À la veille du Salon du livre de Créteil, les 27 et 28 juin, le libraire Gérard Collard, co-animateur des coups de cœur des libraires tous les dimanches sur Sud Radio, dresse un constat préoccupant sur la place du livre dans la société française.
Disparition des livres dans les foyers, difficultés économiques des librairies, désaffection d'une partie des jeunes pour la lecture... Pour celui qui dirige depuis plusieurs décennies la librairie La Griffe Noire, défendre le livre relève aujourd'hui d'une véritable "œuvre de résistance".
"Il n'y a plus de livres à la maison"
Lire est-il devenu aujourd'hui un acte de résistance ?
Gérard Collard : Oui, on peut le dire. Mais au-delà de cela, il y a surtout la disparition progressive d'un objet. Dans beaucoup de familles, il n'y a plus de livres à la maison. Pour les enfants, le livre devient un objet presque étranger, qu'ils ne rencontrent parfois qu'à l'école, où il n'est pas toujours présenté de manière ludique.
Le livre de poche résiste-t-il mieux que les autres formats ?
Oui, heureusement. Sans le livre de poche, la situation serait encore plus compliquée. C'est un format qui accompagne le quotidien : on peut l'emporter partout. Et surtout, il y a la question du prix. C'est un élément capital aujourd'hui pour beaucoup de lecteurs.
"Allez dans les bibliothèques !"
Quel public retrouve-t-on dans les salons du livre ?
Tous les publics. Mais il ne faut pas oublier que le pouvoir d'achat joue un rôle important. Certaines personnes n'ont tout simplement pas les moyens d'acheter des livres régulièrement. C'est pour cela que je dis souvent : allez dans les bibliothèques !
On trouve partout en France des établissements qui proposent, parfois gratuitement, un accès à une offre de qualité. Et quand c'est possible, allez aussi chez les libraires, car beaucoup traversent actuellement une période très difficile.
Les jeunes lisent de moins en moins. Comment leur redonner le goût de la lecture ?
Il faut parler leur langage et utiliser leurs outils. Aujourd'hui, les jeunes s'informent sur TikTok, Instagram ou d'autres réseaux sociaux. Il faut être présent sur ces plateformes, privilégier le visuel et surtout parler simplement.
Arrêtons le jargon ou les critiques littéraires compliquées. Quand on parle d'un livre, il faut partager une émotion avec des mots de tous les jours.
"La lecture doit être perçue comme une source de plaisir et d'émotion"
Le monde du livre a-t-il réussi à s'adapter à ce nouveau public ?
Pas encore suffisamment. J'ai parfois l'impression que certains acteurs du monde littéraire parlent davantage entre eux qu'avec les lecteurs. Il faut retrouver une parole simple, spontanée, comme celle qu'on utilise dans la vie quotidienne. La lecture doit être perçue avant tout comme une source de plaisir et d'émotion.
Que représente le Salon du livre de Créteil ?
C'est un salon merveilleux, organisé dans un cadre exceptionnel. Il y règne une vraie convivialité. Les auteurs sont accessibles, on peut échanger avec eux, prendre le temps de discuter. Il y a de la littérature jeunesse, des polars, de la romance, de la littérature générale, des expositions artistiques... Tout le monde peut y trouver son bonheur.
Nous espérons accueillir au moins 25 000 personnes. C'est un grand rendez-vous culturel qui attire des visiteurs venus de toute la France, mais aussi de Belgique ou de Suisse.
"Le polar reste le genre le plus populaire"
Quelles sont les tendances littéraires actuelles ?
La romance attire beaucoup de jeunes lecteurs et lectrices. Le polar reste également le genre le plus populaire aujourd'hui. Mais le salon accueille tous les styles et toutes les sensibilités littéraires.
J'invite tout le monde à venir. Dans la période actuelle, soutenir le livre, les auteurs, les éditeurs et les libraires est essentiel. Oui, aujourd'hui plus que jamais, défendre le livre est une forme de résistance.