a finalement pas aidés.
Jacques Cardoze : Parlons de la primaire de la gauche. Elle va permettre de renforcer Raphaël Glucksmann. On le voit d’ailleurs dans le nouveau train de sondages, là, il est un petit peu renforcé, et d’en faire un sérieux candidat, de profiter d’une dynamique. Ça, ça n’inquiète pas votre camp ? Parce que, je le disais, vous êtes talonné, voire devancé par Jean-Luc Mélenchon, mais il y a aussi le candidat Glucksmann.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Oui, il y a le candidat Glucksmann et tant mieux, parce que si la gauche en France, si la gauche en France se résumait à Jean-Luc Mélenchon, je pense que ça pourrait être inquiétant. Donc moi, je trouve que c’est bien aussi que le centre gauche puisse avoir un candidat. On n’est pas en train de se dire comment il y a le moins de candidats possible. Derrière, chacun présente son programme, chacun défend ses idées, et puis on voit comment on se retrouve."
Enquête contre Bally Bagayoko : "il faut que la transparence soit faite"
Jacques Cardoze : Alors, à gauche, l’actualité ces jours-ci est marquée par l’affaire Bally Bagayoko, qui est en train de devenir, l’affaire Fillon de la LFI. Certes, Bagayoko n’est pas candidat lui-même, mais on découvre un possible emploi fictif. Une enquête est en cours, en tous les cas ; lui réfute, bien sûr. Ça va forcément empoisonner la campagne de Jean-Luc Mélenchon.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Je trouve que c’est toujours compliqué d’aller commenter des enquêtes en cours."
‼️ Bally Bagayoko visé par une enquête
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🗣️ "Ça me choque d'autant plus que LFI passe son temps à laver plus blanc que blanc. Je suis favorable à une commission d'enquête pour que la transparence soit faite", @mapoussier
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Jacques Cardoze : En effet, un emploi à temps plein payé 6 000 euros par mois. Et il est clair que si ces informations sont réelles, c’est choquant. Alors lui, il conteste en fait que ce soit un temps plein et parle d’un mi-temps, si j’ai bien compris. Mais tout ça, évidemment, mérite d’être confirmé.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Ça me choque, et ça me choque d’autant plus de la part d’un parti politique qui passe son temps, matin, midi et soir, à laver plus blanc que blanc."
Jacques Cardoze : En tous les cas, Marie-Agnès Poussier-Winsback, on s’aperçoit aussi à travers cette affaire qu’il pourrait y avoir d’autres emplois fictifs de la part, peut-être, d’élus au sein de la RATP ou d’autres institutions.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Oui, oui. Certains demandent une commission d’enquête sur le sujet. Je trouve que c’est une bonne idée."
Jacques Cardoze : Vous qui êtes vice-présidente de l’Assemblée nationale, vous seriez favorable, donc, à une commission d’enquête sur ce sujet ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? En effet, je pense qu’il faut que la transparence soit faite."
Usurpation d'identité : "le blocage vient du ministère de l’Intérieur"
Jacques Cardoze : Alors, on revient avec vous sur le piratage informatique des services du fisc parce que, je le disais, c’est l’un des sujets que vous maîtrisez très, très bien. On rappelle que 678 000 contribuables auraient vu leurs données fiscales exposées. Les Français jugent très sévèrement ces attaques informatiques, notamment le fait qu’un jeune de 22 ans aurait réussi à rentrer dans un système du ministère de l’Intérieur. Vous, donc, qui suivez très bien tout ce sujet-là, ça fait longtemps que vous alertez. Pourquoi n’a-t-on rien fait ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Ça fait longtemps que j’alerte parce que, si je suis vice-présidente de l’Assemblée, je suis aussi une élue locale. J’étais maire de Fécamp et je suis toujours très ancrée sur mon territoire, et donc j’échange. Et donc je vois bien que c’est un sujet qui inquiète nos concitoyens, vraiment. Et ils ont raison. Ils ont raison parce qu’on a des exemples concrets. Moi, j’ai un monsieur dans ma circonscription qui, à partir d’une fuite de données, se retrouve avec une usurpation d’identité. On a immatriculé 3 000 véhicules, 3 000 véhicules à son nom. Chaque jour, il reçoit entre 30, 40, 50 amendes de stationnement, d’excès de vitesse, etc. Donc oui, c’est un vrai sujet et c’est pour ça qu’en effet, j’alerte. Moi, je vous dis, c’est à partir d’un cas concret."
