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Thierry Lentz : "Le budget du ministère de la Culture est un des plus petits"

Pourquoi l'État abandonne-t-il son patrimoine ? Pour en parler, Thierry Lentz, historien, directeur général de la Fondation Napoléon, invité de Périco Légasse, était au micro de Sud Radio.

Thierry Lentz
Thierry Lentz, invité de Périco Légasse dans "Sud Radio La France dans tous ses états”.

Au micro de Sud Radio, Thierry Lentz estime que la décentralisation culturelle en France est inaboutie et trop complexe. Il plaide pour un désengagement plus net de l’État au profit des régions, tout en reconnaissant que le Centre des monuments nationaux est l’une des rares institutions étatiques à fonctionner relativement efficacement. Il fait surtout valoir que le patrimoine français est immense mais sous-financé, obligeant à faire des choix politiques, à accepter des financements privés et à admettre que le principal problème du ministère de la Culture n’est pas la compétence de ses agents, mais le manque chronique de moyens.

Thierry Lentz : "Le Centre des monuments nationaux reste l'institution qui fonctionne le moins mal"

Périco Légasse : Dans le domaine de la culture, en France, il y a le principe de décentralisation. N'est-ce pas une décentralisation qui est mal conduite ?

Thierry Lentz : Si vous prenez le domaine de la culture, vous avez en principe une décentralisation. Et vous avez quand même encore au niveau régional des directions régionales de l'État, vous avez la région qui s'en occupe, vous avez le département qui s'en occupe, évidemment les communes s'en occupent aussi. Je pense que si on voulait vraiment décentraliser, il faudrait au moins supprimer le niveau de l'État, l'État ayant ici une fonction de contrôle, de respect des règles de conservation. Je verrais bien le Louvre administré par la région Île-de-France, par exemple. Dans les régions ils ont des moyens qui sont beaucoup plus clairement fléchés.

Il y a le contre-exemple, c'est la présidente de la région Pays de Loire, qui a décidé d'avoir des comptes à l'équilibre et qui a donc beaucoup réduit les subventions culturelles. Ça a fait beaucoup de bruit au départ, et puis finalement le milieu s'est adapté à la pénurie et a su très bien gérer tout ça. Il y a bien sûr dans la gestion de l'État parfois des exceptions : le Centre des monuments nationaux reste peut-être [l'institution] qui fonctionne le moins mal. Le président de l'époque, Philippe Belaval, était un homme à fort réseau et à puissance de conviction. Il a quand même obtenu les crédits qu'il fallait pour restaurer beaucoup de choses. Ce n'est pas la même chose pour les musées qui dépendent directement de l'État, c'est vrai que ça manque de moyens.

"Il faut s'occuper un peu de tout, ou beaucoup de quelques trésors"

Périco Légasse : Globalement, notre patrimoine est-il bien préservé ?

Thierry Lentz : D'abord, c'est un travail énorme. Il faut voir le patrimoine bâti de la France, c'est quelque chose d'assez unique, gigantesque. Il faut s'occuper un peu de tout, ou beaucoup de quelques trésors - ce sont des choix politiques à faire. Il faut accepter aussi la gestion privée dans les monuments, il faut accepter par exemple les panneaux publicitaires qu'on a en ce moment à Paris devant l'Opéra. Évidemment, il y a des gens qui râlent, mais si on n'a pas cet argent, il n'y a pas de restauration !

C'est devenu un peu un monstre, et c'est un monstre pauvre. Parce que le budget du ministère de la Culture est un des plus petits de tous les ministères para-régaliens. Il ne peut pas tout faire. Et en même temps, il a sur le dos le spectacle vivant, les intermittents du spectacle ou que sais-je encore. C'est un ministère qui est à la fois composé de hauts fonctionnaires de très grande qualité, qui connaissent parfaitement leurs dossiers, qui sont vraiment de super spécialistes. Moi, j'ai été frappé par ça. Le problème, c'est les moyens qui n'existent pas.

Cliquez ici pour écouter l’invité de Périco Légasse dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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