Affaire Lola : "Les propos de Cyril Hanouna sont très graves"

Face aux échecs de la justice, faut-il en venir à se faire justice soi-même ? Les derniers faits divers reposent la question.

Va-t-on bientôt se "faire justice soi-même" ? Est-ce une réponse à l’impuissance de l’État et de la justice ? À Roanne, le père d’une petite fille de six ans agressée sexuellement par un mineur clandestin a passé à tabac l’agresseur présumé avec des amis. À Nantes, après le meurtre d’une femme de 47 ans, des jeunes du quartier ont mené une enquête parallèle pour interpeller un suspect. Dans son émission, Cyril Hanouna estimait, quant à lui, que l’enquête sur le meurtre de Lola devait être plus expéditive.

"L’idée que l’on peut se faire justice soi-même"

Comment analyser ces appels à une forme de vengeance personnelle, cette sorte de réponse face à une société dite laxiste ? "On a tous des réactions éruptives face aux faits de violence les plus horribles, estime Gilles Clavreul, ancien préfet et conseiller de François Hollande, délégué général du Think Tank L’Aurore, auteur de "Comment l’impuissance publique livre la société à elle-même" (éditions de l’Observatoire). Pour autant, ce qui fait qu’une société tient debout, c’est aussi parce qu’elle arrive à se doter d’institutions, de règles, de procédures, quand il y a des actes criminels. On ne peut pas tirer de généralités à partir de trois événements."

"Mais ce qui est un peu nouveau, c’est une plus forte tolérance à l’idée que l’on peut se faire justice soi-même parce que la justice ne va pas assez vite ou pas assez loin." La justice est-elle aussi au-dessus de tout soupçon aujourd’hui ? "Voilà le cœur du débat. On connaît bien les difficultés et les insuffisances de la justice. Structurellement, l’appareil judiciaire est sous-dimensionné. Nous avons moins de magistrats que les pays homologues, comme l’Allemagne, moins bien payés, avec moins de moyens. Nous avons aussi un certain sous-dimensionnement carcéral qui fait que l’on a moins tendance à incarcérer du fait de la gravité des faits."

 

"Cyril Hanouna a une énorme influence"

"Quand il y a des autorégulations qui se mettent en place, c’est la loi du plus fort, ce n’est pas la justice, rappelle au passage Gilles Clavreul, délégué général du Think Tank L’Aurore. Ceux qui interviennent dans le débat public, les stars de la télévision ont aussi une responsabilité importante. Les propos de Cyril Hanouna, et ce n’est pas la première fois, me paraissent très graves."

Pourquoi sont-ils graves ? "Il est très écouté, très entendu, a une énorme influence. Il légitime quelque chose. Si demain, des gens commencent à se faire justice eux-mêmes en disant : 'Monsieur Hanouna nous a dit à la télé que l’on avait bien raison de faire comme ça', c’est un vrai problème de société. Entre un délai moyen d’audiencement de 18 mois et la justice rendue dans la journée, il doit y avoir un moyen terme. On ne peut pas avoir un débat serein avec des raisonnements à l’emporte-pièce."

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