Pogačar, le grand favori qui vise l'Histoire
Impossible de ne pas commencer par lui. Tadej Pogačar (UAE Team Emirates-XRG), 27 ans, aborde ce Tour 2026 en costume de patron absolu. Le Slovène a déjà remporté quatre Tours de France (2020, 2021, 2024, 2025) et vient chercher un cinquième sacre qui l'installerait dans le club très fermé des Anquetil, Hinault, Merckx et Indurain.
Sa préparation a de quoi faire trembler la concurrence : vainqueur du Tour de Romandie, du Tour de Suisse avec plus de six minutes d'avance, ultra-dominateur sur les classiques du printemps, il affiche déjà 13 victoires en 16 jours de course cette saison. Sa seule défaite de l'année : Paris-Roubaix, concédée à Wout van Aert. Chez UAE, il pourra compter sur un fidèle lieutenant en la personne d'Isaac del Toro. Sauf accident, Pogačar partira archi-favori pour un nouveau maillot jaune à Paris.
Vingegaard, le seul outsider ?
Face à l'ogre slovène, un seul rival semble en mesure de tenir la distance sur trois semaines : Jonas Vingegaard (Visma | Lease a Bike). Le Danois, double vainqueur du Tour (2022, 2023), réalise une très bonne saison, ponctuée par une victoire sur le Giro d'Italia en mai, avec cinq étapes remportées. Il s'est également imposé à Paris-Nice et sur le Tour de Catalogne, remportant les trois courses par étapes disputées cette année.
Vingegaard n'a jamais terminé plus bas que deuxième sur ses cinq précédentes participations au Tour. Reste une question : après un Giro géré sans forcer, aura-t-il totalement récupéré pour batailler dès les Pyrénées ? L'absence de Wout van Aert, forfait pour blessure au coude, prive toutefois sa formation d'une pièce maîtresse.
Seixas, le phénomène français à peine sorti de l'adolescence
Il n'a que 19 ans et sera pourtant l'un des visages de ce Tour 2026. Paul Seixas (Decathlon CMA CGM) devient le plus jeune français à s'élancer sur la Grande Boucle depuis 1937. Après un début de saison tonitruant qui a emballé la France entière, le prodige tricolore a connu un coup d'arrêt lors du Tour Auvergne-Rhône-Alpes : une chute suivie d'un abandon sur la dernière étape, malgré un baroud d'honneur dans le Grand Colombier. Mais l'attente placée en lui est toujours aussi grande : Decathlon CMA CGM en a fait son leader pour ce Tour, avec l'ambition affichée de viser le podium. Une première participation à haut risque, mais un potentiel jugé exceptionnel par l'ensemble du peloton.
Evenepoel, le patron de Red Bull-BORA-hansgrohe
Nouveau venu chez Red Bull-BORA-hansgrohe, Remco Evenepoel arrive sur ce Tour avec un CV déjà impressionnant : champion olympique, vainqueur de la Vuelta 2024, troisième du dernier Tour de France et lauréat du classement du meilleur jeune. Le Belge partage la direction de la course avec son coéquipier Florian Lipowitz au sein d'une équipe désormais annoncée comme l'une des mieux armées du peloton pour le classement général, avec Jai Hindley en renfort. Le profil du parcours 2026, entre chrono par équipes à Barcelone et contre-la-montre individuel en Haute-Savoie, doit particulièrement lui convenir. Reste à savoir jusqu'où il pourra pousser Pogačar et Vingegaard dans la bataille pour le jaune.
Carapaz, le grimpeur qui ne joue plus le général
Champion olympique à Tokyo, vainqueur du Giro d'Italia 2019, meilleur grimpeur du dernier Tour de France : à 33 ans, Richard Carapaz (EF Education-EasyPost) n'a plus rien à prouver. L'Équatorien revient pourtant de loin : opéré au niveau du périnée début avril, il a dû renoncer au Giro avant de livrer une véritable résurrection sur le Tour de Suisse, terminé à la deuxième place derrière l'intouchable Pogačar. Chez EF, pas question de viser le classement général : l'équipe américaine a fait de l'attaque et de la chasse aux étapes sa philosophie. Carapaz vise avant tout une victoire d'étape et la reconquête de son maillot à pois, gagné en 2024 avec un succès à Superdévoluy.
Del Toro, le lieutenant qui pourrait devenir un rival ?
