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Jeffrey Epstein et agences de mannequins : une mécanique de prédation dénoncée

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Longtemps présenté comme un financier influent entouré de célébrités, Jeffrey Epstein apparaît aujourd’hui au centre d’un système international d’exploitation sexuelle dont les ramifications dans le monde du mannequinat font l’objet d’une attention croissante.

Jeffrey Epstein et agences de mannequins : une mécanique de prédation dénoncée
Jeffrey Epstein et agences de mannequins : une mécanique de prédation dénoncée

Victimes, anciennes mannequins et associations réclament désormais des enquêtes sur le rôle joué par certaines agences et recruteurs qui auraient servi d’intermédiaires entre de jeunes femmes vulnérables et de puissants prédateurs.

Le mannequinat, l’un des angles morts de l’affaire Epstein

Pendant des années, les enquêtes sur Jeffrey Epstein se sont concentrées sur son réseau de complices et sur les personnalités fréquentant ses résidences. Mais un autre aspect du dossier retient aujourd’hui l’attention : les liens entretenus par le milliardaire déchu avec le monde du mannequinat. Plusieurs enquêtes journalistiques, témoignages de survivantes et procédures judiciaires décrivent un système dans lequel des agences, des recruteurs et des intermédiaires auraient contribué à mettre de très jeunes femmes à la disposition de prédateurs sexuels.

Le nom du Français Jean-Luc Brunel revient régulièrement dans les dossiers liés à Epstein. Ancien agent de mannequins, il a été accusé par plusieurs femmes d’avoir utilisé son activité professionnelle pour recruter de jeunes filles attirées par la promesse d’une carrière dans la mode. Des documents judiciaires et diverses enquêtes ont également mis en lumière les liens financiers entre Jeffrey Epstein et l’agence MC2 Model Management, fondée par Jean-Luc Brunel.

Exploiter la vulnérabilité des jeunes mannequins

Selon la journaliste Marie Peyraube, auteure du livre Les Insatiables (Éditions Stock), la vulnérabilité des mannequins constituait un élément central de ce système. Beaucoup étaient mineures ou très jeunes, isolées dans un pays étranger et dépendantes de leur agence pour le logement, les revenus ou les visas. "Je ne sais pas si tout le monde sait ce que c'est qu'une bookeuse. Mais quand une jeune fille est signée dans une agence de mannequins, elle a une référente, qui est sa bookeuse, et qui est chargée de l'envoyer dans des castings, de lui donner son travail, son emploi du temps et ses jours de récup. Donc, c'est quand même quelqu'un qui compte beaucoup dans le quotidien de ces jeunes mannequins", explique Marie Peyraube au micro de Sud Radio.

"Et notamment une bouqueuse qui s'appelle Pamela, qui vit aujourd'hui aux États-Unis, qui a complètement changé de vie. Elle a refusé de nous répondre. Mais c'est quand même quelqu'un qui a une grosse responsabilité dans ce système de prédation, qui a engendré toute cette souffrance. Il y a une jeune femme qui aujourd'hui a 60 ans. Elle me raconte : 'Je rentre d'une journée de casting épuisante'. Il faut savoir qu'il y a très peu d'élues, donc la plupart de ces jeunes filles gagnent très mal leur vie. Elles sont logées soit chez les patrons, soit dans des appartements de mannequins un peu insalubres. On est très loin du glamour quand même. Et donc, cette fameuse Pamela passe un coup de fil en disant : 'Il faut que tu sois dans un quart d'heure sur les Champs-Élysées, il y a un dîner avec telle ou telle personne'. Et donc, non seulement elle l'envoie concrètement dans la gueule du loup, mais c'est qu'elle valide quelque part cette anormalité", poursuit Marie Peyraube à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Soirées privées : il était difficile de refuser

Les soirées privées occupaient une place importante dans ce mécanisme. "Ça fait partie du job. Et c'est très difficile de dire 'non, je ne vais pas y aller'… Sachant que l'agence facture quand même ces jeunes filles pour ces soirées, elles peuvent pas vraiment dire non. Et ces femmes ont une grande responsabilité", explique Marie Peyraube.

D’après plusieurs victimes, le refus pouvait avoir des conséquences professionnelles. "Il est mis dans la tête de ces jeunes filles que si elles ne sortent pas, si elles ne sont pas libérées, elles n'auront pas de carrière. Et puis même ça va plus loin : elles sont des 'pauvres filles coincées'. Vous voyez, il y a cette espèce de chantage", raconte Marie Peyraube sur Sud Radio.

"Je pense que cet argent a aussi acheté le silence"

En mars 2026, plus de quarante victimes de Jeffrey Epstein et professionnelles de la mode ont demandé l’ouverture d’enquêtes visant à déterminer comment certaines agences auraient pu servir de "pipeline" vers des abuseurs. L’ancienne mannequin et militante Sara Ziff estime que le problème dépasse largement le seul cas Epstein et concerne des mécanismes structurels de l’industrie. En France, de nouvelles plaintes visent également d’anciens recruteurs de mannequins soupçonnés d’avoir attiré des jeunes femmes par de faux castings avant de les présenter à Epstein ou à d’autres hommes fortunés.

Pour Marie Peyraube, la longévité de ces pratiques s’explique aussi par le poids économique du secteur. "Je pense qu'il y a tellement d'argent, encore plus que dans le cinéma. On parle de sommes plus élevées que les PIB de certains pays africains. Et je pense que cet argent a aussi acheté le silence", explique-t-elle au micro de Sud Radio.

Aujourd’hui, alors que de nouveaux documents judiciaires continuent d’être examinés aux États-Unis et en France, les regards se tournent de plus en plus vers les structures qui auraient permis à Epstein d’approcher des centaines de jeunes femmes sous couvert de glamour et de réussite professionnelle.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.

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