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Gaza : "La situation est catastrophique, je n’ai jamais vu ça" - Raphaël Pitti, médecin humanitaire

Par Adélaïde Motte

Gaza : "La situation est catastrophique, je n’ai jamais vu ça" affirme Raphaël Pitti, médecin humanitaire et responsable de la formation au sein de l'ONG Mehad. Il était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Gaza
Raphaël Pitti interviewé par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio, le 9 février 2024, dans “L’invité politique”.

Situation humanitaire à Gaza : Raphaël Pitti, médecin humanitaire, a répondu aux questions de Jean-Jacques Bourdin.

A Gaza, "c'est catastrophique, je n'ai jamais vu ça"

Raphaël Pitti fait partie des rares médecins occidentaux à avoir pu se rendre dans la bande de Gaza. Une mission qui a tenu de la mission impossible. "Aucune ONG internationale n'avait l'autorisation, nous avons fait un collectif des ONG les plus importantes dans le monde pour dire que c'était inacceptable qu'on ne nous laisse pas faire notre travail, c'est la première fois." "Nous sommes passés par une association américaine qui a obtenu les autorisations nécessaires, nous étions sept Français. Il apparaissait très important de pouvoir soutenir ces populations."

Sur place, "c'est catastrophique, je n'ai jamais vu ça. Il y a une foule énorme, on avançait tout doucement. Quand ils ont vu que nous étions étrangers nous avons eu un accueil extrêmement chaleureux, il y a tout le staff de l'hôpital qui est sorti. La question était 'les Israéliens vous ont-ils laissés entrer ?'" Autour de l'hôpital se trouve en permanence une foule hétéroclite car "les gens sont persuadés que d'être autour de l'hôpital, ils seront protégés."

"On est dans une situation de déshumanisation de la population" à Gaza

"Vous avez les afflux de blessés qui sont constants, ils blessent et tirent essentiellement sur la tête. L'hôpital est débordé, les moyens ne sont pas suffisants, ils sont obligés à la fois de stabiliser et en même temps de traiter. Le blessé vivant grave il est par terre et on le technique par terre. Comme on n'a pas le temps d'essayer de sauver une jambe on ampute pour aller plus vite, et surtout on laisse mourir les blessés les plus graves, parce qu'on sait que ça va être long, on les laisse mourir sans soutien sédatif", regrette Raphaël Pitti, pour qui cette situation est une première. "Où que je sois allé on a toujours accompagné les morituri, ceux qu'on ne pouvait pas soigner. On leur met une perfusion, on les sédate et on les laisse partir tout doucement."

Hors de l'hôpital, "on est dans une situation de déshumanisation de la population". "C'est un énorme bidonville, les immondices ne sont pas ramassés, les gens ont des problèmes pour se laver, il y a très peu de toilettes. Vous avez une populace qui fait la queue pour avoir du pain, pour essayer même de charger leur téléphone, il y a des marchands ambulants, on vous vend des boîtes de conserve de viande, du fromage, des légumes, mais les gens ne peuvent plus acheter, vous ne trouvez pas de poulet, ils sont complètement dépendants de toute aide internationale." "La dispute devient une émeute où tout le monde s'en mêle", ajoute-t-il. Gaza rappelle d'ailleurs à Raphaël Pitti le ghetto de Varsovie. "De tous les films que nous avons pu voir, on voyait ces images de gens qui mouraient de faim, les petits métiers, le cordonnier qui est sur le bord de la route. C'est ce que vous voyez là-bas, c'est exactement cette image-là."

"La position d'Israël ne respecte pas le droit humanitaire international"

Bloqués dans la bande de Gaza dans des conditions indignes, la population se rapproche du Hamas. Même s'ils estiment que le groupe terroriste ne leur a "pas apporté de bien", les Palestiniens estiment être aujourd'hui défendu. "On est dans une population qu'on a ramené dans une nasse. Il y a pire que de tuer, c'est d'enlever la dignité des personnes". Résultat, "la population palestinienne de Gaza s'est radicalisée pour le Hamas parce qu'ils leur permettent de se sentir digne, de se dire qu'ils résistent, de se battre pour l'honneur." "Je suis allé plusieurs fois à Rafah, je suis allé voir le maire de Rafah", explique Raphaël Pitti, qui ajoute avoir rencontré le ministre de la Santé du Hamas, "un homme admirable qui essaie de maintenir un système de santé qui est compliqué."

Vu le comportement d'Israël, la situation risque de ne pas s'améliorer. "Les Israéliens ont fait déplacer 1 200 000 personnes, sous la volonté des israéliens, pas celle du Hamas." "Si vraiment Netanyahu a décidé d'attaquer Rafah, s'il envisage dans cette situation d'attaquer Rafah, alors on peut lui faire ce procès d'intention, cette volonté de tuer, une vraie volonté de massacrer la population. Comment voulez-vous réussir à pouvoir les cibler personnellement, ça veut dire que vous voulez massacrer tout le monde et Dieu reconnaîtra les siens." En réalité, pour Raphaël Pitti, "Israël a perdu la guerre depuis quatre mois, parce que le Hamas est là, la résistance est là et continue à tirer." "Qu'ils se battent contre le Hamas moi je n'y vois pas d'inconvénients mais n'y a-t-il pas la possibilité de faire respecter ce droit humanitaire international ?" "Ce gouvernement est en train de faire de l'état d'Israël le paria de la communauté internationale. Il ne respecte plus aucune loi, aucun règlement international. Ca fait trente ans que je suis dans les zones de guerre, qui m'a entendu parler de cette façon ?"

Raphaël Pitti conclut par un appel à Emmanuel Macron. "Ils sont un million quatre pris dans cette nasse, c'est inacceptable. Monsieur Macron, la France doit pouvoir se justifier par ses valeurs humanitaires, il vous appartient de protéger cette population, pas les rebelles, et d'obtenir la libération des otages, la parole de la France doit se singulariser."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h30 dans le Grand Matin Sud Radio avec Jean-Jacques Bourdin

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