Budget toujours en attente, incertitude économique, investissements gelés, emploi menacé, défaillances d’entreprises en forte hausse, abus des ruptures conventionnelles, accord Mercosur et dialogue entre le monde politique et les entreprises. Au micro de Sud Radio, Amir Reza-Tofighi a répondu aux questions de Maxime Lledo.
Budget : "il faut que cette blague s’arrête"
Maxime Lledo pour Sud Radio : nous sommes en janvier et il n’y a toujours pas de budget. Quelles sont, concrètement, les conséquences pour les entreprises ?
Amir Reza-Tofighi : “On est en janvier et on n’a toujours pas de budget. Pour les entreprises, ça veut dire des investissements qui sont gelés, des recrutements qui sont décalés. Et tout ça va avoir des conséquences importantes sur l’emploi, sur l’économie et sur la croissance. Il y a donc un moment donné où il faut que cette blague s’arrête. Un pays a besoin d’un budget. On ne peut pas se permettre d’attendre février ou mars. On a besoin d’un budget dès maintenant pour avoir de la visibilité.”
Avez-vous le sentiment que le débat budgétaire est devenu une sorte de jeu politique, tourné vers 2027 plutôt que vers l’économie réelle ?
“Oui, clairement. On a l’impression qu’on est en train de jouer 2027 avec des propositions qui sont parfois ahurissantes et uniquement là pour des fins électoralistes. À un moment donné, il faut être responsable. Un budget pro-économie, c’est un budget pour les entreprises, mais aussi pour les salariés, pour les travailleurs et pour les Français.”
Certains disent qu’il vaut mieux un budget imparfait que pas de budget du tout. Partagez-vous cette idée ?
“Mieux vaut un budget, oui, mais pas n’importe quel budget. Quand je vois la teneur des débats à l’Assemblée nationale, j’ai le sentiment que ces discussions mènent toujours aux mêmes conclusions : de nouveaux impôts, sans aucune logique économique. Ce que nous demandons, c’est que le gouvernement prenne ses responsabilités et propose un budget qui soutienne réellement notre économie.”
🗣️@AmirRT (@CPMEnationale) : "Dans le pays qui taxe le plus de l'UE, on ne peut pas taxer davantage ! Il faut baisser les impôts pour investir et rester compétitif !" #Budget #GrandMatin
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Dans ce contexte, le recours au 49-3 ou aux ordonnances vous paraît-il préférable ?
“Ce n’est pas mon rôle de choisir l’outil. Ordonnances ou 49-3, ce sont des mécanismes institutionnels. Ce qui compte, c’est le fond. Est-ce que les mesures proposées vont soutenir notre économie ? Aujourd’hui, dans un contexte international difficile, on est le seul pays qui pense qu’en taxant encore plus ses entreprises, on va créer de l’emploi. C’est une erreur.”
Défaillances d’entreprises : “Ce sont des drames humains à chaque fois”
On a dépassé les 70.000 défaillances d’entreprises en 2025. Faut-il s’attendre au même scénario, voire pire, en 2026 ?
“Oui, c’est une évidence. On aura a minima les mêmes chiffres qu’en 2025. Le contexte international a changé, il est plus difficile, et pendant que beaucoup de pays soutiennent leur économie, la France fait le choix de ne pas soutenir ses entreprises et de les taxer encore davantage. Donc oui, il y aura encore des défaillances.”
Ce qui inquiète, c’est aussi la taille des entreprises concernées…
“Exactement. Ce qui est très préoccupant, ce n’est pas seulement le nombre, c’est le fait que ce sont désormais des entreprises plus importantes qui font faillite. Des belles PME, avec 100, 200, parfois 300 salariés. Ce ne sont plus seulement des entreprises de cinq ou dix salariés. L’impact sur l’emploi est donc beaucoup plus lourd.”
Derrière ces chiffres, il y a aussi une réalité humaine.
“Une défaillance, ce sont des familles qui perdent leur emploi, des dirigeants qui se retrouvent parfois à la rue, sans chômage, en perdant leur patrimoine. Ce sont des drames humains à chaque fois. Ce sont aussi des territoires qui perdent un bassin économique. On ne peut pas rester indifférents à ça.”
Est-ce une fatalité ou peut-on encore inverser la tendance ?
“Ce n’est pas une fatalité. Si on finit avec un budget sans nouveaux impôts, si on redonne de la visibilité aux entreprises et si le contexte international ne se dégrade pas davantage, je crois profondément à la résilience des entrepreneurs. Mais pour ça, il faut que la classe politique arrête de nous mettre des boulets supplémentaires aux pieds.”
Ruptures conventionnelles : “Il y a des abus du mécanisme… On pourrait récupérer 1 milliard d’euros”
Vous avez fait des ruptures conventionnelles un dossier prioritaire. Pourquoi ?
“Parce que les ruptures conventionnelles coûtent aujourd’hui 10 milliards d’euros par an. Les personnes qui sortent du marché du travail par ce biais restent plus longtemps au chômage que celles licenciées. Plus de 50% sont diplômées de l’enseignement supérieur. Le mécanisme est bon, mais il y a des abus.”
Le gouvernement évoque environ 400 millions d’euros d’économies possibles. Est-ce suffisant ?
“Non. Avec les autres organisations patronales, nous pensons qu’on peut aller chercher au moins 1 milliard d’euros, soit seulement 10% du coût total. En Île-de-France, 30% des ruptures conventionnelles contrôlées étaient abusives. Le raisonnement du ‘j’ai le droit’ est dangereux : si tout le monde considère qu’il a droit à 18 mois de repos, le système explose.”
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Vous êtes donc confiant dans les négociations avec les partenaires sociaux ?
“Oui, parce que ce sont les salariés et les entreprises qui paient ces abus. Tout le monde a intérêt à corriger le système pour le sauver.”
Mercosur : "La France sacrifie ses producteurs en les mettant en concurrence déloyale”
L’accord avec le Mercosur est très controversé. Est-ce que le débat est trop idéologique ?
“Avoir une zone économique avec des droits de douane plus bas peut être une bonne chose. Le problème français, c’est qu’on impose à nos producteurs des normes plus strictes que celles appliquées aux produits importés. Cet accord est symptomatique d’un pays qui sacrifie ses producteurs en les mettant en concurrence déloyale.”
Pourquoi la France semble-t-elle plus réticente que d’autres pays européens ?
“Parce qu’ailleurs, on ne met pas les producteurs en concurrence déloyale. En France, on impose des règles supplémentaires à nos agriculteurs, puis on importe des produits qui ne respectent pas ces normes. Nous sommes prêts à accepter toutes les règles, mais à condition qu’elles soient les mêmes pour tout le monde.”
“Ferais-je bien mon travail de défense de l’entreprise si je ne parlais pas avec tout le monde ?”
Le dialogue avec toutes les forces politiques, y compris le Rassemblement national, divise le monde patronal. Quelle est votre position ?
“Ferais-je bien mon travail de défense de l’entreprise si je ne parlais pas avec tout le monde ? Aujourd’hui, il y a des députés de la France insoumise et du Rassemblement national à l’Assemblée nationale. Mon rôle, c’est de défendre l’entreprise partout. Je parle avec tous ceux qui ont des responsabilités politiques.”
Certains y voient une forme de banalisation. Que leur répondez-vous ?
“Je ne suis pas là pour qu’ils me convainquent de leur programme. Je suis là pour les convaincre qu’il faut défendre l’entreprise. Si demain certains arrivent au pouvoir, comment défendre l’entreprise si on ne leur a jamais parlé ?”
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