Canicule, adaptation de la France aux fortes chaleurs, rénovation thermique des bâtiments, climatisation des transports, congé climatique, loi sur la fin de vie et présidentielle de 2027. Au micro de Sud Radio, Agnès Pannier-Runacher a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Le dérèglement climatique est une transformation majeure"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : La France a-t-elle suffisamment anticipé les conséquences de la canicule ?
Agnès Pannier-Runacher : “Nous avons énormément travaillé ces huit dernières années. Nous avons multiplié par quatre la baisse des émissions de gaz à effet de serre, ce qui est important parce qu’il faut prendre le mal à la racine et ralentir le dérèglement climatique lié notamment à l’utilisation des énergies fossiles. Nous avons également travaillé sur un plan d’adaptation au changement climatique, avec des financements comme le Fonds vert et le fonds Barnier, dont les moyens ont été multipliés par deux. Le budget consacré à l’écologie a, au fond, doublé.”
Ces financements ont-ils déjà produit des effets concrets dans les écoles et les établissements accueillant des personnes vulnérables ?
“Ce travail ne concerne pas uniquement la décarbonation. Environ 6.500 écoles ont été rénovées ces dernières années, des salles ont été climatisées et des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, les Ehpad, ont été mis en conformité. Aujourd’hui, environ 3% des écoles ferment pendant cet épisode de canicule et, oui, c’est un problème. Mais le dérèglement climatique est une transformation absolument massive, à laquelle aucun pays ne peut faire face en seulement trois ans.”
Que faut-il changer pour adapter durablement la France aux épisodes de fortes chaleurs ?
“Il faut modifier la manière dont nous construisons et mettre à niveau les logements qui sont aujourd’hui des bouilloires thermiques. Il faut aussi climatiser les transports publics, et cela fait partie du plan national d’adaptation au changement climatique. Le phénomène va plus vite que nous, en France comme dans tous les pays du monde, de l’Inde à la Chine en passant par nos voisins européens. Nous devons donc nous en occuper massivement, et pas seulement pendant les dix jours où la canicule occupe toute l’actualité.”
🗣️@AgnesRunacher : "Le dérèglement climatique est une transformation majeure. Ce n'est pas en 3 ans qu'un pays comme la France va faire face à ces épisodes de canicule" #GrandMatin
➡️Suivez le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/Sa5YRYToop— Sud Radio (@SudRadio) June 22, 2026
Estimez-vous que vos opposants politiques manquent de cohérence sur la question climatique ?
“Ce qui me frappe, c’est que nos opposants critiquent les mesures écologiques pendant tout le reste de l’année. Lorsque la canicule arrive, ils se réveillent et nous expliquent que nous n’avons pas assez investi. Qu’ils votent alors les budgets qui sont en rapport avec l’écologie. On ne peut pas demander davantage d’adaptation tout en refusant les crédits qui permettent de rénover les bâtiments, de végétaliser les villes et de créer des îlots de fraîcheur.”
Grand plan climatisation : "Les clims, ça coûte cher ! C’est Marine Le Pen qui va payer les factures ?"
Marine Le Pen propose un plan massif de climatisation dans les hôpitaux, les Ehpad et les écoles. Partagez-vous cette proposition ?
“Il faut absolument refroidir les bâtiments accueillant les personnes les plus vulnérables, quelle que soit la technologie retenue. Mais les clims partout, cela coûte cher, et ce sont les Français qui vont payer. Il faut climatiser après avoir pris toutes les mesures qui permettent de ne pas déclencher la climatisation toute l’année. C’est comme le chauffage dans une passoire thermique : si le bâtiment est mal isolé, la facture devient délirante.”
La rénovation des bâtiments ne prendra-t-elle pas plusieurs décennies alors que les températures augmentent dès maintenant ?
“Un plan massif de climatisation ne permettra pas d’obtenir de bons résultats dans les passoires et les bouilloires thermiques. Vous imaginez les factures ? C’est Marine Le Pen qui va les payer ? Nous devons d’abord rénover thermiquement, puis installer des dispositifs passifs de confort d’été qui peuvent diminuer la température de trois, quatre ou cinq degrés. La climatisation doit intervenir en dernier lieu, lorsque les températures deviennent réellement insupportables et que la consommation peut rester maîtrisée.”