Jacques Cardoze : Pourquoi vous n’avez pas eu de réponse ? Qu’est-ce qu’on vous a dit ? Parce que, en fait, lorsque je lis — je le précise pour tous ceux qui nous écoutent — vous avez alerté à cinq reprises, et encore tout dernièrement, et on a une directive européenne qui risque de nous condamner à payer, en effet, parce qu’elle n’est pas transposée, parce qu’en plus de ça, la France est mauvaise élève.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Il y a une directive européenne qui nous demande d’appliquer un certain nombre de choses et on a mis, je crois, dix-huit mois à commencer à accepter cette idée, qui n’est pas encore tout à fait appliquée. Moi, je fais de la politique, je ne suis pas une technicienne, mais ce qu’on me dit, c’est qu'en fait, il y a un blocage de la part du ministère de l’Intérieur, tout simplement pour une question assez technique. Le ministère de l’Intérieur voudrait pouvoir continuer, eh bien, à pouvoir décrypter, quand vous avez du grand banditisme par exemple, des données. Il y a un amendement puisque, en fait, on a commencé à travailler dessus au Parlement. Le Sénat l’a examiné, l’Assemblée en commission spéciale. C’est ce qu’on appelle la loi Résilience. Eh bien, en fait, elle interdit toute possibilité pour la sécurité intérieure de décrypter des messages sur nos portables. Et ça, pour le ministère de l’Intérieur, ce n’est pas possible. Dans les détails, d’autres pays européens ont résolu cette question-là et ils ont aussi des ministères de l’Intérieur. Et surtout, je pense qu’il faut aussi faire confiance aux parlementaires. Et si cet amendement est vraiment un problème et qu’on arrive à nous le démontrer, il est possible éventuellement de retirer des amendements. C’est ce à quoi sert une navette. Donc, en effet, je ne comprends pas."
Jacques Cardoze : Est-ce que ça peut faire partie des travaux dès la rentrée ? Est-ce qu’on doit s’attaquer à cela au-delà de la commission d’enquête ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Il peut y avoir une commission d’enquête, il peut y avoir une mission gouvernementale, il y a quand même pas mal de méthodes. Et puis derrière, eh bien, il faut surtout qu’on inscrive ce texte à l’ordre du jour. Et moi, je pense que c’est urgent."
Jacques Cardoze : Je crois que c’est ce que vous nous dites, Marie-Agnès Poussier-Winsback : c’est qu’il y a des freins qui viennent du ministère de l’Intérieur.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Absolument"
Jacques Cardoze : Mais c’est grave puisqu’ils sont censés nous protéger, quand même, non ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Oui, et ils pensent nous protéger de cette manière. C’est là où c’est un peu le serpent qui se mord la queue. Le blocage vient du ministère de l’Intérieur. En tous les cas, ce sont les informations dont je dispose."
🆔 Usurpation d'identité : l'État est responsable ?
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Jacques Cardoze : Alors, en tous les cas, vous alertez sur ces sujets depuis très longtemps. Le 30 avril, le Premier ministre annonce en grande pompe un plan contre les cyberattaques visant l’État. À la lumière de ce que vous nous dites là, je comprends pourquoi, deux mois plus tard, finalement, il n’y a pas de plan.
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Je ne sais pas s’il n’y a pas de plan, puisque j’espère que le gouvernement va inscrire à l’ordre du jour ce texte. Il a la maîtrise d’un certain nombre de choses. Il y a les semaines du gouvernement, il peut demander l’inscription. J’espère que ce qui s’est passé cet été va permettre de se rendre compte que les parlementaires ne sont peut-être pas totalement débiles et qu’ils peuvent être capables de voter, de se mettre d’accord sur un texte aussi important, surtout qui concerne nos concitoyens au quotidien. Moi, c’est ça, ce sur quoi je vais appeler l’attention."
Jacques Cardoze : Il y a un enjeu considérable, Marie-Agnès Poussier-Winsback, puisqu’il y a ces usurpations d’identité dont vous avez parlé, ces piratages. On se retrouve avec des Français qui, ensuite, pardon de l’expression, galèrent pendant des mois, voire des années parfois, avec ces données, et il y a cette action judiciaire qui est lancée contre l’État. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Marie-Agnès Poussier-Winsback : "Je la comprends. Moi, je vous dis, mon concitoyen voisin, qui galère depuis 2022, je comprends qu’à un moment donné, il attaque l’État pour non-protection, et on demande de plus en plus de données. Je demande qu’on mette à l’ordre du jour la loi Résilience au plus vite."
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