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Laurent Jacobelli (RN) : "Certaines organisations patronales ne sont pas toujours de très bonne foi"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Marine Le Pen, 2027, patronat : Laurent Jacobelli, député de la Moselle et porte-parole du RN pour la présidentielle 2027, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Laurent Jacobelli
Laurent Jacobelli, interviewé par Benjamin Glaise sur Sud Radio, le 13 juillet 2026, dans “L’invité politique”.

Présidentielle 2027, candidature de Marine Le Pen, programme économique du Rassemblement national, réforme des retraites, stratégie d’union nationale, progression de Jean-Luc Mélenchon, défilé du 14-Juillet et polémique autour des propos de Mariano Rajoy sur l’équipe de France. Au micro de Sud Radio, Laurent Jacobelli a répondu aux questions de Benjamin Glaise.

Présidentielle 2027 : "Marine Le Pen ira jusqu’au bout"

Benjamin Glaise pour Sud Radio : Marine Le Pen ira-t-elle jusqu’au bout de sa candidature à la présidentielle 2027 malgré la procédure judiciaire ?
Laurent Jacobelli : “Oui, je tiens à rassurer tous les auditeurs qui espèrent un grand changement en France : Marine Le Pen ira jusqu’au bout. Aujourd’hui, les juges lui ont rendu son éligibilité et nous avons étudié l’ensemble des procédures juridiques possibles. Elle va présenter son programme pour retrouver la France que nous aimons, avec Jordan Bardella à ses côtés comme futur Premier ministre. La campagne est lancée et il faut désormais parler du fond.”

La Cour de cassation pourrait pourtant rendre sa décision quelques jours avant le premier tour. Sa candidature sera-t-elle maintenue dans tous les scénarios ?
“Toutes les pistes sont envisagées, mais il faut sortir de cette forme de feuilleton judiciaire à rebondissements. Marine Le Pen a annoncé sa candidature conformément à la parole donnée aux Français, puisqu’elle est éligible et libre de ses mouvements. La France est dans un état tel que nous ne pouvons pas laisser le calendrier judiciaire imposer des saccades permanentes à la vie politique. Il faut répondre à l’endettement, à l’insécurité, à l’immigration et aux difficultés rencontrées pour défendre notre identité.”

Quand elle affirme qu’elle ne laissera personne confisquer l’élection présidentielle aux Français, qui vise-t-elle ?
“Elle ne laissera ni les juges, ni la presse, ni la mauvaise foi de certains responsables politiques confisquer ce débat. Il est temps d’examiner profondément les causes du mal français et de permettre à Marine Le Pen d’exposer son programme. Les dernières semaines ont montré sa force de caractère, sa conviction et sa capacité à ne jamais renoncer devant un obstacle. Ce courage, cette volonté et cette ténacité seront nécessaires pour redresser le pays.”

Quelle ligne économique le Rassemblement national défendra-t-il pendant la présidentielle de 2027 ?
“Nous avons la possibilité de mener une politique à la fois favorable aux entreprises et sociale. Nous sommes nombreux au Rassemblement national à venir du gaullisme : le général de Gaulle, c’était l’essor économique au service du progrès social. Nous ne devons pas renoncer à ce modèle, tout en prenant en compte la réalité d’une France surimposée, surnormée et surendettée. Nous allons donc analyser les chiffres et présenter le programme le plus réaliste possible aux Français.”

Comment comptez-vous concilier cette ambition politique avec la situation budgétaire du pays ?
“Nous devons éviter deux écueils. Le premier serait de baisser les bras en affirmant que tout est perdu et que plus rien ne peut être fait. Le second serait de ne pas dire la vérité aux Français sur l’état réel du pays. Nous voulons établir avec eux un contrat clair et proposer un projet de quinquennat à la fois réaliste et ambitieux.”

Marine Le Pen fait-elle peur aux milieux économiques et au patronat ?
“Pas une seconde. Nous rencontrons de nombreux chefs d’entreprise qui nous disent qu’ils ne supportent plus les impôts de production, les normes et la paperasserie. Ils veulent également être mieux protégés face à une mondialisation devenue folle. Marine Le Pen et Jordan Bardella proposeront des mesures très concrètes pour aider les entreprises à produire, à embaucher et à retrouver de la compétitivité.”

