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"Trouver de l'ombre": à Marseille, les sans-abri en première ligne face à la chaleur

Valentin arrive toujours à trouver un moyen pour se réchauffer en hiver, mais le jeune sans-abri redoute davantage l'été: "quand il fait chaud, même te mettre de l'eau dessus, ça ne te refroidit plus."

JOEL SAGET - AFP

Valentin arrive toujours à trouver un moyen pour se réchauffer en hiver, mais le jeune sans-abri redoute davantage l'été: "quand il fait chaud, même te mettre de l'eau dessus, ça ne te refroidit plus."

Son quotidien à Marseille, écrasée par la chaleur, consiste alors à "trouver une place à l'ombre" pour lui et ses chiens, "jusqu'à ce que les flics arrivent et nous demandent de partir", explique le trentenaire, sous un pseudonyme.

Pour s'hydrater et faire sa toilette, il utilise les fontaines qui quadrillent le Vieux-Port et La Canebière, artère commerçante de la cité phocéenne. "Des maraudes passent et nous donnent du savon", précise-t-il.

Sa difficulté du moment? "La chaleur!"

"Tu ne fais rien, tu attends juste que le soir arrive pour pouvoir vivre, balader les chiens", explique Valentin, entouré de trois autres compagnons d'infortune.

En hiver, "quand tu as froid, tu t'écartes du centre-ville et tu fais un feu de camp", témoigne ce Breton de naissance, Marseillais d'adoption.

Les sans-abri figurent parmi les publics les plus vulnérables face à la canicule exceptionnelle qui frappe la France et une partie de l'Europe, alertent les associations. Elles exhortent les autorités à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour lutter contre le sans-abrisme.

"Ces personnes, de plus en plus de jeunes et de femmes, n'ont pas de toit toute l'année et sont en première ligne", souligne Bérangère Grisoni, présidente du Collectif les Morts de la Rue, recensant les décès depuis 2012.

L'association rapporte 960 morts à la rue en 2025, 228 depuis janvier 2026.

En pleine canicule, deux SDF ont été retrouvés morts mercredi dans les rues d'Argenteuil (Val-d'Oise), a indiqué le parquet de Pontoise.

- Douches et fontaines -

"On pense plus facilement aux sans-abri en hiver mais des gens meurent dans la rue parce qu'il fait trop chaud", s'alarme Francis Vernède, directeur régional Provence-Alpes-Côte d'Azur, de la Fondation pour le logement des défavorisés.

"On entend les appels du gouvernement: +Restez chez vous aux heures les plus chaudes+." Mais, "Il n'y a pas de chez-soi pour ces personnes-là. Elles subissent donc des 35-40 degrés pendant des heures et des heures, et c'est dramatique", s'insurge-t-il.

Ses équipes vont au contact des personnes fragilisées, leur offrent eau fraîche et sirop, pour "donner plus envie de boire", et les orientent vers les douches et les fontaines.

En cas de mise en danger, les travailleurs sociaux alertent les pompiers.

La Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre) réclame des "plans canicule" calqués sur le modèle hivernal, pour ouvrir des sites d'hébergement d'urgence durant les nuits de fortes chaleurs.

Le député LFI du Val d'Oise Paul Vannier veut lui créer une trêve estivale interdisant les expulsions locatives du 1er juin au 30 septembre. Déposée vendredi, sa proposition de loi rendrait obligatoire l'ouverture de places d'hébergement supplémentaires dès le déclenchement de la vigilance orange canicule.

En attendant, certains comme Bastien se débrouillent seuls: il alterne entre l'hôtel et la rue depuis trois mois.

Une plage à Marseille alors que la canicule s'étend au sud-est de la France, le 20 juin 2026

Une plage à Marseille alors que la canicule s'étend au sud-est de la France, le 20 juin 2026

MIGUEL MEDINA - AFP/Archives

"La chaleur, c'est assez compliqué pour les gens sans revenus", confie le SDF de 42 ans. "Le plus dur: s'hydrater, trouver de l'ombre et des douches."

Pour se laver, il fréquente les douches des plages ou le pôle hygiène mis en place par la ville, à destination des plus précaires.

"Jusqu'à environ 16h, c'est dur, et si tu ne te désaltères pas, tu peux faire une insolation", ajoute cet homme qui ne descend à la mer "que le soir, car il fait trop chaud la journée."

Pour survivre, il fait "un peu la manche pour manger", installé près d'un supermarché.

Mais la chaleur complique cette source de subsistance car "les gens sont un peu plus dans leur bulle".

Par Wafaa ESSALHI / Marseille (France) (AFP) / © 2026 AFP

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