single.php

Sexualité : pourquoi les pratiques dites "trash" gagnent du terrain

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - La sexualité des Françaises et des Français se diversifie, mais certaines évolutions interrogent. Une vaste enquête de l’IFOP pour la communauté sex-positive JOYclub met en lumière la banalisation de pratiques autrefois marginales, comme les gifles, les étranglements ou les attachements durant les rapports sexuels.

Sexualité : pourquoi les pratiques dites "trash" gagnent du terrain

Si les auteurs de l’étude soulignent que ces pratiques ne concernent pas l’ensemble de la population, leur diffusion rapide chez les jeunes générations, notamment chez les femmes, nourrit le débat sur l’influence des nouvelles normes sexuelles et des contenus pornographiques.

56% des femmes déclarent s’ennuyer lors de leurs rapports sexuels

Réalisée auprès de 2.210 personnes représentatives de la population française, l’enquête dresse le portrait contrasté d’une sexualité contemporaine plus ouverte mais pas nécessairement plus épanouissante. Premier constat : l’ennui sexuel féminin progresse fortement. En 2026, 56% des femmes déclarent s’ennuyer lors de leurs rapports sexuels, contre 36% il y a trente ans.

L’écart entre hommes et femmes reste également marqué en matière d’orgasme : 67% des hommes atteignent l’orgasme à chaque rapport ou presque, contre seulement 40% des femmes. Chez les moins de 35 ans, ce fossé est encore plus important : 75% des hommes jouissent à chaque rapport, contre 33% des femmes.

Dans ce contexte apparaît une autre tendance marquante : l’essor des pratiques qualifiées de "trash" par l’IFOP. L’étude révèle que 61% des Françaises de 20 à 29 ans déclarent avoir déjà été giflées, griffées, mordues, fessées ou tirées par les cheveux lors d’un rapport sexuel. Plus encore, 44% des femmes de moins de 35 ans disent avoir déjà été attachées avec des cordes ou des menottes, tandis que 37% ont déjà été étranglées ou bâillonnées par un partenaire.

Pour l’IFOP, ces pratiques, autrefois limitées à certains univers BDSM codifiés, tendent à devenir un élément ordinaire du répertoire sexuel des jeunes générations. L’institut évoque notamment l’influence d’une culture pornographique omniprésente dans laquelle l’étranglement, la domination ou certaines formes d’humiliation sont fréquemment représentés.

"C'est un fantasme féminin qui remonte à la nuit des temps"

Brigitte Lahaie, animatrice de "Brigitte Lahaie Sud Radio" (du lundi au vendredi, de 14h à 16h), invite toutefois à ne pas céder à une lecture uniquement alarmiste du phénomène. "Je pense qu'il faut toujours faire attention aux interprétations, le fantasme de se faire attacher, c'est un fantasme féminin qui remonte à la nuit des temps" explique-t-elle avant d'ajouter "Après, que les jeunes femmes se sentent obligées de faire ce dont leur partenaire a envie, ça existe aussi depuis la nuit des temps. Moi, quand j'avais 20 ans, je faisais un peu ce dont mon partenaire avait envie. Aujourd'hui, il peut toujours courir !"

L’animatrice de Sud Radio estime néanmoins que l’étude met en évidence des tensions réelles dans les rapports entre les sexes. "Cela fait partie du féminin de se laisser faire. L'homme, il est dans sa pulsion, et il est dominé par sa pulsion, et il va avoir envie de faire ce qu'il a envie de faire. Et il est souvent assez incapable de voir si, en face, ça répond vraiment."

"Bien sûr, les femmes avancent. Mais elles avancent dans le bon sens, c'est-à-dire en étant plus capables de reconnaître leurs désirs. Mais elles avancent aussi dans le mauvais sens en ne voulant plus aucun homme parce qu'ils sont tous soi-disant agressifs et abuseurs. Donc, je pense que cette enquête, elle n'est pas si dramatique que ça", poursuit Brigitte Lahaie à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

"On va avoir la sexualité qu'on a besoin d'avoir à des moments de sa vie"

L’étude montre également que la diversification des pratiques ne se traduit pas toujours par davantage de satisfaction. La simulation de l’orgasme est en forte hausse : 57% des femmes déclarent avoir déjà simulé, contre 32% à la fin des années 1990.

Pour Brigitte Lahaie, certaines pratiques traduisent aussi un malaise générationnel plus large. "Moi, je sais à quel point la sexualité est thérapeutique. C'est à dire qu'on va avoir la sexualité qu'on a besoin d'avoir à des moments de sa vie. Et ça révèle quoi ? Ça révèle beaucoup d'anxiété chez les jeunes", estime Brigitte Lahaie au micro de Valérie Expert.

L’animatrice constate une évolution des relations amoureuses. "La drague, c'est peut-être pas mal que ça disparaisse. Mais en effet, la séduction a disparu. J'ai des amis qui ont des fils de 18 ans - ils bougent plus une oreille ! Donc, la séduction n'est plus possible."

Pour autant, elle refuse toute nostalgie. "Il ne faut jamais dire que c'était mieux avant. Je pense qu'aujourd'hui on a la possibilité plus facilement d'avoir la sexualité qu'on a envie d'avoir sans se sentir coupable. Mais il ne faut pas non plus dramatiser. Je pense qu'il y a des tas de jeunes qui tentent des trucs, et puis après ils se rendent compte que ça ne leur plaît pas, et puis ils vont faire autre chose", conclut Brigitte Lahaie sur Sud Radio.

Entre désir d’expérimentation, influence culturelle et recherche de nouvelles sensations, la sexualité des jeunes générations apparaît ainsi plus diversifiée que jamais. Reste à savoir si cette diversification s’accompagnera, dans les années à venir, d’une meilleure prise en compte du plaisir et du consentement de chacun.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.

L'info en continu
13H
12H
11H
10H
09H
08H
Revenir
au direct

À Suivre
/