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Après la chaleur, le déluge : le Sud-Est sous la menace d’orages violents

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Après plusieurs semaines de chaleur et de sécheresse, une forte dégradation orageuse balaie le Sud-Est de la France entre jeudi 20 et vendredi 21 août.

Après la chaleur, le déluge : le Sud-Est sous la menace d’orages violents

Le danger tient aussi à la violence des précipitations sur des sols desséchés, parfois marqués par les incendies. Et alors que la Méditerranée affiche des températures exceptionnellement élevées, les prochaines semaines pourraient réserver d’autres épisodes pluvieux intenses.

"Lors d'orages, l’eau va ruisseler très largement"

Le contraste est brutal. Entre 30 et 50 mm de pluie sont prévus localement en moins d’une heure, des cumuls pouvant atteindre 100 à 130 mm et des rafales généralement comprises entre 70 et 90 km/h, avec des pointes possibles à 130 km/h. Ce jeudi 20 août 2026, Météo-France avait placé l’Isère, la Drôme et l’Ardèche en vigilance orange pour les orages, tandis que 28 départements étaient en jaune. Dans des régions éprouvées par la sécheresse et les feux, ces pluies soudaines ne sont pas nécessairement synonymes de recharge progressive des sols. Elles peuvent au contraire ruisseler très rapidement.

"Si vous allez sur un sol après des incendies, il y a beaucoup de débris, des débris qui sont collés et qui peuvent empêcher l’eau de s’infiltrer dans le sol. Déjà, le sol est très sec. Ces sols très secs favorisent le ruissellement. Cela peut effectivement être accentué dans les régions où, non seulement les sols sont secs, mais où il y a eu des incendies. Ce n’est pas le cas pour tous les sols, mais ce risque existe. Lors d'orages, l’eau va ruisseler très largement. Souvent, ce sont des vallées, en particulier dans le Sud-Est de la France, et ce ruissellement peut être à l’origine d’inondations assez ponctuelles", explique au micro de Sud Radio Jean Jouzel, climatologue et ancien membre du GIEC.

"Le sol n’est pas capable d’absorber cette quantité d’eau énorme qui tombe"

Un danger particulièrement marqué dans les reliefs et les vallées étroites, où les eaux peuvent converger en quelques minutes. "Les crues éclair sont des phénomènes qui dépendent de la géographie des lieux. On comprend bien que, dans des endroits encaissés, dans des vallées, toute l’eau qui tombe sur les reliefs avoisinants se retrouve au fond de la vallée. Cela provoque effectivement des crues éclair, qui sont le lot de ces régions", poursuit Jean Jouzel à l'antenne de Sud Radio.

"Moi, je suis en Bretagne, à Janzé. C’est ce qui est arrivé il y a trois semaines ou un mois : il y a eu un orage, et des gens ont été inondés. C'était une crue éclair, tout simplement parce que le sol n’est pas capable d’absorber cette quantité d’eau énorme qui tombe. C’est l’une des caractéristiques du réchauffement climatique : ce sont des précipitations que l’on dit plus intenses. C’est-à-dire que la même quantité d’eau tombe sur une période plus courte. Et comme le ruissellement est limité dans ces régions, cela accroît le risque de crues éclair. C'est ce qui a été à l’origine de ce qui s’est passé autour de Valence. Il y a quand même eu 200 morts. On peut aussi se rappeler la Roya, il y a quelques années. On voit donc bien que ce sont des phénomènes qui touchent le pourtour méditerranéen plus spécifiquement que les autres régions de France ou d’Europe", explique Jean Jouzel.

Le risque d'événements méditerranéens à l'automne

Au-delà de l’épisode actuel, les regards se tournent déjà vers l’automne. La Méditerranée est exceptionnellement chaude : sa température moyenne a atteint 27 °C en juillet 2026 et les eaux se rapprochaient davantage de 30 °C en août, avec jusqu’à 33 °C mesurés début août au large de Majorque. Météo-France rappelle que les épisodes méditerranéens naissent de remontées d’air chaud, humide et instable et que les événements dépassant 200 mm en 24 heures sont aujourd’hui deux fois plus nombreux que dans les années 1960.

Pour Jean Jouzel, la menace dépasse donc les seuls orages qui mettent fin à la canicule : "Le vrai problème, ce ne sont pas seulement ces orages de fin de canicule. C’est aussi ce qui attend le Sud-Est méditerranéen au cours des prochaines semaines ou des prochains mois, cette fois à cause des événements que l’on appelle les 'événements méditerranéens'. Ces événements méditerranéens sont liés au fait que — et c’est le cas actuellement — la Méditerranée est très chaude. On atteint des températures de 30 degrés. Quand la circulation océanique va être telle que les masses d’air seront amenées vers les premiers contreforts des massifs de ces régions, elles seront très riches en eau. Elles vont buter contre ces contreforts, et l’on va observer ce phénomène méditerranéen. Ce sont des masses d’air qui stagnent très longtemps. Cela peut durer une journée entière sur une même région. Et ces masses d'air vont produire des précipitations sans discontinuer. Voilà ce qui peut attendre ces régions dans quelques semaines".

Il n’est pas possible d’attribuer un orage particulier au seul changement climatique. Mais le mécanisme de fond est bien documenté : une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, ce qui favorise des précipitations extrêmes plus intenses. Dans les régions méditerranéennes, cette évolution est déjà observée.

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