🌡️"Grand plan clim" réclamé par @MLP_officiel
🗣️@AgnesRunacher : "C'est la solution de ceux qui n'ont pas travaillé le sujet ! Les clims, ça coûte cher ! Vous imaginez les factures ? C'est elle qui va les payer ?" #GrandMatin
➡️https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️0 826 300 300 pic.twitter.com/4o1mPwrfYk— Sud Radio (@SudRadio) June 22, 2026
La généralisation de la climatisation est-elle contraire à la lutte contre le réchauffement climatique ?
“Cela dépend de la manière dont vous climatisez. Certains appareils de mauvaise qualité consomment énormément d’énergie, peuvent rejeter des gaz à effet de serre et évacuent de la chaleur vers l’extérieur. Dans les villes denses, avec des immeubles de dix étages et peu de végétation, cette chaleur rejetée peut encore augmenter la température extérieure. Il existe cependant des solutions plus efficaces, comme la géothermie, qui permet de rafraîchir sans produire le même effet de chaleur dans la rue.”
Le nouvel hôpital de Nantes peut-il raisonnablement être construit sans climatisation ?
“Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. Lorsqu’un bâtiment neuf risque d’être confronté à des températures extérieures de 40 degrés, l’isolation et les protections passives ne suffisent pas toujours. On peut prévoir des auvents, des pare-soleil et une conception adaptée, mais la chaleur finit tout de même par entrer dans les chambres. Dans ce cas, j’assume de dire qu’il faut pouvoir rafraîchir et climatiser.”
Les aides publiques permettent-elles réellement de financer le confort d’été ?
“MaPrimeRénov’ couvre bien les travaux liés au confort d’été, contrairement à ce que j’ai parfois entendu. Une partie de son financement a été transférée vers les certificats d’économie d’énergie, qui obligent les fournisseurs à soutenir les économies d’énergie. Lorsqu’on installe une pompe à chaleur, elle peut être réversible, c’est-à-dire produire du chaud en hiver et du frais en été. Le plan consacré aux pompes à chaleur constitue donc une solution intéressante pour la canicule comme pour la réduction des consommations énergétiques.”
"Le congé climatique est un gadget !"
Valérie Pécresse appelle les Franciliens à télétravailler et à limiter leurs déplacements pendant la canicule. Cette mesure est-elle efficace ?
“Il est essentiel d’accélérer la climatisation des transports publics, et cela fait partie du plan national d’adaptation au changement climatique que j’ai porté. Nous voyons à quel point la situation peut devenir insupportable dans le métro, dans les bus et dans de nombreux transports partout en France. Nous n’échapperons pas à cette adaptation. Il faut aussi garder à l’esprit que le bureau est parfois mieux climatisé que le domicile, ce qui doit être pris en compte lorsque l’on recommande le télétravail.”
Marine Tondelier a proposé sur Sud Radio un congé climatique payé de cinq jours par an. Que pensez-vous de cette idée ?
“Le congé climatique est un gadget. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’accélérer la mise à niveau des logements et des bâtiments. Il faut commencer par les lieux qui accueillent les personnes les plus vulnérables, notamment les écoles, les Ehpad et les hôpitaux. Ces politiques ont été engagées depuis plus de vingt ans, mais elles doivent désormais être amplifiées face à l’accélération du dérèglement climatique.”
🌡️Faut-il instaurer un "congé climatique" ?
🗣️@AgnesRunacher : "C'est un gadget ! Ce qu'il faut, c'est accélérer la mise à niveau des logements !" #GrandMatin
➡️Suivez le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/Y2YytxJbhN— Sud Radio (@SudRadio) June 22, 2026
Faut-il aussi développer davantage les îlots de fraîcheur et la végétalisation ?
“La végétalisation et les îlots de fraîcheur sont des combats que j’ai portés avec le Fonds vert. Il est anormal de trouver encore des quais, des places ou des espaces publics sans ombre, notamment dans les régions les plus exposées à la chaleur. Les collectivités doivent pouvoir planter des arbres et éviter d’ajouter continuellement du béton au béton. Je rappelle cependant que certains responsables politiques qui réclament aujourd’hui ces aménagements veulent réduire les crédits du Fonds vert.”
"J’ai quitté le gouvernement parce que j’avais le sentiment que nous étions en train de ralentir"
Avez-vous le sentiment de ne pas avoir été suffisamment entendue au gouvernement sur l’urgence climatique ?
“Je n’ai pas quitté le gouvernement par hasard. Je l’ai quitté parce que j’avais le sentiment que nous étions en train de ralentir et d’arrêter de porter un combat absolument essentiel, alors même que nous disposons de solutions. Nous savons rénover des bâtiments, installer de la géothermie et climatiser avec des pompes à chaleur fabriquées en France. Lorsque les solutions existent, il faut avoir la volonté politique et les budgets nécessaires pour les déployer.”
