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Guerre en Iran : une industrie automobile mondiale déjà totalement perturbée

DECRYPTAGE SUD RADIO - Blocage maritime stratégique, hausse des coûts de production, tensions sur les matières premières… Le conflit en Iran ne se limite pas aux prix à la pompe. Il menace désormais l’ensemble de la chaîne de valeur automobile mondiale. Pour François Roudier, spécialiste du secteur, les constructeurs doivent déjà s’adapter à un nouvel environnement industriel incertain.

Le conflit au Moyen-Orient imapcte bien au-delà des prix du carburant et perturbe l'ensemble de la production automobile (ERIC PIERMONT / AFP)

DECRYPTAGE SUD RADIO - Blocage maritime stratégique, hausse des coûts de production, tensions sur les matières premières… Le conflit en Iran ne se limite pas aux prix à la pompe. Il menace désormais l’ensemble de la chaîne de valeur automobile mondiale. Les conséquences du conflit au Moyen-Orient se font déjà sentir dans l’industrie automobile. C'était le sujet du dossier actualité de l'émission "On parle Auto", au micro de Laurence Péraud et Jean-Luc Moreau sur Sud radio, ce samedi.

Si les automobilistes ont immédiatement observé la hausse des carburants à la pompe, l’impact pourrait en réalité être bien plus large pour les constructeurs. Au cœur du problème : le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique pour le commerce mondial. Ce couloir extrêmement étroit concentre une part importante des flux énergétiques et industriels.

Un détroit stratégique pour l’automobile mondiale

« Ce détroit est composé de deux chenaux de seulement 3,7 kilomètres chacun. C’est un passage extrêmement contraint où tout transite, à l’aller comme au retour », explique François Roudier, secrétaire général de l'Organisation Internationale des Constructeurs d'Automobiles (OICA).

Or une part importante des exportations automobiles vers le Moyen-Orient et le Maghreb emprunte cette route maritime. Si la circulation y est perturbée, les constructeurs asiatiques pourraient être particulièrement exposés. « Pour les constructeurs chinois, environ 16 % des voitures exportées passent par là. Quand on parle de 16 %, il faut rappeler que la Chine exporte près de 8 millions de véhicules. Cela représente un volume considérable », souligne-t-il. Les industriels japonais et coréens sont également concernés, avec environ 8 % de leurs exportations transitant par cette zone ».

Une industrie dépendante du pétrole… bien au-delà du carburant

L’impact du conflit en Iran ne se limite pas au transport des véhicules finis. Toute la chaîne de production automobile dépend indirectement du pétrole et de ses dérivés. « On voit un effet direct sur le carburant, mais aussi sur les composants automobiles. Les pneumaticiens, par exemple, utilisent des dérivés pétroliers pour fabriquer les pneus », rappelle l'expert de l'OICA.

De nombreux matériaux essentiels sont concernés : plastiques, aluminium, acier ou encore résines synthétiques. « Les pays producteurs de pétrole ont voulu monter en gamme et produire davantage de produits à forte valeur ajoutée. Certaines productions industrielles qui étaient en Europe ont été installées à proximité des ressources énergétiques », explique-t-il.

Une désorganisation des marchés automobiles mondiaux

Au-delà de la production, c’est toute la logistique et la stratégie commerciale des constructeurs qui pourraient aussi être bouleversées. « Si vous exportez massivement vers les pays du Golfe et que ces marchés deviennent difficiles d’accès, vous devez rediriger vos volumes ailleurs. Cela modifie complètement les plans de distribution », analyse François Roudier.

L’impact concerne l’ensemble des constructeurs, qu’ils soient européens, asiatiques ou américains. Certaines chaînes d’approvisionnement pourraient même être affectées dans l’électronique. « On peut imaginer que certaines puces électroniques soient aussi touchées si les dérivés du pétrole nécessaires à leur fabrication deviennent plus rares ou plus chers », ajoute-t-il de façon pessimiste.

Vers un vieillissement du parc automobile

Dans ce contexte d’incertitude industrielle et de hausse des coûts, les consommateurs pourraient eux aussi adapter leurs comportements. « Les voitures vont être conservées plus longtemps parce que les gens n’ont pas forcément les moyens de les remplacer », constate François Roudier.

Le marché de l’occasion devrait donc continuer de croître, avec un parc automobile vieillissant. Un signe supplémentaire que les tensions géopolitiques dépassent largement la sphère énergétique et pourraient durablement remodeler l’industrie automobile mondiale.

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