Le gouvernement français continue d’ordonner l’abattage total des troupeaux bovins lorsqu’un cas de dermatose nodulaire contagieuse est détecté, une mesure destinée à endiguer la propagation de cette maladie virale qui affecte les bovins mais pas les humains. Environ 3.000 bovins ont déjà été euthanasiés depuis juin 2025, ce qui suscite une forte colère et des manifestations d’éleveurs dans le Sud-Ouest. "Il y a une vraie colère qui est en train de monter", rappelle Bertrand Venteau, le président de Coordination rurale, au micro de Sud Radio.
Bertrand Venteau : "Il faut que le protocole évolue"
Périco Légasse : Quelle aberration suprême lorsque l'élevage est abattu. Bien entendu, la vache est contaminée, il va à l'écarrissage, mais on peut supposer que les bêtes abattues qui sont saines, leur viande est comestible, et on pourrait les consommer. Or, tout est envoyé à la destruction…
Bertrand Venteau : Oui, contrairement à la tuberculose, où vous avez une partie des animaux qui sont consommés, là, effectivement, ça ne part pas à la consommation. Ce qu'il faut surtout retenir, c'est que c'est une maladie qui est arrivée, il faut prendre le recul nécessaire. Elle va certainement se disséminer, mais dans l'instant, ce qu'on utilise est, à mon avis, beaucoup trop brutal. Cela met en péril la balance commerciale française et des familles d'agriculteurs. Le principe de précaution ne fait que trop durer en France dans l'approche des maladies. Aujourd'hui, il faut prendre du recul. Il faut agir, sauver un maximum de vaches, d'éleveurs, parce qu'on va en avoir besoin. Et l'approche n'est pas du tout la bonne.
Il faut sortir de ce massacre organisé où on nous dit qu'il n'y a que 3.000 animaux qui aujourd'hui ont été abattus. Mais quand ça va [se propager] dans toute la France, ce qui risque d'être le cas, vous aurez peut-être des centaines de milliers d'animaux. Du moins, des dizaines de milliers d'animaux qui vont être abattus. Regardez l'exemple de la tuberculose. On en fait tuer depuis 40 ans, et ça n'a pas réglé le problème : la maladie est toujours là, elle est mal traitée. Donc aujourd'hui, il faut que le protocole évolue. Il y a des revendications syndicales, les ultras aussi ont fait des revendications. Ce soir, si la ministre ne lâche pas du lest, c'est au Premier ministre de trancher ce sujet. Sinon la France risque d'être bloquée.
"On n'a pas envie de mourir en silence"
Maud Koffler : Vous disiez que la colère des agriculteurs pourrait prendre une ampleur qu'on n'a jamais connue. Sachant que ça avait déjà pris une ampleur assez impressionnante ces deux dernières années. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
Bertrand Venteau : Je veux dire que face à la mort qui est programmée et qu'on nous programme, on n'a pas envie de mourir en silence, et que pour nous, notre métier, il est noble. On a fait ce métier-là pour être libres et ne pas être contraints. Effectivement, face à la mort, vous avez deux choix : soit vous la subissez, soit vous êtes en réaction. Donc aujourd'hui, il y a une vraie colère qui est en train de monter.
Vous avez aussi une inquiétude des jeunes, des jeunes qui sont en établissement de formation, qui sont très inquiets, qui sont en train de nous rejoindre, qui nous rejoignent sur les mouvements ou dans les lycées agricoles, parce qu'ils sont inquiets pour leur avenir. Ils croient en l'agriculture, ils croient en élever des vaches, ils croient en faire pousser du blé. Et là, aujourd'hui, le message que leur envoie le gouvernement français est de dire : "vous avez plus d'avenir". Donc, l'inquiétude est grande. Elle est en train de gagner toute la société rurale qui est derrière nous. Donc oui, effectivement, il y a une grande colère qui se lève et qui est silencieuse, qui se manifeste aussi sur des manifestations. Je ne souhaite vraiment pas que ça soit hors de contrôle parce que c'est pas ma vision. Il faut vraiment qu'on ait une réponse politique de la part de la ministre l'Agriculture, mais je crois qu'elle n'a pas envie de nous répondre. Je fais une fois de plus appel à Sébastien Lecornu, notre Premier ministre, pour bien trancher ce dossier-là, qui est très compliqué et très lourd de conséquences s'il n'est pas tranché rapidement.
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