La justice a condamné à 25 ans de réclusion criminelle un homme jugé devant la cour d'assises des Alpes-de-Haute-Provence pour viols aggravés, actes de torture et de barbarie, proxénétisme sur son ex-compagne, Laëtitia R.
La condamnation est assortie d’une période de sûreté des 2/3. Elle est inférieure à la peine de réclusion criminelle à perpétuité qui avait été requise par le ministère public.
Guillaume B., 51 ans, ancien directeur d’une agence bancaire, était jugé depuis lundi à Digne-les-Bains pour avoir infligé d’innombrables sévices à Laëtitia, sa compagne durant sept ans, affirmant qu'ils entretenaient une relation sadomasochiste et qu’elle était consentante.
Après plus de quatre heures de délibération des jurés, Laëtitia, mère de famille de 42 ans, a fondu en larmes à l'énoncé du verdict tandis que l'accusé est resté impassible.
Pendant une semaine de débats publics devant les assises des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, la plupart des actes -des coups, un tatouage dégradant, de la zoophilie, des brûlures, des étranglements ou de la scatophilie- ont été reconnus par Guillaume B.. Tout comme les relations sexuelles tarifées qu'il a imposées à son ex-compagne avec d'autres hommes, près de 500 selon la plaignante.
"Les faits ne sont pas contestés, la question c'est le consentement", avait plaidé l'un des deux avocats de défense, Me Arnaud Lucien.
"Il est difficile de comprendre que certaines personnes puissent s'adonner à ces pratiques", a concédé sa consœur Me Charlotte Barriol, mais les nombreux messages du couple "démontrent que Laëtitia a été consentante", selon elle.
Une version que Laëtitia a contestée durant une semaine de débats éprouvants auxquels ses quatre enfants ont partiellement assisté.
Dans sa dernière prise de parole avant le verdict, l'ex directeur de banque aux cheveux grisonnants et à la fine moustache a assuré "regretter certaines choses", tout en niant, en pleurs, "être le monstre qu'on décrit". "Je ne pensais pas faire mal", a-t-il dit encore alors que de nombreux documents attestent de la souffrance manifestée par son ex-compagne lors des pratiques qu'il lui imposait.
- "Nier la dignité humaine" -
L'avocat de Laëtitia R., reconnue handicapée entre 50 et 80%, avait expliqué que sa cliente avait souhaité des débats publics, inspirée par le courage de Gisèle Pélicot, devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles pour avoir publiquement témoigné des viols commis par son ex-mari et des dizaines d'hommes.
Devant le tribunal, des représentantes d’un collectif féministe ont été présentes tout au long de la semaine pour soutenir Laëtitia, aujourd'hui lourdement handicapée. "Libres et fortes", énonçaient leurs pancartes samedi.
"Votre décision déterminera ce que la société accepte qu'un être peut faire à un autre demain", avait lancé vendredi aux jurés l'avocate générale Malinka Eymond en requérant la perpétuité pour prévenir un "risque de récidive sur une autre femme".
Guillaume B. a "voulu nier la dignité humaine", a-elle dit, assurant que "la relation sadomasochiste n'en avait que le nom, ces pratiques sont censées être encadrées, or la plaignante ne pouvait jamais dire stop".
Les enquêteurs ont relevé qu'aucun "safe word", pour arrêter un rapport, n'avait été établi.
"Qu'il arrête de se cacher derrière le sadomasochisme ", avait lancé Laëtitia à la barre assurant qu'il s'agissait de "violences pures et dures".
Elle affirme qu'elle "vivait dans la peur permanente" pour elle et ses enfants, redoutant les représailles de son compagnon et la diffusion d'enregistrements intimes si elle le quittait.
Après leur rencontre en 2015, la relation de couple a, sous prétexte au départ de jeux sexuels sadomasochistes, évolué en relation d'emprise psychologique et de contrôle total du mis en cause sur sa compagne, selon l'enquête.
En juin 2022, la victime parle pour la première fois de sa situation à une amie qui alerte les forces de l’ordre, entraînant l'interpellation de Guillaume B.
Préparatrice en pharmacie de formation, Laëtitia souffre selon son avocat de séquelles physiques et physiologiques "qui font qu'elle est dans l'incapacité de mener une vie quotidienne normale".
Par Juliette MANSOUR / Digne-les-Bains (AFP) / © 2026 AFP