Antisémitisme, loi Yadan, soutien de Fabien Roussel, critique de Jean-Luc Mélenchon, pouvoir d’achat, prix des carburants, hausse des mutuelles, travail du 1er mai, présidentielle et débat à gauche. Au micro de Sud Radio, Jérôme Guedj a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Il y a 130 députés qui ont signé la proposition de loi Yadan. Il y a une seule manifestation devant une permanence : la mienne"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Vous êtes visé par un appel à manifester devant votre permanence contre la loi Yadan. Est-ce que vous vous sentez menacé ? Est-ce que c’est, selon vous, de l’antisémitisme ?
Jérôme Guedj : “En tous les cas, c’est dégoûtant. Je comprends parfaitement qu’on puisse s’opposer à un texte de loi, mais moi j’en ai marre de cette banalisation de l’expression “dégage le sioniste”. Je l’ai déjà subie l’an dernier, dans des manifestations où j’ai même dû être exfiltré. Derrière ce mot, certains mettent clairement autre chose.”
Quand vous dites “autre chose”, de quoi parlez-vous exactement ?
“Dans une manifestation, une dame m’a dit : “on n’a pas besoin de juifs avec nous”. Pourtant, j’étais là pour exprimer ma solidarité après le meurtre d’un fidèle dans une mosquée et pour combattre le racisme anti-musulman. Donc oui, ça pue quand certains ont la parole à ce point libérée. Moi, j’en ai marre, je ne peux pas le dire autrement.”
💥Le PCF jeune appelle à une manifestation devant la permanence de @JeromeGuedj pour "Dégager la loi Yadan et les sionistes"
— Sud Radio (@SudRadio) April 15, 2026
🗣️"C'est dégoutant ! J'en ai marre de cette banalisation du mot sioniste ! Il y a 130 signataires de la loi Yadan et une seule manifestation, devant chez… pic.twitter.com/vXrXfmbQta
Pourquoi avoir décidé d’en parler publiquement ?
“J’ai hésité, parce que je me suis dit qu’en en parlant, on allait donner de la visibilité à cette manifestation. Mais si je ne dis rien, on banalise ce qu’on voit. Or la loi Yadan cherche aussi à traiter le fait que derrière certaines attaques antisionistes, il y a des relents antisémites. Et je rappelle une chose : 130 députés ont signé ce texte, mais une seule permanence est visée, la mienne.”
Vous avez reçu le soutien de Fabien Roussel. Vous l’attendiez ?
“Oui, et je veux vraiment remercier Fabien Roussel. Il s’est immédiatement désolidarisé des jeunes communistes en rappelant qu’on peut avoir des désaccords sans stigmatiser. C’est exactement la bonne ligne. J’aurais aimé que d’autres formations de gauche tiennent le même discours.”
"Je suis un sioniste pro-palestinien, un deux-étatiste"
Vous dites assumer cette formule, “sioniste pro-palestinien”. Que mettez-vous derrière ces mots ?
“Je soutiens la sécurité et l’existence de l’État d’Israël, comme je soutiens la reconnaissance d’un État palestinien. C’est cela, pour moi, être un sioniste pro-palestinien : être deux-étatiste. C’est la position historique de la gauche. Et c’est aussi le cœur de mon engagement politique.”
Vous insistez aussi sur votre opposition à Benjamin Netanyahou.
“Bien sûr, je suis un adversaire de Benjamin Netanyahou. Je condamne la colonisation en Cisjordanie, la répression à Gaza et la dérive illibérale de son gouvernement. Je condamne aussi les attaques contre l’État de droit en Israël. Dire cela ne fait pas de moi un antisémite.”
🗣️ @JeromeGuedj (député PS) : "Je suis un adversaire du Gouvernement Netanyahu ! Je ne veux pas que le mot "sioniste" devienne un gros mot ! Je suis un sioniste pro-palestinien" #LeGrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) April 15, 2026
▶️Le direct : https://t.co/LIMgdJRBVG
☎️Réagissez au 0826 300 300 pic.twitter.com/PD5eoiZTVg
Vous êtes en colère parce que le débat s’est radicalisé ?
“Oui, parce qu’il n’y a plus de nuances dans le débat politique. C’est devenu trop facile de caricaturer les uns et les autres. Certains ont totalement surjoué ce sujet ces derniers mois. Ils ont clivé et essentialisé le débat.”
Vous avez signé la proposition de loi Yadan avec François Hollande, alors qu’une partie du PS s’y oppose. Pourquoi ?
“Je l’ai signée parce que je voulais poser dans le débat public la question des nouvelles formes d’antisémitisme. Aujourd’hui, certaines consistent à nier la légitimité même de l’État d’Israël. Le texte n’est peut-être pas parfait, je le reconnais. Mais la question qu’il soulève, elle, est réelle.”
"Jean-Luc Mélenchon a décidé de faire de ce sujet un sujet clivant et de mobilisation électorale"
Vous estimez qu’une partie de la gauche entretient un antisionisme qui masque parfois un antisémitisme ?