Qu’est-ce qui a empêché cette accélération ?
“Depuis deux ans, nous bataillons au Parlement et nous n’arrivons pas à avancer correctement sur les budgets. L’extrême droite et l’extrême gauche ont bloqué les textes financiers, tandis que certains de ceux qui réclament maintenant davantage de climatisation ont empêché les budgets de passer. Cela a fait perdre environ un quart de l’année aux programmes de rénovation thermique. On ne peut pas ignorer cette responsabilité lorsque l’on constate aujourd’hui le retard pris dans l’adaptation à la canicule.”
La France dispose-t-elle malgré tout d’une stratégie suffisamment précise ?
“La planification écologique portée sous la présidence d’Emmanuel Macron a permis de construire le premier plan national d’adaptation au changement climatique digne de ce nom. Ce plan a reçu un accueil très favorable des associations environnementales, des associations d’élus, des représentants des entreprises et des syndicats de salariés. La France est l’un des rares pays à disposer d’un plan aussi précis. Nous sommes en retard dans son application, mais nous avons désormais une feuille de route sur laquelle il faut travailler.”
"Je souhaite que la loi sur la fin de vie soit votée, Bruno Retailleau empêche le texte d’être voté"
Souhaitez-vous qu’un vote définitif sur la loi relative à la fin de vie intervienne rapidement ?
“Je souhaite que la loi sur la fin de vie soit votée, parce qu’il s’agit d’un enjeu de justice. Je vais me battre pour que nous y arrivions. Le texte concerne des personnes condamnées dont les souffrances ne peuvent être soulagées par aucune prise en charge médicale. C’est une question de dignité humaine et d’égalité entre ceux qui peuvent aujourd’hui choisir le moment de leur mort et ceux qui n’y ont pas accès.”
Pourquoi estimez-vous nécessaire de sortir de la situation actuelle ?
“Il faut sortir de cette hypocrisie, qui place également les aidants dans une situation d’insécurité. Cette loi est travaillée depuis sept ans et elle a fait l’objet d’une convention citoyenne ainsi que de réunions organisées dans les territoires. Lorsque l’on explique précisément le dispositif aux Français, ils comprennent de quoi il s’agit et appellent ce nouveau droit de leurs vœux. Ce n’est pas un sujet de second ordre, mais une question de justice et d’égalité devant la mort.”
Bruno Retailleau bloque-t-il selon vous l’adoption du texte ?
“Pour organiser un référendum sur la base d’un texte, il faut d’abord que celui-ci soit voté par le Sénat et par l’Assemblée nationale. Or Bruno Retailleau empêche le texte d’être voté au Sénat, alors même qu’une convention citoyenne a longuement travaillé sur le sujet. Choisir sa mort et pouvoir le faire dans la dignité est ce que l’on peut attendre d’un pays démocratique. La France fait aujourd’hui partie des pays démocratiques les plus en retard sur cette question.”
Soutenez-vous toujours Gabriel Attal pour l’élection présidentielle de 2027 ?
“Oui, tout à fait. Je suis membre de Renaissance et je soutiens mon candidat. Nous avons des priorités très claires, à commencer par la nécessité de faire en sorte que le travail paie et permette de vivre dignement. Je pense que cette priorité est largement partagée par les Français.”
Bruno Retailleau peut-il appartenir au bloc central en vue de 2027 ?
“Bruno Retailleau n’est pas dans le bloc central et il a lui-même donné le sentiment qu’il ne souhaitait pas en faire partie. Il critique très fortement l’action des gouvernements successifs, tout en ayant participé à l’un d’entre eux, et tend la main vers le Rassemblement national. Les électeurs jugeront cette orientation. Le bloc central doit rassembler des républicains attachés à une politique sociale, au fonctionnement de l’économie et à l’Europe, tout en souhaitant transformer cette dernière.”
Comment le candidat du bloc central sera-t-il désigné ?
“Gabriel Attal est en campagne et plusieurs dynamiques existent aujourd’hui. Dans une démocratie, c’est aussi aux électeurs et aux Français de choisir, et nous verrons les choses se mettre en ordre dans les mois qui viennent. Je suis confiante sur le fait que nous aurons un seul candidat du bloc central au début de l’année prochaine. Ce candidat aura tout mon soutien.”
Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio
Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !