Une fusillade a fait deux morts et plusieurs blessés hier dans le quartier des Moulins à Nice. Le parquet a ouvert une enquête pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs. Le tireur est toujours recherché et les motifs restent encore flous. Rudy Manna, délégué national UNSA Police était l'invité de Périco Légasse sur Sud Radio
"J'étais le premier à parler de mexicanisation de la France il y a 5 ou 6 ans. On m'avait pris pour un fou, on m'avait dit que j'étais extrémiste en tenant des propos comme celui-ci. J'avais parlé de marseillisation des réseaux. C'est-à-dire qu'ils prenaient des techniques marseillaises pour semer la terreur dans ces réseaux. En l'occurrence à Nice, il semblerait qu'il y ait une guerre entre des trafiquants niçois et la DZ mafia qui veut récupérer des réseaux. Et il se passe ce drame absolu qui s'est passé hier.
"Ces trafics de stups rapportent des dizaines voire des centaines de millions d'euros"
"Parce que là on a affaire à un individu qui arrive en trottinette. J'ai vu des images sur les réseaux sociaux. Le gars est complètement décontracté, il tire 17 cartouches, tue 2 personnes qui sembleraient innocentes parce qu'elles ne sont absolument pas connues de service de police. Il en blesse 6 autres qui sont dans un état d'urgence absolu. C'est-à-dire qu'on arrive dans cette marseillisation de Nice. Ils ont des moyens tellement gigantesques.
"On a du mal à lutter avec une équipe de Ligue des champions quand on est une équipe de 2ème division"
"Parce qu'il faut savoir que ces trafics de stups rapportent des dizaines voire des centaines de millions d'euros. Donc ils ont des moyens gigantesques. Je reprends toujours en tant que bon Marseillais l'équivalent du football. En fait, eux, ces mecs-là, ils jouent en Ligue des champions, et nous, on joue en 2ème division. Et la difficulté c'est qu'on a du mal à lutter avec une équipe de Ligue des champions quand on est une équipe de 2ème division. Mais on fait du mieux que l'on peut. Et vous croyez bien qu'on a beaucoup de courage et de détermination pour essayer de les interpeller"
"C'est une guerre"
"La DZ Mafia prend de la place. Parce qu'on a mis des moyens à Marseille, ça c'est une réalité. Et c'est vrai qu'on tape tous les jours dans ces cités marseillaises. On interpelle les trafiquants de stupéfiants et moi je tire mon chapeau à toutes ces flics marseillais qui font le job avec beaucoup de courage tous les jours. Mais effectivement, ils ont compris le système. Qu'est-ce qu'ils font ? Ils vont ailleurs. Ils vont à Nice, ils vont à Lyon, et ils vont dans d'autres villes.
"On ne peut pas employer d'autres mots. C'est une guerre. Un individu qui tire à 17 reprises sur des gens qui n'ont rien à voir, il rentre dans une cité, il fait un carnage. Donc, on est effectivement dans une guerre. On a besoin de doter les policiers, les gendarmes, de davantage de moyens. La procédure est extrêmement compliquée"
"On a créé une usine à gaz de procédure pénale"
"Mais elle est compliquée pour les policiers, elle est compliquée pour les magistrats, elle est compliquée pour tout le monde. On a créé une usine à gaz de procédure pénale ce qui fait qu'aujourd'hui, ces mecs-là qui ont des centaines de millions d'euros, des dizaines de millions d'euros, et ils prennent des avocats, des cadors du barreau. Ils prennent des mecs qu'ils vont payer à 40, 50, 60 000 euros"
"S'il n'y a pas de consommateurs, il n'y aurait pas de vendeurs"
"Franchement, on doit attaquer ce problème-là. Effectivement, on a mis quelques moyens. Darmanin a mis quelques moyens, Retailleau a mis quelques moyens. On a essayé de les attaquer sur leur propre territoire. On a eu des réussites. Mais par contre, ce n'est pas la réussite absolue. S'il n'y a pas de consommateurs, il n'y aurait pas de vendeurs. Là aussi, il ne faut pas se voiler la face. On a plus d'un million et demi de consommateurs réguliers de stupéfiants en France"
"Un million et demi de consommateurs réguliers. Mais vous savez quoi, ces consommateurs ? On a créé l'amende forfaitaire actuelle. Il faut leur mettre le compte encore plus. Il faut les faire payer plus cher. Il faut qu'on leur tape aussi dans le portefeuille et qu'ils comprennent que d'acheter des stupéfiants à des réseaux comme ça, ça provoque ce qui s'est passé hier à Nice avec deux personnes qui ont été tuées et six blessées"