single.php

Pétition contre la construction d’un pavillon ultra-moderne à l’Assemblée Nationale

Par Hugo Paillart

ENTRETIEN SUD RADIO - Un pavillon ultra-moderne va-t-il remplacer un bâtiment historique juste à côté de l'Assemblée Nationale ? Le projet, porté par la présidence de l'Assemblée avant la fin du quinquennat, avait été suspendu en février dernier avant de revenir sur le devant de la scène. Plus de 70 000 personnes, dont Ségolène Royal et Joey Starr, ont signé la pétition lancée par l'Association Sites & Monuments pour s'y opposer. Didier Rykner, de cette même association, décrypte pour Sud Radio les enjeux de ce dossier explosif.

Assemblée nationale, lieu de débat sur le projet de loi sécurité du quotidien en France.
Martin LELIEVRE - AFP/Archives

À droite de l'Assemblée Nationale se dresse un petit pavillon datant de 1888. Ce bâtiment doit être détruit pour laisser place à une construction ultra-moderne, un projet déjà validé par le Conseil de Paris. Pour ses détracteurs, ce nouveau bâtiment constituerait une véritable déchirure dans un paysage historique classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Face à la contestation, l'Association Sites & Monuments a lancé une pétition, signée par plus de 70 000 personnes, parmi lesquelles Ségolène Royal et Joey Starr. Didier Rykner, de l'association, revient sur les raisons de cette colère pour Sud Radio.

« Il va contre le règlement du secteur patrimonial sauvegardé »

Parlez-nous de ce projet, pourquoi fait-il débat ?

« D'abord, c'est un projet qui avait été interrompu, parce que, tout simplement, il va contre le règlement du secteur patrimonial sauvegardé du 7e arrondissement. Vous savez, c'est la loi Malraux, il y a des endroits où on ne touche pas trop, parce que ce sont des endroits historiques, et Paris n'en a pas beaucoup. » explique Didier Rykner, fondateur et directeur de la Tribune de l'Art

« L'Assemblée Nationale voulait tranquillement mettre une espèce de bâtiment qui n'a aucun rapport avec ce qu'il y a autour, et notamment qui va s'opposer à la colonnade de l'Assemblée Nationale. En face, il y a la Madeleine et la Concorde. On est dans un endroit extrêmement historique, un endroit classé  site de l'Unesco. C'est un changement de règlement. Il suffit que vous vouliez faire n'importe quoi dans votre jardin ou dans un quartier historique. La mairie de Paris modifie le règlement », déclare le directeur de la Tribune de l'Art

Que va-t-il arriver à l’ancien bâtiment ? Qu’est ce qui va le remplacer ?

« En fait, le pavillon serait détruit. Le pavillon lui-même n'a pas d'intérêt énorme, mais enfin, c'est un joli petit pavillon qui ne demande rien à personne, qui va très bien là où il est, et il serait remplacé par un grand bâtiment, effectivement, trop haut, par rapport au secteur sauvegardé, qui creuserait également sous les jardins, ce qui est interdit » ,évoque Didier Rykner

« En fait, le gouvernement d'Emmanuel Macron, l'Assemblée Nationale, Braun-Pivet, tous ces gens-là veulent se passer des règles. Ils veulent faire ce qu'ils veulent où ils le veulent. On l'a vu, d'ailleurs, avec Notre-Dame. Enfin, on le voit ici. Il y a un problème de démocratie et de protection du patrimoine dans notre pays», proteste le fondateur de la Tribune de l'Art

« On va aller devant les tribunaux »

Une pétition a été lancée par Ségolène Royal et Joey Starr, peut-elle aller au bout ?

« Non, ce ne sont pas eux qui ont lancé la pétition. C'est l'Association de Sites et Monuments. En revanche, Joey Starr et Ségolène Royale, qu'on remercie, et beaucoup d'autres personnes, ont signé cette pétition. Déjà, je crois 70 000. J'ai signé, évidemment, cette pétition. J'ai écrit plusieurs articles. Oui, l'Association de Sites et Monuments, qui est très utile pour le patrimoine, et j'encourage tous vos auditeurs à adhérer à cette association. Elle va aller devant les tribunaux», annonce Didier Rykner

« Et vous savez, les tribunaux administratifs, il faut avoir confiance en la justice de son pays. Moi, j'ai vu plusieurs tribunaux administratifs risquent d'aller contre. Et s'ils vont pour... Après, il y a le Conseil d'État. Le Conseil d'État est quand même très politique. On ne sait pas du tout comment ça va se tourner», estime le directeur de la Tribune de l'Art

« En tout cas, la mairie de Paris a donné l'autorisation pour faire le changement de règlement, mais le règlement n'est pas encore fait. Il y aura une enquête publique. Il y a plein de choses encore à faire. Et ça, évidemment, ça verra le jour où Mme Braun-Pivet sera plus à la tête de l'Assemblée nationale, probablement », confie le fondateur de la Tribune de l'Art

« Ces projets sont néfastes pour le patrimoine »

Est ce que Madame Braun-Pivet verra son œuvre ?

« Non, ils n'auront pas le temps de tout faire, mais ils pourront très bien lancer le projet de manière forte. Il y a plusieurs projets comme ceux-là qui sont lancés, qui vont se terminer dans les prochains mois et qui sont néfastes pour le patrimoine », déclare le directeur de la Tribune de l'Art

Il n'y a pas que l'Assemblée nationale. Donc, tout ça est assez grave. Stéphane Bern, par exemple, a signé cette pétition. Il faut espérer que ça contribue à faire prendre conscience à la fois aux politiques, aux juges. C'est un projet absurde, simplement. Il faut le constater, c'est un projet absurde. Mme Braun-Pivet ne se grandit pas», conclut Didier Rykner, directeur et fondateur de la Tribune de l'Art

Le dossier est loin d'être clos. Si la mairie de Paris a donné son feu vert au changement de règlement, celui-ci n'est pas encore acté : une enquête publique doit encore se tenir avant toute validation définitive. En parallèle, l'Association Sites & Monuments annonce vouloir saisir la justice, avec un premier passage devant les tribunaux administratifs, avant un éventuel recours au Conseil d'État. De quoi retarder un projet que ses opposants espèrent voir purement et simplement abandonné, quitte à attendre un changement à la tête de l'Assemblée Nationale.

L'info en continu
12H
11H
10H
09H
08H
Revenir
au direct

À Suivre
/