“Il y a une partie de la gauche radicale qui a décidé de faire de la cause palestinienne un axe de mobilisation politique. Soutenir la cause palestinienne est légitime, évidemment. Mais on n’est pas obligé de le faire en reprenant des slogans qui font disparaître l’État d’Israël ou en légitimant le Hamas. Il faut remettre de la nuance sur ce sujet.”
Vous attendez une clarification de Jean-Luc Mélenchon ?
“Il a fait le choix de faire de ce sujet un sujet clivant et de mobilisation électorale. Moi, je pense que c’est une forme d’instrumentalisation qui n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Ce débat mérite mieux que des postures. Il faut de l’intelligence et de la nuance.”
🇮🇱🇵🇸 Hamas, Israël, Palestine
— Sud Radio (@SudRadio) April 15, 2026
🗣️ @JeromeGuedj (député PS) : "@JLMelenchon a décidé de faire de ce sujet, un sujet clivant et de mobilisation électorale" #LeGrandMatin
▶️Le direct : https://t.co/LIMgdJRBVG
☎️Réagissez au 0826 300 300 pic.twitter.com/hA9T8NFY8x
Donc votre ligne, c’est à la fois condamnation de la colonisation israélienne et condamnation du Hamas ?
“Exactement. La gauche doit rester fidèle au droit international. Cela suppose de condamner les colonisations illégales menées par Benjamin Netanyahou. Mais cela suppose aussi de condamner le Hamas. On ne peut pas être crédible en passant sous silence l’un ou l’autre.”
Travail le 1er mai : "C’était un coup de Gabriel Attal qui voulait être le nouveau Nicolas Sarkozy"
Sur les carburants, le gouvernement promet un geste qui ne représenterait qu’un ou deux centimes à la pompe. Est-ce suffisant ?
“Évidemment, non. Le problème, c’est à la fois le délai et l’ampleur de la mesure. Dès le début de la crise, le gouvernement aurait pu plafonner les marges des distributeurs, comme Michel Rocard l’avait fait en 1990. Ce n’est pas une question de finances publiques, c’est une question de volonté politique.”
Vous demandez aussi que les recettes supplémentaires liées à la hausse du baril soient fléchées vers les Français ?
“Oui, parce que la priorité absolue de nos concitoyens, c’est le pouvoir d’achat. Le gouvernement doit limiter plus fortement les marges. Et il doit utiliser les recettes supplémentaires pour protéger les plus exposés. Pour l’instant, ce n’est pas le choix qui est fait.”
Vous êtes également monté au créneau contre la hausse des mutuelles.
“Oui, parce qu’une mesure de gel des tarifs a été votée dans le budget de la Sécurité sociale. Elle a même été validée par le Conseil constitutionnel. Pourtant, les mutuelles et les assureurs ont continué à augmenter leurs tarifs. Ce n’est pas normal qu’une loi votée ne soit pas appliquée.”
Et sur le travail du 1er mai, vous considérez que la mesure défendue par le gouvernement est un faux débat ?
“Oui, c’était un coup politique de Gabriel Attal. Il a voulu se poser en nouveau Nicolas Sarkozy avec le vieux slogan du “travailler plus pour gagner plus”. Mais le 1er mai fonctionnait déjà sans ça. Il y a des sujets bien plus sérieux pour valoriser le travail et augmenter les salaires.”
"Si François Hollande veut participer au débat, bienvenue à bord !"
Vous confirmez votre candidature à la présidentielle, alors que François Hollande laisse entendre qu’il se prépare lui aussi ?
“Oui, bien sûr. Je travaille et je présenterai prochainement mes propositions pour le pays. Je pense qu’il faut un débat entre tous ceux qui incarnent une gauche républicaine solide sur ses valeurs et crédible sur les questions sociales. Donc si François Hollande veut participer au débat, bienvenue à bord.”
🗳️Election Présidentielle de 2027
— Sud Radio (@SudRadio) April 15, 2026
🗣️ @JeromeGuedj (député PS) : "Si @fhollande veut participer au débat, bienvenue à bord ! Il faudra d'abord mettre sur la table un projet solide. À l'automne il faut que nous soyons d'accord autour d'une candidature commune" #LeGrandMatin pic.twitter.com/B3hgfnczSJ
Vous ne craignez pas qu’il écrase ce débat ?
“Je ne crois pas qu’il y aura un homme providentiel dans cette présidentielle. En face, il y a un risque majeur : l’élection probable de Jordan Bardella. Donc personne ne peut prétendre être, seul, la solution. Il faut d’abord construire un projet solide.”
Et pour départager les candidatures à gauche, faut-il une primaire ?
“Moi, je fais le pari de l’intelligence collective. Sur la base des propositions mises sur la table, il faudra parvenir à une candidature commune. La primaire aujourd’hui défendue par Olivier Faure me paraît trop étroite. Elle n’embrasse pas assez large pour créer une vraie alternative.”
Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio
Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !