La vidéo d'un civil ukrainien poursuivi puis frappé par un drone russe a suscité une vive émotion. Au micro de Sud Radio Dominique Trinquant, expert en géopolitique et ancien chef de mission de la France à l'ONU, affirme que ces images s'inscrivent dans une stratégie plus large visant à terroriser la population ukrainienne.
« Le but, c'est de semer la terreur »
Pour Dominique Trinquant, les images de ce civil ukrainien poursuivi par un drone ne peuvent être analysées indépendamment de la stratégie militaire menée par Moscou depuis le début du conflit. « Vous en parlez à propos des drones, mais rappelons que toutes les nuits, des drones, des missiles sont envoyés sur la population ukrainienne. Là, on n'a pas d'images sur les frappes, mais on connaît le bilan dramatique pour la population ukrainienne. »
L'ancien chef de mission à l'ONU estime que ces attaques ont un objectif précis. « Il n'est pas impossible que des pilotes de drones s'amusent, entre guillemets, à poursuivre avec leurs engins, parce que le but, c'est bien sûr de semer la terreur, de faire craquer la population, de faire en sorte que la population ne tienne pas et mette donc en difficulté le gouvernement qui veut continuer la guerre. »
« Les méthodes russes ne sont pas les méthodes ukrainiennes »
Dominique Trinquant établit une distinction entre l'emploi des drones par les deux camps. Selon lui, les objectifs militaires diffèrent fondamentalement. « Il faut bien rappeler que l'agresseur, c'est la Russie, et que les méthodes russes ne sont pas les méthodes ukrainiennes. Les drones, bien sûr, ont proliféré depuis plusieurs années et les ingénieurs ukrainiens sont remarquables dans le domaine des inventions. L'Ukraine cherche à déstabiliser le gouvernement de M. Poutine, qui est à l'origine de cette guerre. »
À l'inverse, il considère que les frappes russes visent directement les populations. « Du côté russe, la position est différente. Ils frappent directement la population. Ça n'est pas le cas pour les Ukrainiens. Les Russes frappent toutes les nuits, directement les populations. »
Des attaques qui dépassent le seul cadre militaire
Pour l'ancien chef de mission français auprès des Nations unies, les frappes russes ne concernent pas uniquement les villes ou les habitants. Elles touchent également les infrastructures essentielles du pays. « Il y a eu un grand nombre de frappes dans la région d'Odessa ces dernières semaines. Pourquoi ? Pour empêcher l'Ukraine de sortir les récoltes de grains qui alimentent les pays de ce qu'on appelait le tiers-monde. »
Selon lui, cette stratégie doit faire l'objet d'un examen par la justice internationale. « Il faut le rappeler, c'est une position extrême de la guerre créée par les Russes, et qui doit faire l'objet de recherches dans le domaine des crimes de guerre, et de la pression que la Russie met, non seulement sur la population ukrainienne, mais sur la population dans le reste du monde. »
Dominique Trinquant rappelle enfin que les drones sont devenus un élément majeur du conflit, tout en soulignant que leur emploi varie selon les objectifs poursuivis par chaque camp : « Les drones ont proliféré depuis plusieurs années. (…) L'Ukraine cherche à toucher des objectifs industriels et stratégiques en Russie. Du côté russe, la position est différente : ils frappent directement la population. »