Le gérant du 716 Beach et du Raani dénonce une décision brutale, prise sans accompagnement ni indemnisation, alors que plusieurs années d'investissements et de remboursements d'emprunts restent encore en cours.
"Je n'arrive toujours pas à comprendre qu'on puisse faire ça à un commerçant"
Pour Morad Bouzaiane, l'été 2026 restera celui d'un véritable coup de massue. À la tête des restaurants Le 716 Beach et Le Raani, installés sur la plage de Villeneuve-Loubet, l'entrepreneur pensait poursuivre normalement son activité lorsque la nouvelle est tombée : il devra libérer les lieux avant octobre 2026 En cause, le nouveau tracé du domaine public maritime, revu par l'État afin de tenir compte du recul du trait de côte et de l'érosion qui modifie progressivement le littoral des Alpes-Maritimes. Cette évolution administrative entraîne la disparition de plusieurs autorisations d'occupation et condamne quatre établissements de plage à démonter leurs installations dans un délai très court.
Le dossier s'inscrit dans un contexte plus large d'adaptation des territoires côtiers au changement climatique. Sous l'effet de la montée du niveau de la mer, des tempêtes et de l'érosion, certaines plages reculent progressivement. Les services de l'État ont procédé à une réévaluation des limites du domaine public maritime, estimant que les établissements concernés se trouvent désormais sur une emprise relevant de ce domaine, ce qui remet en cause leur maintien. Les restaurateurs, eux, contestent surtout la méthode employée et le manque d'anticipation, expliquant n'avoir jamais été préparés à une telle échéance.
Au micro de Sud Radio, Morad Bouzaiane raconte avoir découvert cette décision à la réception d'un courrier officiel. "Ils nous demandent de quitter les lieux et de remettre les clés d'ici le mois d'octobre. J'ai reçu un courrier de la part de la DDTM [Direction Départementale des Territoires et de la Mer] où il était stipulé que j'avais quatre mois pour quitter l'établissement. Ce qui a été un choc total, quoi. Puisque je ne m'attendais pas à ça du tout. Si on m'avait expliqué auparavant ce qui pouvait se passer, qu'il y avait de l'érosion ou qu'on nous aurait pris un rendez-vous tout simplement et qu'on nous aurait tout expliqué de A à Z, on aurait pu comprendre qu'il y ait un risque d'érosion etc., qu'il faut tant d'années, 'préparez-vous, bientôt vous allez devoir quitter les lieux.' Mais là, aujourd'hui, pour moi, ça a été un choc brutal, on ne s'attendait pas du tout à ça. Des années d'investissement, des années de travail pour qu'on vienne aujourd'hui du jour au lendemain… Pour moi, quatre mois, c'est du jour au lendemain, c'est une décision hâtive ! Qu'on vous dise 'vous avez quatre mois pour partir, sans solution'. Je trouve ça complètement injuste. Ce qui se passe là, je n'arrive même pas à trouver les mots. Je n'arrive toujours pas à comprendre qu'on puisse faire ça à un commerçant qui paie des impôts en France, qui crée de l'emploi. Et nous faire partir comme ça, sans indemnité, sans aucune solution, après des années de vie, c'était pas normal."
"On nous prend tout sans rien nous donner"
Au-delà du délai imposé, le restaurateur souligne les conséquences économiques d'une fermeture précipitée. Entre les investissements réalisés pour développer ses établissements, les salariés employés pendant la saison et les emprunts toujours en cours, il estime que cette décision le place dans une situation particulièrement difficile. Selon les différents exploitants concernés, aucune solution de relocalisation ni compensation financière n'a, à ce stade, été proposée, malgré les importantes sommes engagées au fil des années.
Morad Bouzaiane conteste également le fondement de la décision et s'interroge sur le statut des terrains concernés. "Ce terrain, c'est un terrain privé, depuis plus de 70 ans, il appartient à un propriétaire, Monsieur Jacques de Boule. Donc, je ne comprends pas, on n'est plus à l'époque des colons. Je vous dis honnêtement : moi, je catégoriserais ça comme un racket légal. Parce que c'est totalement ce qui est en train de se passer. Aujourd'hui, on nous prend tout sans rien nous donner. Aujourd'hui, par exemple, sur un des deux commerces, moi, j'ai un crédit qui est en cours, je suis en train de rembourser 160.000 euros. Et là, on me dit 'Monsieur, partez, vous vous débrouillez avec ça'. Du coup, l'État m'endette, et moi je dois continuer à payer les dettes. C'est complètement irrationnel", poursuit Morad Bouzaiane à l'antenne de Sud Radio.
Les restaurateurs concernés ont décidé de contester cette décision et réclament un dialogue avec les pouvoirs publics afin d'obtenir davantage de temps, un accompagnement ou une solution permettant de préserver leurs activités. Leur situation illustre les difficultés croissantes auxquelles sont confrontés les acteurs économiques installés sur le littoral, où la nécessité de s'adapter à l'érosion côtière se heurte désormais à des enjeux humains, sociaux et financiers particulièrement lourds.
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