Programme économique du RN : "Il y a beaucoup de caricatures qui circulent"

Quelles mesures comptez-vous présenter aux chefs d’entreprise ?
“Nous voulons notamment supprimer les impôts de production, qui frappent les entreprises avant même qu’elles aient réalisé des bénéfices. Nous souhaitons aussi favoriser l’emploi des jeunes, avec la possibilité pour eux de ne pas payer d’impôt sur le revenu jusqu’à 30 ans. Ces mesures doivent permettre aux entreprises de recruter plus facilement et aux jeunes d’entrer plus tôt sur le marché du travail. Nous voulons également protéger notre industrie face à une mondialisation devenue incontrôlable.”

La réforme des retraites proposée par le RN risque-t-elle d’inquiéter le patronat ?
“Il y a beaucoup de caricatures qui circulent. Nous ne proposons pas un retour général à la retraite à 60 ans, mais un départ à 60 ans avec quarante annuités pour les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans. Nous ne demanderons pas d’efforts supplémentaires aux entreprises et nous allons éclaircir notre proposition. Les milieux économiques seront rapidement rassurés lorsqu’ils connaîtront précisément notre projet.”

Comment comptez-vous financer cette réforme sans alourdir les charges des entreprises ?
“Le problème des retraites est aussi lié au fait que les jeunes commencent à travailler trop tard en France. Un jeune obtient un emploi stable vers 27 ans, contre environ 23 ans en Allemagne, ce qui représente plusieurs années de cotisations en moins. Nous voulons donc permettre aux jeunes d’accéder plus rapidement au marché du travail. Davantage d’emplois signifie davantage de cotisations et une situation plus favorable pour les entreprises comme pour le système de retraite.”

Estimez-vous que le programme du RN est volontairement déformé par certains représentants du patronat ?
“Je pense que certaines organisations patronales ne sont pas toujours de très bonne foi, pas plus que certains organes de presse. Des caricatures sont répétées sans que nos propositions soient expliquées dans leur totalité. Nous allons donc présenter un programme précis, chiffré et accompagné d’un calendrier d’exécution. Et s’il faut expliquer nos mesures cent fois, nous les expliquerons cent fois.”

"Jean-Luc Mélenchon a des poids morts, il est dangereux"

Quand les Français connaîtront-ils l’intégralité du programme du Rassemblement national ?
“Les grands principes seront présentés dès la rentrée, puis le programme sera dévoilé progressivement avant d’être rendu public dans son intégralité. Ce sera un projet chiffré, accompagné d’un calendrier d’exécution afin que les Français connaissent précisément leur feuille de route. Ils sauront également qui sera chargé de le mettre en œuvre, puisque nous avons déjà annoncé que Jordan Bardella serait Premier ministre. Nous voulons apporter de la clarté sur le programme comme sur l’équipe.”

Jean-Luc Mélenchon semble pourtant avoir pris de l’avance dans le lancement de sa campagne. Le premier grand meeting du RN n’est annoncé que pour octobre.
“Il y a déjà eu plusieurs meetings et Marine Le Pen continuera à parcourir les routes de France, comme elle l’a toujours fait. Jordan Bardella fera de même et nous avons la chance de disposer de deux leaders capables de dédoubler nos forces. Jean-Luc Mélenchon a, selon moi, beaucoup de poids morts à traîner, notamment parmi ses députés. Leur comportement à l’Assemblée nationale donne une indication de la violence politique que nous dénonçons.”

Reconnaissez-vous malgré tout une dynamique en faveur de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages ?
“Je parlerais plutôt d’une dynamique de la haine, qui ne peut pas durer. Monter les communautés les unes contre les autres et jouer avec l’antisémitisme ou l’islam radical est extrêmement dangereux. Jean-Luc Mélenchon est entouré de personnes violentes et son projet menace tous ceux qui aiment la France. La société qu’il propose conduirait au communautarisme et à l’affaiblissement de notre unité nationale.”

"Nous ouvrons les portes à tous les patriotes, il y en a un peu à gauche et un peu plus à droite"

Jordan Bardella évoque un gouvernement d’union nationale dépassant les frontières du RN. À qui tendez-vous la main ?
“Nous tendons la main à tous les patriotes qui constatent l’état désastreux du pays sans céder au fatalisme. Il existe partout des Français qui croient encore à la possibilité d’une renaissance nationale. Nous allons ouvrir les portes et les fenêtres à ceux qui accepteront de dépasser les petites logiques d’appareil. Il y en a un peu à gauche, davantage à droite, mais nous voulons rassembler les compétences et les bonnes volontés.”

