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Réduire les populations du moustique tigre sans pesticides : le pari de Terratis

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Le moustique tigre poursuit sa progression en France. Désormais présent dans la grande majorité des départements, cet insecte invasif constitue à la fois une nuisance pour les habitants et un risque sanitaire en raison de sa capacité à transmettre des maladies comme la dengue, le chikungunya ou le virus Zika.

Réduire les populations du moustique tigre sans pesticides : le pari de Terratis
Le moustique tigre peut notamment transmettre la dengue. (AFP)

Face à cette expansion, une entreprise montpelliéraine, Terratis, mise sur une approche innovante et écologique : la Technique de l’Insecte Stérile (TIS). Une solution qui suscite un intérêt croissant auprès des collectivités locales.

"On élève des millions de moustiques en routine et toute l'année"

Créée en 2024 à Montpellier, Terratis s’est spécialisée dans une méthode déjà utilisée contre certains insectes ravageurs à travers le monde : la stérilisation des mâles avant leur relâchement dans l’environnement. L’objectif est simple : interrompre le cycle de reproduction du moustique tigre sans recourir aux insecticides. La société a déjà déployé des expérimentations dans plusieurs territoires et collabore notamment avec la Ville de Montpellier.
Pour comprendre cette stratégie, il faut d’abord connaître le fonctionnement de l’espèce. "On ne capture pas les mâles sur le terrain. Par contre, on les élève. On a sur Montpellier un élevage massif de moustiques tigres, c'est notre activité. On élève des millions de moustiques en routine et toute l'année", explique au micro de Sud Radio Clélia Oliva, cofondatrice et présidente de Terratis.

Les moustiques sont élevés dans des installations contrôlées avant que les mâles ne soient séparés des femelles grâce à leur taille. Ils sont ensuite stérilisés par exposition à des rayons X avant d’être relâchés dans les zones concernées. "Ces mâles, on va se permettre de les relâcher, parce qu'ils ne piquent pas. Et ça, c'est un gros point à comprendre. Chez les moustiques, il n'y a que les femelles qui piquent", poursuit la chercheuse à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu. Une fois dans la nature, ces mâles s’accouplent avec des femelles sauvages qui ne produiront alors que des œufs non viables, réduisant progressivement la population.

"Les mairies, elles voient très bien le bénéfice direct sur leur population"

L’enjeu est de taille. "Le moustique tigre, c'est un moustique qui n'était pas en Europe avant les années 2000. Il est arrivé en 2004 en France", rappelle Clélia Oliva au micro de Sud Radio. Originaire d’Asie, Aedes albopictus a profité de la mondialisation et du transport de marchandises pour coloniser le continent européen. Aujourd’hui, il est implanté dans une large partie du territoire français et sa progression est favorisée par le réchauffement climatique et des hivers plus doux.

Pour répondre à cette demande croissante, Terratis a développé une véritable ferme à moustiques. "On a des installations qui nous permettent de contrôler de façon fine la température et l'humidité pour reproduire une situation tropicale, pouvoir produire le moustique de façon homogène. Et on a dû robotiser nos élevages pour pouvoir bien s'en occuper tous les jours et alléger aussi la charge et la pénibilité du travail aux équipes", explique Clélia Oliva.

La solution semble convaincre de plus en plus de collectivités. Les demandes des mairies se multiplient à mesure que les habitants se plaignent des nuisances. Le coût de départ est estimé à environ 1.000 euros par hectare et par an pour les premières zones traitées. "Les mairies, elles voient très bien le bénéfice direct sur leur population. C'est vraiment un point douloureux, le sujet des moustiques", confie la dirigeante de Terratis. Elle ajoute que la réduction de la densité de moustiques permet également de diminuer les risques de transmission des maladies.

Si les chercheurs soulignent que cette technique doit encore gagner en efficacité industrielle et être combinée à d’autres mesures de lutte, elle apparaît déjà comme l’une des pistes les plus prometteuses pour limiter durablement la prolifération du moustique tigre tout en préservant la biodiversité.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.

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