Ce mercredi, Donald Trump est attendu pour un dîner au château de Versailles avec le président Emmanuel Macron. Cette réception, qui a lieu pour célébrer les 250 ans de l'indépendance américaine, se déroulera à l'issue du sommet du G7 organisé à Évian.
Mais le président de la République a bien précisé qu'il ne s'agissait pas d'un « dîner de gala ». Tout sauf un détail car sous la Ve République, rares sont les Chefs d'Etat, Rois ou grands de ce monde qui ont eu droit à cet honneur ultime. Alors concrètement, que signifie et que cache cette précision d'importance ?
Le dîner de gala au-dessus de tout et dans la galerie des Glaces
Depuis 2017, Emmanuel Macron a reçu trois chefs d'État au château de Versailles : Vladimir Poutine pour commencer, Naruhito, l'empereur du Japon, et Charles III, accompagné de la reine Camilla. Donald Trump est donc le quatrième chef d'État à bénéficier de cet honneur. Dans l'histoire, bon nombre de chefs d'État ont, eux aussi, eu droit à cette réception : Nikita Khrouchtchev, Richard Nixon, Hassan II, Élisabeth II ou encore Juan Carlos.
Mais seuls quatre, depuis le début de la Ve République, ont bénéficié de la réception la plus honorifique, la plus prestigieuse, surnommée le « dîner de gala ». Cet honneur a été réservé à deux reprises sous Charles de Gaulle, une fois sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing et une fois en 2023 par Emmanuel Macron.
Charles de Gaulle et le Belge Baudoin 1er en 1961
Le dîner de gala à Versailles se déroule dans la galerie des Glaces et n'a pas réellement de portée politique. Il est surtout destiné à honorer la présence d'un chef d'État respecté, à l'impressionner et à lui réserver le meilleur accueil possible.
Le premier dîner de gala aurait eu lieu le 25 mai 1961, lors de la venue du souverain belge Baudouin Ier et de la reine Fabiola à Paris pour une visite officielle. Tous deux ont eu droit à une visite en grande pompe de la capitale : parade sur les Champs-Élysées, réception au Louvre puis à Fontainebleau, bal à l'Opéra Garnier et, pour finir, dîner de gala à Versailles. Le seul doute qui demeure quant à cette réception exceptionnelle est le suivant : ont-ils dîné dans la galerie des Glaces ? Il semble que ce soit le cas, mais il n'existe aucune photographie, contrairement aux trois autres chefs d'État qui ont eu cet honneur.
Les Kennedy pour le plus grand des dîners de gala
Peut-être le dîner de gala au château de Versailles le plus marquant de tous. Le 1er juin 1961, le président américain John Fitzgerald Kennedy et son épouse Jackie sont en voyage officiel en France, reçus à l'Élysée par le général de Gaulle — une semaine seulement après Baudouin Ier. Ce soir-là, un dîner de gala dans la galerie des Glaces est offert en leur honneur.

(Photo by Ann Ronan Picture Library / Photo12 via AFP)
À 20h, les convives prennent place autour d'une longue table installée dans la galerie, pour un dîner rassemblant plus de 150 invités. La Grande Galerie est entièrement électrifiée et chauffée pour l'occasion. C'est aussi une démonstration des arts de la table à la française : cristal de Baccarat, vaisselle de Sèvres et pièces du Grand Vermeil de Napoléon.
Le Shah d’Iran à Versailles en 1974
Treize ans plus tard, c'est Valéry Giscard d'Estaing qui s'empare du château de Versailles et réserve les mêmes honneurs à un autre chef d'État. Le 24 juin 1974, le président organise un dîner de gala en l'honneur du Shah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi et de l'impératrice Farah, en visite officielle en France. Le choix de Versailles n'est pas anodin : la France entretient alors avec l'Iran des liens économiques et culturels étroits, et Giscard souhaite marquer les esprits.

Le Shah, monarque absolu à la tête d'un empire pétrolier au sommet de sa puissance, est l'un des dirigeants les plus influents du monde à cette époque. L'accueillir dans la galerie des Glaces, c'est lui signifier qu'il est traité en égal des plus grands. Cette apparition sera l'une des dernières du Shah sur la scène internationale, avant qu'il ne soit renversé en 1979.
Emmanuel Macron renoue avec la tradition pour Charles III
Il faudra ensuite attendre près de cinquante ans pour qu'un quatrième chef d'État ait droit à cet honneur. Le 20 septembre 2023, le roi Charles III et la reine Camilla sont invités au château de Versailles pour un dîner d'État fastueux. Pour la première fois, l'Élysée autorise une caméra à filmer une telle réception au plus près des invités. Le dîner, organisé dans la galerie des Glaces, réunit entre 150 et 160 convives triés sur le volet. La liste des invités incarne le thème de la soirée, qui vise à « réinvigorer » l'amitié franco-britannique : Mick Jagger, Charlotte Gainsbourg, Emma Mackey, Arsène Wenger, Bernard Arnault…

Alors la précision d'Emmanuel Macron n'est pas anodine. Ce dîner avec Donald Trump mercredi soir ne s'inscrit pas, selon lui, dans cette catégorie. Versailles, oui, mais pas la galerie des Glaces. Le message est clair : on célèbre les 250 ans de l'indépendance américaine et l'on soigne une relation mise à mal, mais on ne met pas Donald Trump au panthéon des hôtes les plus honorés de France. Voici la différence entre un dîner d'apparat et un dîner de gala.