Agnès Verdier-Molinié : "En 20 ans, la France a doublé sa dette"

Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP), était l'invitée de "Bercoff dans tous ses états".

Agnès Verdier-Molinié
Agnès Verdier-Molinié, invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Agnès Verdier-Molinié publie un nouveau livre : "La France peut-elle tenir encore longtemps ?" (Éditions Albin Michel).

 

Agnès Verdier-Molinié : "Il y a une peur que personne ne dit, c’est la peur de la crise de la dette"

Quel est l’état des finances publiques aujourd’hui ? "Nous sommes dans une situation où nous avons mangé notre pain blanc, nous avons dépensé 144 milliards d’euros au niveau de la crise sanitaire sur deux ans, c’est gigantesque. Et on a fait marcher la planche à billets au niveau de la Banque centrale européenne, sur l’initiative de la France bien évidemment. On voulait s’endetter à taux bas, mais ce n’est plus tenable parce que l’inflation est en train de ratiboiser tous les citoyens de notre continent. Beaucoup de pays ont lâché les dépenses, les États-Unis aussi. Vous avez vu que la Banque centrale américaine a remonté les taux bien avant nous. Nous, nous n’avons pas voulu le faire parce que nous avons voulu continuer à dépenser sans compter, et parce que nous avons eu peur. Il y a une peur que personne ne dit, c’est la peur de la crise de la dette, qui risque de nous arriver dessus.

On a complètement changé de paradigme. Depuis les années 2000, on nous a dit : on peut s’endetter, ça nous coûte de moins en moins cher. Je suis allée à l’Assemblée nationale, j’ai vu les différents présidents de la commission des finances, les différents rapporteurs du budget… Je leur ai dit : attention, on ne peut pas continuer comme ça, à ne pas contrôler l’argent public que nous dépensons, à s’endetter de plus en plus. On est passés de 1.500 milliards de dette au sein de Maastricht, c’est-à-dire ce qui est compté dans la dette publique de la France, à presque 3.000 milliards de dette. Cela veut dire qu’on a doublé la dette en milliards. Et pendant ce temps-là, on a eu de moins en moins d’argent pour payer la charge de la dette annuelle", a expliqué Agnès Verdier-Molinié.

"Rien qu’en intérêts, la France déboursera pour sa dette un peu plus de 51 milliards d’euros sur deux ans"

Quid de la charge de cette dette ? "Pour 2022-2023, en intérêts sur la dette française, on est à un peu plus de 51 milliards d’euros. Mais pour 2023, on ne sait pas si les chiffres qui sont anticipés par le gouvernement sont les bons. Déjà sur 2022, on n’est pas sûrs qu’on va finir l’année avec les chiffres qu’on nous annonce en ce moment. Actuellement, on est un peu plus au-dessus des 3% du taux d’intérêt."

La Fondation IFRAP a récemment réalisé un chiffrage de l’économie que procurera le plan de sobriété de l’État. Qu’en est-il ? "Si on consomme moins d’électricité, moins d’énergie en général, ça veut dire qu’on produit moins en France. Ce qui consomme le plus d’électricité, ce sont quand même nos entreprises. On a regardé, à la Fondation IFRAP, le plan de sobriété de l’État : si on additionne les économies réalisées par toutes les administrations, ça fait que 3% de l’ensemble des économies qu’il faut réaliser. C’est tout petit. Si on fait l’économie de 164 TW d’énergie, ça veut dire qu’on va fermer les chaînes de production encore plus qu’aujourd’hui, on va ralentir l’économie française", a déploré Agnès Verdier-Molinié.

 

À lire aussi :

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h30 dans "Bercoff dans tous ses états" Sud Radio.