Des personnalités issues de la gauche pourraient-elles participer à ce rassemblement ?
“Des personnes venues du Parti socialiste ou de La France insoumise nous ont déjà rejoints lors de candidatures récentes. Lorsque j’échange avec Arnaud Montebourg sur la réindustrialisation et la souveraineté nationale, je constate que des convergences peuvent exister. Des responsables de gauche peuvent avoir à cœur la France, son industrie et sa souveraineté. Nous ne devons pas exclure ceux qui partagent sincèrement ces priorités.”

Bruno Retailleau pourrait-il également trouver sa place dans cette coalition ?
“Il faut d’abord se demander si l’on peut se dire patriote après avoir pactisé avec Emmanuel Macron. Toutefois, si Bruno Retailleau reconnaît les erreurs commises et abandonne son attirance pour Édouard Philippe au profit d’une démarche réaliste, pourquoi pas. Nous ne voulons pas de convertis de la dernière heure qui changeraient de position par opportunisme. En revanche, ceux qui croient sincèrement au projet national peuvent travailler avec nous.”

S’agit-il d’un revirement de Marine Le Pen sur l’union des droites ?
“Nous ne parlons pas d’union des droites, mais d’un rassemblement autour de la France. Il existe probablement davantage de patriotes raisonnables à droite qu’ailleurs, mais nous ne fermons aucune porte. Une personne compétente, qui aime profondément son pays et souhaite participer à son redressement, peut avoir sa place aux côtés de Marine Le Pen. Nous savons que l’on ne gouverne pas seul et nous voulons éviter l’isolement qui a caractérisé Emmanuel Macron.”

14-Juillet : "Ces grandes démonstrations de force interdites au public rappellent la place Rouge ou la Corée du Nord"

Emmanuel Macron en fait-il trop pour son dernier défilé du 14-Juillet à l’Élysée ?
“Ce qui me surprend surtout, c’est le niveau de protection autour de l’accès des spectateurs. Il sera très compliqué pour le public d’assister au défilé, et de grandes démonstrations de force quasiment interdites aux citoyens rappellent davantage la place Rouge ou la Corée du Nord qu’une démocratie apaisée. Je le dis avec une part d’ironie, mais nous avons un Président isolé qui semble vouloir flatter son ego. Il devrait au contraire partager avec les Français leur soutien à nos armées.”

Le renforcement du défilé ne permet-il pas aussi d’affirmer une ambition militaire face aux dangers internationaux ?
“La France doit évidemment avoir une politique de défense ambitieuse et claire compte tenu des dangers du monde. Nos armées ont besoin du soutien de la nation et ce moment devrait être un temps de cohésion. Mais le président de la République semble désormais principalement préoccupé par l’image qu’il laissera pendant les derniers mois de son mandat. Neuf mois avec un Président aussi isolé risquent de paraître très longs.”

Êtes-vous favorable à une minute de silence avant France-Espagne pour les victimes de l’attentat de Nice, dix ans après le drame ?
“Oui, car ce serait un beau symbole pour les victimes et leurs familles. Ce souvenir doit également nous rappeler que la France reste confrontée à un grave danger, celui du terrorisme islamiste. Le sport doit être fédérateur et peut transmettre un message d’unité face à la barbarie. Une minute de silence avant une rencontre aussi suivie serait donc pleinement justifiée.”

"L’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a franchi une frontière raciste"

Mariano Rajoy a écrit que l’équipe de France disposait d’un effectif de très haut niveau, “mais sans Français”. Que vous inspirent ces propos ?
“C’est inqualifiable. On peut faire preuve d’un certain chauvinisme lorsque l’on soutient son équipe nationale, mais affirmer qu’il n’y aurait pas de Français dans l’équipe de France revient à franchir une frontière raciste qui n’aurait jamais dû l’être. J’apporte mon soutien total aux Bleus, y compris lorsque certains joueurs expriment des opinions très opposées aux nôtres. Sur le terrain, tous les Français doivent être unis, quelles que soient leurs origines ou leurs convictions politiques.”

Les prises de position politiques de certains internationaux français peuvent-elles modifier votre soutien à l’équipe nationale ?
“Un joueur a le droit d’avoir une opinion, même si je peux critiquer le fait qu’un capitaine de l’équipe de France s’éloigne parfois d’une certaine forme de réserve. Cela ne change rien à ses qualités de footballeur ni au soutien que nous devons apporter à l’équipe nationale. Lorsqu’il s’agit des Bleus, il ne doit pas y avoir d’ambiguïté. Mon pronostic pour la rencontre face à l’Espagne est une victoire de la France, un but à zéro.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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