Il n'a que 22 ans mais affiche déjà l'un des palmarès les plus impressionnants de la saison 2026 : trois courses par étapes remportées (le Tour des Émirats arabes unis, Tirreno-Adriatico et le Tour Auvergne-Rhône-Alpes). Isaac del Toro (UAE Team Emirates-XRG) sort surtout d'un printemps 2025 retentissant sur le Giro qu’il a terminé à la deuxième place après avoir porté le maillot rose pendant onze jours et remporté une étape. Sur ce Tour, son rôle est clairement défini : épauler Pogačar en montagne.
Ayuso, l'ambition d'un podium ?
Absent du Tour en 2025 après avoir enchaîné Giro (abandon sur blessure après une victoire d'étape) et Vuelta (deux succès d'étape et un rôle de lieutenant auprès de João Almeida, deuxième), Juan Ayuso retrouve la Grande Boucle sous ses nouvelles couleurs de Lidl-Trek. Le Madrilène de 23 ans a connu un début de saison en dents de scie : vainqueur du Tour d'Algarve, puis contraint à l'abandon sur Paris-Nice et le Tour du Pays basque, avant de retrouver de bonnes sensations avec une troisième place au Tour Auvergne-Rhône-Alpes, où il s'est incliné face à son ancien coéquipier Del Toro. L'objectif est clair et assumé : « Terminer sur une marche du podium à Paris », a-t-il expliqué avant le départ. Il deviendrait, en cas de réussite, le premier Espagnol dans le top 3 du Tour depuis Alejandro Valverde en 2015.
Pidcock, l'électron libre au nouveau costume
Pour sa toute première participation au Tour de France sous ses nouvelles couleurs de Pinarello Q36.5, Tom Pidcock endosse un rôle inédit de leader d'une équipe qui découvre elle-même la Grande Boucle. L'Anglais, déjà vainqueur d'étape à l'Alpe d'Huez, possède toutes les qualités pour viser un bon classement général, mais ses intentions exactes restaient encore floues à quelques jours du départ. Entouré de baroudeurs comme Chris Harper, Fred Wright ou Quinten Hermans, Pidcock pourrait tout aussi bien jouer la carte du chasseur d'étapes sur les terrains accidentés que celle de l'outsider pour le général.
Bernal, le retour de l'ancien vainqueur
Sept ans après son sacre de 2019, Egan Bernal (Netcompany INEOS) retrouve un Tour de France qu'il n'avait plus disputé depuis sa terrible chute de 2022. Le Colombien de 29 ans, redevenu champion national sur route en février, sort d'une dixième place au Giro. Sur cette Grande Boucle, il partagera la responsabilité du leadership avec Thymen Arensman et le Français Kévin Vauquelin, dans une équipe britannique privée de Carlos Rodríguez et d'Oscar Onley, et qui a fait le choix assumé de courir sans leader unique. « La chance sourit aux audacieux », a résumé le directeur de course Geraint Thomas.
Lipowitz, la révélation qui confirme
L'an dernier, il débarquait en inconnu et repartait avec le maillot blanc et une troisième place inespérée à Paris. Un an plus tard, Florian Lipowitz (Red Bull-BORA-hansgrohe) n'a plus rien d'une surprise. L'Allemand de 25 ans, ancien biathlète reconverti sur le vélo, a enchaîné les places d'honneur cette saison : deuxième du Tour du Pays basque, deuxième du Tour de Romandie, troisième du Tour de Catalogne, avant de conclure sa préparation par une victoire sur le Tour de Slovénie. Codésigné leader chez Red Bull-BORA-hansgrohe aux côtés de Remco Evenepoel, il aura l'occasion de confirmer que son podium de 2025 n'était pas un coup d'éclat.
Van der Poel, prêt à solder ses comptes
À 31 ans, Mathieu van der Poel (Alpecin-Premier Tech) n'a plus rien à prouver sur les classiques : champion du monde sur route en 2023, triple vainqueur du Tour des Flandres (2020, 2022, 2024), double lauréat de Milan-San Remo (2023, 2025), triple vainqueur de Paris-Roubaix (2023, 2024, 2025) et recordman du nombre de titres mondiaux de cyclo-cross, décroché en février dernier. Sur le Tour de France, en revanche, le petit-fils de Raymond Poulidor garde une revanche à prendre.
L'an dernier, il avait pourtant livré une entame canon : vainqueur de la deuxième étape à Boulogne-sur-Mer devant Tadej Pogačar, il avait porté le maillot jaune durant quatre jours au total, avant de devoir jeter l'éponge avant la 16e étape, terrassé par une pneumonie alors qu'il pointait encore troisième du classement par points. Cette année, le Néerlandais revient avec un double objectif assumé : décrocher une victoire d'étape et surtout se muer en lanceur de luxe pour Jasper Philipsen dans la quête du maillot vert.