Ce vendredi soir, les projecteurs vont s’allumer sur l’Arena de Vérone pour la cérémonie d’ouverture des XIVes Jeux paralympiques d’hiver. Durant dix jours, entre les sommets de Cortina d’Ampezzo et les patinoires de Milan, l’Italie deviendra le théâtre de l’excellence. La France y engage une délégation d'élite, portée par des figures iconiques. Pourtant, sous le vernis de la fête, une ombre persiste : celle de l'exclusion systématique des athlètes en situation de handicap mental, bannis des sommets depuis près de trente ans.
Une garde rapprochée pour une avalanche de médailles
Bien que resserrée avec 13 athlètes, la délégation française ne vient pas pour y faire de la figuration. Le CPSF (Comité Paralympique et Sportif Français) a maintenu un cap ambitieux : réintégrer le Top 4 mondial, une performance de haute volée après la 4e place atteinte lors des dernniers Jeux de Pékin en 2022, avec 12 médailles dont 7 en or.
Au sein de cette équipe de France, le ski alpin reste l'atout majeur. À sa tête, Arthur Bauchet, véritable "ogre" des pistes qui, à seulement 25 ans, porte déjà sur ses épaules l’héritage d’une légende avec 8 médailles paralympiques et plus de 200 podiums mondiaux. En ski nordique, Benjamin Daviet, quintuple champion paralympique, tentera de confirmer son statut de maître du biathlon.
« Les Jeux ne sont pas une fin en soi, c’est le moment où l’on montre au monde que le handicap n’est qu’une variable, pas une limite. Nous partons avec une équipe de gagneurs », soulignait Marie-Amélie Le Fur, Présidente du CPSF lors de la présentation de l'équipe de France à Paris en janvier dernier.
Hernandez et Broisin : les visages de la résilience
Le choix des porte-drapeaux n'est pas anodin. Cécile Hernandez, 49 ans, est le symbole d'une lutte acharnée contre l'administration sportive, elle qui avait dû se battre juridiquement pour concourir à Pékin dans sa catégorie. Jordan Broisin, lui, incarne la fluidité technique du ski debout.
Cette sélection souligne toutefois un défi persistant : la parité. Avec seulement 2 femmes pour 11 hommes, le chemin vers l'égalité parfaite dans les disciplines hivernales reste plus escarpé que les pistes de la Olympia delle Tofane.
Le "ravin" du Sport Adapté : l'héritage de Sydney
Si la fête est belle pour certains, elle reste incomplète pour d’autres avec un goût amer. Pour la septième fois consécutive, les sportifs du "Sport Adapté" (handicap mental ou psychique) regarderont les Jeux depuis leur téléviseur. Cette exclusion est la cicatrice d'un traumatisme né lors des Jeux de Sydney en 2000. L'équipe d'Espagne de basket-ball y avait remporté l'or avec dix joueurs (sur douze) ne souffrant d'aucun handicap. Un scandale de triche qui avait poussé le Comité International Paralympique (IPC) à une décision radicale : l'exclusion pure et simple de la catégorie.
Si le handicap mental a fait son retour aux Jeux d'été à Londres en 2012 (athlétisme, natation, tennis de table), les sports d'hiver restent une forteresse fermée depuis Nagano en 1998. « L'exclusion est une double peine. On nous a punis pour une faute que nous n'avons pas commise. Aujourd'hui, les tests d'éligibilité sont infaillibles, alors pourquoi cette porte reste-t-elle close l'hiver ? », interrogeait à l'automne dernier au micro de Sud Radio, Marc Truffaut, Président de la FFSA (Fédération Française du Sport Adapté) dans l'émission « Faut Que Ça Change ».
L'horizon 2030 : l'ambition française
Le salut pourrait venir des Alpes françaises. À l'automne 2025, une mobilisation sans précédent a vu le jour. La pétition "Jeux 2030 inclusifs", sous l’initiative de Marc Truffaut et Sandrine Chaix vice-présidentes en charge des actions sociales et du handicap (Région AURA), ne demande pas seulement de la visibilité, mais un changement de règlementation. Le mouvement est soutenu par des voix de poids, comme celle de Tony Estanguet, qui a souvent rappelé l'importance de l'héritage social des Jeux : « Le succès de Paris 2024 a montré que le public veut de l'authenticité et une inclusion totale. 2030 doit être le rendez-vous de toutes les singularités. » Propos qu’il tenait lors de son discours à l'occasion du sommet de l'inclusion par le sport, en novembre dernier.
Le rôle crucial des partenaires privés
Dans ce combat pour la reconnaissance, des acteurs comme la Fondation Malakoff Humanis jouent un rôle de stabilisateurs. En finançant les circuits de compétition "hors-Jeux" pour les skieurs comme Clément Richard ou Mélanie De Bona, ils maintiennent à flot un haut niveau qui n'attend qu'une invitation officielle pour briller aux yeux du monde. Une impulsion chère au cœur de son directeur général Pascal Andrieux, qui ne se résout pas à l’idée de baisser les bras, contrairement aux « nombreux partenaires qui après, les Jeux de Paris 2024 sont invisibles », avouait il au micro de Sud Radio, non sans une pointe de regrets dans la voix.
Ironie ou discrimination assumée ?
Alors que les premières médailles vont tomber à Milan, le paralympisme se trouve donc à la croisée des chemins. Entre la professionnalisation extrême des athlètes "physiques" et l'aspiration légitime des athlètes "mentaux", les Jeux de 2026 sont une vitrine magnifique, mais dont une partie du miroir reste brisée. La France, hôte des prochains Jeux d'hiver en 2030, a désormais quatre ans pour convaincre l'IPC de recoller les morceaux.