Nikola Mirkovic : "Dès l’arrivée des colons, les Amériques ont une destinée impériale"

Nikola Mirkovic, auteur de "L’Amérique empire" (Éditions Temporis), était l'invité de "Bercoff dans tous ses états".

Nikola Mirkovic
Nikola Mirkovic, invité d'André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Nikola Mirkovic a passé en revue l'histoire des États-Unis pour démontrer que les États-Unis ont toujours voulu dominer le monde.

 

Nikola Mirkovic : "Selon Noam Chomsky, parler d’un empire américain, c’est comme parler du triangle triangulaire"

Comme l’explique Nikola Mirkovic, les États-Unis sont un pays qui s’est toujours vu comme étant supérieur au reste du monde, voire comme un empire. "Le premier président américain, George Washington, qui était chef de la révolution contre les Britanniques, parle d’un 'infant empire', un très jeune empire. John Adams, le deuxième président des États-Unis, dit : 'notre république fédérative, pure, vertueuse et civique dominera pour toujours, régnera le monde et introduira la perfection de l’homme'. Ils sont tout à fait sincères, et c’est au tout début. Plus tard, Noam Chomsky dira que 'parler d’un empire américain, c’est comme parler du triangle triangulaire'. Et Paul Kennedy, le grand historien britannique spécialisé dans les États-Unis, dit : 'dès l’arrivée des colons, les Amériques ont une destinée impériale'. John Carver, le premier gouverneur de Massachussetts, dit que 'les yeux du monde doivent être tournés vers les États-Unis comme la cité sur la colline'. Enfin, Madeline Albright, la secrétaire d’État de Bill Clinton et ambassadrice des États-Unis aux Nations-Unis, disait que 'les États-Unis voient plus loin que le reste du monde'."

"Aujourd’hui on est dans la financiarisation de l’économie américaine"

"Les États-Unis ont grandi sur la conquête de territoires, de l’Atlantique jusqu’au Pacifique. Ils ont fait la guerre contre les Indiens, les Mexicains, contre les Britanniques et les Français. Ils ont conquis un immense territoire et se sont développés grâce à un capital qui venait d’Europe. Ce capital était plus productif aux États-Unis : il fallait construire les chemins de fer, les ports, les routes… La stratégie des États-Unis était la stratégie d’ouverture de marché : il fallait exporter le surplus de production sur de nouveaux marchés. Les États-Unis sont intéressés par les ressources naturelles du marché, que ce soit en Europe, en Amérique du Sud, en Asie… Une fois qu’ils ont récupéré les ressources naturelles, ils vont transformer le produit, puis le réexporter dans ces pays. Aujourd’hui on est dans la financiarisation de l’économie américaine : ils ont délocalisé leur savoir-faire, leurs usines dans d’autres pays dans les années 1970. Et depuis les années 1980-1990, les Américains dominent grâce à leurs finances.

Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, les Américains mettent en place les outils de leur future domination, de leur empire. En tout cas, de ce qu’ils voudraient faire. Avec les accords de Bretton Woods, la création du FMI et de la Banque mondiale. Toutes les monnaies sont convertibles contre le dollar qui, lui, seul, est convertible contre de l’or. Au sortir de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis représentent 6% de la population mondiale, mais plus de 40% de la production manufacturière mondiale. Les États-Unis vont se battre pour faire tomber – c’est la stratégie de 'containment' de Truman – les États qui ne rentrent pas dans le rang des États-Unis, qui ne veulent pas passer pour le dollar. S’en suivent plusieurs guerres très meurtrières : 3 millions de morts en Corée, 1 million de morts au Vietnam. Et quand ce ne sont pas des guerres, ce sont des opérations d’ingérence : le Chili, l’Iran, le Guatemala…", a raconté Nikola Mirkovic.

 

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