Le conducteur de SUV qui a écrasé à Paris le cycliste Paul Varry, un militant pour l'usage du vélo dont la mort avait suscité un vif émoi en 2024, sera jugé pour meurtre devant la cour d'assises de la capitale.
Après un an et demi d'enquête, une juge d'instruction a ordonné un procès contre Ariel M., pour avoir "percuté volontairement avec son véhicule" le cycliste, selon son ordonnance dont l'AFP a eu connaissance.
La mort de Paul Varry, 27 ans, écrasé en fin d'après-midi boulevard Malesherbes, dans le 8e arrondissement de la capitale par un automobiliste qui avait emprunté la piste cyclable, avait provoqué l'émoi chez de nombreux cyclistes, et déclenché une mission gouvernementale contre la violence sur les routes.
La juge a estimé que le conducteur, malgré ses dénégations, avait bien tué le cycliste "en lui roulant volontairement sur le corps et en l'écrasant" avec son SUV Mercedes de 2,3 tonnes.
Ce technico-commercial, qui s'était déjà vu suspendre à deux reprises son permis de conduire, n'avait plus que huit points lorsqu'il a percuté Paul Varry, le faisant tomber avant de lui rouler sur le corps.
"Notre client n’a jamais eu l’intention de donner la mort. Nous allons bien évidemment faire appel de cette décision", ont déclaré à l'AFP les avocats de l'accusé, Mes Caroline Toby, Steeve Ruben et Fabien Arakelian.
"Cette qualification de meurtre est une étape essentielle vers la vérité judiciaire. Elle honore la mémoire de Paul Varry et le combat de ses proches", a réagi de son côté Me Yassine Bouzrou, qui défend la famille de la victime.
- "Intention mortelle" -
Le jour du drame, Ariel M., conduisait sa fille, lycéenne, en retard pour un rendez-vous chez l'ophtalmologue. Il se permet de rouler sur la bande cyclable, avant de se retrouver coincé derrière le cycliste, à l'arrêt sur la gauche, pied au sol.
Au cours d'une altercation de "quelques fractions de secondes", Paul Varry a crié que l'automobiliste lui coinçait le pied et tapé plusieurs fois sur la carrosserie pour exprimer "son mécontentement", selon l'ordonnance.
Après cet incident, Paul Varry descend de vélo et s'écarte de la piste, pendant que l'automobiliste fait une marche arrière sur moins d'un mètre, selon lui pour dégager le pied coincé.
Paul Varry s'est rapproché à pied de la voiture, lorsque le conducteur a accéléré vivement en tournant vers la victime, l'écrasant de ses deux roues avant et arrière gauche, malgré "les alertes visuelles et sonores" du SUV et le fait que Paul Varry soit dans son champ de vision.
Dix témoins décrivent "la réaction particulièrement inadaptée" du conducteur, descendu de son véhicule quelques mètres plus loin : il est "calme et détaché, reprochant au cycliste d'avoir tapé sur son véhicule". Au cours de l'enquête, il laisse "apparaître une forme d'hostilité" à l'égard des vélos et des aménagements cyclables dans la capitale.
Au final, "bien qu'elle ait pu n'être que très brève, intervenue dans un contexte de stress lié au retard de l'automobiliste, au blocage de son véhicule et à son altercation avec le cycliste" alors qu'Ariel M. "était particulièrement mécontent des coups que Paul Varry venait de porter sur son véhicule, cette intention mortelle n'en a pas moins existé de manière certaine", résume la magistrate.
- "Symbole des violences routières" -
Placé en détention provisoire depuis les faits, Ariel M. a été brièvement libéré en avril, avant que la justice ne le renvoie en prison. Il devrait comparaître détenu.
"Nous sommes satisfaits qu’au vu des faits, la justice ait décidé de retenir la qualification de meurtre. Cela nous semble logique", a réagi mardi auprès de l'AFP, Marion Soulet, porte-parole de l’association Paris en selle dont Paul Varry était membre.
"Cette affaire est devenue un symbole des violences routières et au-delà du cas de Paul, nous souhaitons que les pouvoirs publics prennent la mesure de ces violences motorisées et traitent avec la même sévérité les nombreux cas d’agressions, évidemment moins tragiques, qui nous sont régulièrement remontées par les cyclistes. Ils ont un sentiment d’impunité", a-t-elle poursuivi.
En juillet 2025, la ville de Paris a inauguré dans le centre de la capitale une piste cyclable portant le nom de Paul Varry.
Par François BECKER / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP