Christian Harbulot : "L'Allemagne fait exprès de ne jamais acheter d'armements français"

Christian Harbulot, directeur de l’École de guerre économique et directeur associé du cabinet de conseil Spin Partners, spécialisé en intelligence économique et lobbying, était l'invité de "Bercoff dans tous ses états".

Christian Harbulot
Christian Harbulot, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Christian Harbulot a récemment publié, avec Lucie Laurent et Nicolas Moinet, un nouveau livre : "Guerre économique : qui est l'ennemi ?" (Éditions Nouveau Monde).

 

Christian Harbulot : "Dans le secteur agroalimentaire, il y a une influence américaine sur trois échiquiers"

Dans son livre, Christian Harbulot érige les États-Unis en premier ennemi économique de la France. "Ça fait quand même pas mal d’années qu’ils nous affaiblissent. Aujourd’hui, si on voit comment nous sommes affaiblis sur différents terrains stratégiques industriels, les États-Unis ne sont pas le pays allié rêvé qu’on aurait pu croire. L’agriculture et l’agroalimentaire a longtemps été le socle de notre économie, ça l’est encore. Il est clair qu’il y a une menace globale sur les forces productives qu’il y a en France. Tout simplement parce que des intérêts industriels américains, notamment liés à la Silicon Valley, veulent imposer un nouveau mode de production, avec un argument très subtil : on n’est pas des conquérants, on ne veut pas se substituer à quelqu’un, on vient en aide à l’humanité pour la nourrir à l’horizon 2050. Cet ensemble d’approches remet en question notre propre mode de production, notre mode de consommation, et souligne des problèmes qui passent un peu sous le tapis, comme la santé publique. J’ai constaté que le monde agricole et agroalimentaire ne voyait que son propre cœur de métier et ne voyait pas l’approche globale.

Sur l’échiquier concurrentiel c’est un discours très peu agressif, plutôt accommodant : "nous venons vous sauver". Il y a ensuite l’échiquier des experts : on va chercher des poux sur la tête à nos agriculteurs et un certain nombre d’industries agroalimentaires. Le troisième échiquier, c’est celui de la société civile, ceux qui défendent la veuve et l’orphelin, qui se proclament, qui s’auto missionnent, avec des attaques beaucoup plus dures. Et quand on analyse ces trois échiquiers, on essaie de comprendre quels sont les liens entre eux et s’il y a une orchestration. Et c’est lorsqu’on va dans le dur qu’on trouve des choses assez intéressantes", a déclaré Christian Harbulot.

"On ne peut pas se permettre de se faire rouler dans la farine"

"L’Allemagne reconstruit sa puissance. On ne peut pas la laisser agir seule comme elle le fait en ce moment. Si on faisait un pointage précis de tous les armements que l’Allemagne achète en dehors de ce qu’elle fabrique, on constate, en dehors de quelques contrats de coopération avec la France, qu’elle fait exprès de ne jamais acheter d’armements français. On est dans une ambiance de cynisme très désagréable quand on voit le jeu des Verts allemands pour déstabiliser les intérêts économiques français. En ce moment il y a des enquêtes très poussées comme quoi les écolos allemands ont reçu des fonds russes. Et là on voit la dépendance assumée des Allemands vis-à-vis du gaz russe. Il est temps de regarder le dessous des cartes.

On ne peut pas se permettre de se faire rouler dans la farine comme on l’est depuis tellement longtemps. On ne peut pas continuer à laisser faire les autres en étant tétanisés. Ce qui m’encourage à être optimiste, c’est que je vois à l’intérieur de la société française des structures qui se mettent à réfléchir et à changer. Il y a un changement de cap qui est en train de s’amorcer, et c’est sans doute le message le plus encourageant qu’on puisse trouver en ce moment."

 

À lire aussi :

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h30 dans "Bercoff dans tous ses états" Sud Radio.