Derrière cette rupture se dessinent des difficultés financières, des critiques de gestion et un débat plus large sur l’avenir du commerce textile en France. En toile de fond, la future loi anti-fast fashion pourrait rebattre les cartes du secteur.
BHV Marais : le repreneur met fin au partenariat avec Shein
Le BHV Marais tourne une page particulièrement mouvementée de son histoire. Le 16 juin, la Société des Grands Magasins (SGM), cofondée par Frédéric Merlin, a annoncé la cession du fonds de commerce à une équipe emmenée par Karl-Stéphane Cottendin, ancien directeur général de l’enseigne. L’une des premières décisions des repreneurs a été de mettre un terme au partenariat avec Shein, qualifié d’"erreur stratégique" par la nouvelle direction.
L’alliance entre le grand magasin historique du centre de Paris et la plateforme chinoise d’ultra-fast fashion n’aura duré que quelques mois. Dès son lancement, elle avait suscité une vive opposition de nombreuses marques, d’élus et d’associations environnementales. Plusieurs enseignes avaient quitté le BHV, refusant d’être associées à Shein, tandis que l’image du magasin se dégradait progressivement.
Cette rupture avec Shein intervient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis plusieurs mois, le BHV fait face à des accusations d’impayés et à des difficultés financières. Frédéric Merlin lui-même a reconnu que son nom était devenu "peut-être un handicap" pour l’avenir du magasin. Le dirigeant assure néanmoins que la reprise permettra au BHV de retrouver un nouveau souffle autour de ses activités historiques : la maison, la décoration, le bricolage et l’art de vivre.
"Le seul truc que sait vendre Frédéric Merlin, c'est du pipeau"
Pour Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter, la responsabilité de l’ancien propriétaire est écrasante. "Le seul truc que sait vendre Frédéric Merlin, c'est du pipeau. Sur ça, il est très fort. Parce que depuis le début, il ne nous vend que des mensonges. Premièrement, il doit des millions aux marques […]. Donc oui, c'est quelqu'un qui est un piètre gestionnaire, qui est un menteur […]. C'est lui qui a décidé de faire ce partenariat de la honte avec Shein", dénonce Yann Rivoallan au micro de Sud Radio.
Selon Yann Rivoallan, la crise du BHV illustre également l’impact de l’ultra-fast fashion sur l’ensemble du secteur textile. "Il y a beaucoup de vêtements neufs qui sont vendus. Et en même temps, c'est une marque qui tombe ou qui est en redressement judiciaire toutes les semaines. Donc, pour comprendre l'explication, c'est assez simple : Shein, Temu et toutes les autres plateformes vendent des produits de très faible qualité, majoritairement en polyester, à 80%. Et toute la croissance et tout ce volume se fait à cause d'eux. Et donc, de ce fait, c'est non seulement une catastrophe en termes d'emploi en France…", déplore le président de la Fédération française du prêt-à-porter à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
La loi "anti-fast fashion" toujours en attente de décrets d'application
Cette séquence intervient alors que la France poursuit son offensive législative contre l’ultra-fast fashion. Le texte dit "anti-fast fashion", adopté par le Parlement mais toujours en attente de plusieurs décrets d’application, prévoit notamment des mécanismes de pénalisation environnementale, des restrictions publicitaires et une meilleure information des consommateurs sur l’impact écologique des vêtements.
Yann Rivoallan accueille favorablement cette évolution, tout en appelant à la prudence : "En soi, c'est une très grande victoire. Mais il y a des 'mais'. Le premier 'mais', c'est qu'il n'y a pas encore de décret. Et de ce fait, elle n'est toujours pas effective. […] Tant que j'ai pas vu la loi appliquée, j'attends."
Au micro de Sud Radio, le représentant du secteur estime que le débat dépasse largement la question du prix des vêtements. "La vraie question, c'est : est-ce que on a envie de porter des vêtements en plastique ? Est-ce qu'on a envie d'avoir des produits qui sont hors normes ? Est-ce qu'on a envie d'avoir des produits qui sont dangereux ? Est-ce qu'on a envie d'exploiter les gens ? Est-ce qu'on a envie de détruire la planète ? […] Et c'est une honte de leur faire croire que la seule solution, c'est Shein ou Temu."
Il défend également une consommation davantage tournée vers la qualité et la durabilité : "Si j'achète un jean très cher, par exemple chez Atelier Tuffery, qui va coûter 120 euros, l'avantage, c'est que la qualité de ce jean permet de le mettre grosso modo 10 fois plus de temps qu'un jean Shein", rappelle Yann Rivoallan à l'antenne de Sud Radio.
Pour le BHV Marais, l’enjeu est désormais de reconstruire une identité fragilisée par des mois de controverses. Le départ de Shein marque peut-être la fin d’un épisode, mais certainement pas celle des interrogations sur l’avenir du commerce textile français et sur la place que l’ultra-fast fashion continuera d’y occuper.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.