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Bertrand Vanteau : « La FNSEA est le principal coupable d'avoir dit « Amen » à l'écologie punitive »

Par Elliott Léonard

ENTRETIEN SUD RADIO — Le gouvernement va créer dans chaque département une instance chargée de coordonner les contrôles administratifs des agriculteurs. Publié dimanche, le décret permet un « contrôle unique annuel » sur les exploitations agricoles.

(Photo by Luc Auffret / Anadolu via AFP)

Le président de la Coordination rurale, Bertrand Vanteau, s’est exprimé chez Sud Radio concernant le décret publié au « Journal officiel », sur le « contrôle unique annuel ». L’idée est de concrétiser la promesse d'un seul contrôle par an dans les fermes. Alors cette mesure pourra-t-elle régler le matraquage administratif que subissent les agriculteurs. 

« La Coordination rurale, on est totalement contre le contrôle unique »

Attendez-vous quelque chose de plus concret sur le contrôle unique annuel des agriculteurs que promet le gouvernement ?

Écoutez, quand on lit entre les lignes, ce qui a été mis en place, ce n'est pas une grande avancée. Le contrôle unique, c'est une fausse bonne idée, parce que ça ne réduit pas les contrôles. Au contraire, ça peut même les augmenter. (…) Ce n'est plus tout ça qu'on voulait. En fait, ce qu'on voulait, c'était que la réglementation soit réduite, qu'on ait moins de contrôles, et qu'on puisse être plus libre pour travailler. 

Et aujourd'hui, les choses ne sont pas attaquées comme il faut. Pour être très honnête, c'est quelque chose qui a été fait, entre guillemets, sous les radars, comme d'habitude, entre la FNSEA et le gouvernement. Nous, la Coordination rurale, on est totalement contre le contrôle unique, parce qu'en fait, ça ne simplifie pas la vie des agriculteurs, et ça ne les protège pas des contrôles.

En quoi consiste le contrôle unique ? Est-ce une seule procédure, avec plusieurs formulaires, ou c'est un seul formulaire pour plusieurs procédures ?

Il y a un comité qui va se mettre en place dans chaque département, où il y a une méthodologie qui va être mise en place. Mais en fait, ça ne réduit pas la réglementation, ça l’augmente. Ce qu’on peut reprocher, c'est que ce ne seront pas des contrôles pédagogiques.

Ça aurait pu être intelligent de mettre en place des contrôles pédagogiques pour dire, par exemple, « on vient vous contrôler, on observe qu'il y a des mesures correctives à apporter, et si vous corrigez, vous ne serez pas sanctionné ». Là, aujourd'hui, la sanction s'applique toujours, malgré le contrôle unique.

« On a l'impression que rien n’avance »

N’y-a-t-il pas des mesures qu’on pourrait éliminer ?

Il y en a un paquet. En fait, le vrai sujet, c'est comment on détricote la réglementation franco-française ? comment on supprime aussi certaines agences et offices ? Je pense en particulier à l’OFB (Office français de la biodiversité), qui est aujourd'hui quand même un bras armé contre les agriculteurs. (…) Il faut arrêter ce pays d'absurdit où on nous entrave en permanence et on nous empêche de produire.

Voilà, on a 15% de compétitivité qui manque comparée à nos collègues européens. C’est lié en particulier à la pression de contrôle, c’est lié au surcoût de toutes les structures qui nous encadrent, nous entourent et nous empêchent de travailler librement. Il faut vraiment que le gouvernement change de logiciel, fasse des économies et que l'agriculteur soit considéré. On a l'impression que rien n'avance.

Quand vous examinez la loi d'urgence de D’Annie Genevard, on peut considérer qu'il y a eu quelques avancées, malgré tout, qui ont été concédées par le gouvernement ?

Il ne faut pas créer victoire trop vite. Il en sortira peut-être quelque chose. Il ne faut pas non plus être totalement négatif.

Il y a une volonté d'avancer, mais on a tellement de gens qui ne veulent pas détricoter tout ça et qui sont principalement, la partie gauche des Assemblées, qui fait qu'on reste vigilant. Il faut du temps pour détricoter tout ce qui a été construit pendant 40 ans par l'écologie punitive et décroissante. Donc ça va plutôt dans le bon sens.

L’aide « a intérêt d'être sonnante et trébuchante, sinon ça risque de repartir en sucette »

Vous estimez qu’il y a un petit changement de ton dans les programmes ou qu’on en reste essentiellement aux principes de base, à savoir qu'on privilégiera toujours une grande agriculture, plutôt productiviste, au détriment de l'agriculture qui respecte la nature ?

Vous savez, la FNSEA est aux commandes depuis 80 ans en France. Quand on regarde, (…) elle a avalisé les politiques gouvernementales. Elle a avalisé également les déclinaisons de la PAC franco-française. 

La FNSEA est le principal coupable d'avoir dit « Amen » à l'écologie punitive malgré tout ce qu'ils ont pu raconter. Pour sortir de ça, il faut que le gouvernement continue d'écouter la Coordination rurale sur les revendications qui sont claires, nettes et précises : c'est-à-dire faire des économies sur les offices et les agences, les attribuer dans un fonds d'urgence pour sauver les paysans qui ont besoin d'être sauvés, tous autant qu'ils soient petits, gros. 

Il faut se faire mal, il faut que l'État se fasse mal. On le voit aujourd'hui, la flambée du carburant et de l'énergie nous met à mal. Ça fait deux mois qu'on entend des annonces pour dire : « En fait, les agriculteurs, vous allez payer moins cher. » On n'a rien vu venir. J'attends avec impatience de voir ce que va nous sortir le Premier ministre Sébastien Lecornu ce soir sur une aide sur le GNR. Elle a intérêt d'être sonnante et trébuchante, sinon je vous promets que ça risque de repartir en sucette dès que les grands travaux seront passés.

Vous restez en première ligne et s'il s'avère que les promesses ne sont pas tenues correctement, vous envisagez la possibilité d'une autre mobilisation ?

Oui, oui, peut-être que les modes d'action risquent de changer. Là, il faut être très clair aujourd'hui, je sais pourquoi le gouvernement s'amuse un peu de nous, ils savent qu'on est tous, toute production confondue à fond dans le boulot. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas les oublier. Ça fait deux ans que ça dure et on n'oubliera pas. On n'oubliera pas parce qu'aujourd'hui, il faut vraiment des réponses qui soient très rapides.

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