L'hantavirus est désormais en Europe, en Amérique et en Océanie. Pour le moment, 3 morts, une petite dizaine de contaminés et plusieurs dizaines de cas contacts sont recensés à travers le monde. Au total, l'hantavirus concerne moins de 200 personnes sur 8 milliards. C'est-à-dire, une partie plus qu'infime de la population. Pourtant, tous les médias, tous les gouvernements s'emparent de la situation. Naturellement, le traumatisme lié à la pandémie de Covid-19 survenue il y a six ans resurgit dans beaucoup d'esprits. Alors, les deux situations sont-elles vraiment comparables ?
Pour comprendre pourquoi l'hantavirus ne devrait pas, en l'état, devenir une pandémie, il faut d'abord comprendre ce qui a rendu le Covid-19 si dévastateur, et en quoi les deux virus sont fondamentalement différents.
Deux caractéristiques communes
Les deux virus partagent une même caractéristique de départ : ils sont zoonotiques, c'est-à-dire qu'ils ont franchi la barrière animale pour infecter l'homme. Le SARS-CoV-2 serait issu des chauves-souris, avant de se transmettre à l'humain. L'hantavirus des Andes, lui, circule depuis des décennies chez les rongeurs sauvages d'Amérique du Sud, principalement. Dans les deux cas, c'est le contact, direct ou indirect, avec l'animal réservoir qui déclenche l'infection chez l'homme.
La deuxième caractéristique commune se trouve dans le matériel génétique qui est constitué d'ARN. À la différence des virus à ADN, ils ont plus de chances de muter. Mais c'est dans leur nature. Cela ne signifie pas automatiquement que l'hantavirus peut devenir plus transmissible ou plus mortel.
Le Covid était incontrôlable et exponentiel...
Le Covid-19 s'est propagé à une vitesse inédite pour une raison principale : il se transmettait de façon silencieuse. Une personne infectée pouvait contaminer son entourage plusieurs jours avant de ressentir le moindre symptôme, voire sans jamais en développer. Résultat : le virus circulait librement, invisiblement.
Son R0 - le nombre moyen de personnes contaminées par un seul malade - était estimé entre 2,5 et 6 selon les variants. Dans le Journal of Travel Medicine, le R0 était estimé à 3,28. Autrement dit, c'était un cercle vicieux, chaque malade en contaminait plusieurs autres qui faisaient de même, dans une progression exponentielle impossible à enrayer sans mesures radicales.
… alors que l'hantavirus est traçable et visible
L'hantavirus des Andes fonctionne selon une logique inverse. Sa transmission interhumaine - qui reste rare - nécessite un contact physique étroit et prolongé avec une personne déjà symptomatique. Selon l'Inserm : « La période où le virus se transmet le plus facilement correspond au tout début de la maladie, lors de la phase dite prodromique, lorsque les premiers symptômes apparaissent mais que la personne n'est généralement pas encore hospitalisée ».
On ne serait contagieux que si l'on est déjà malade et lorsque l'on commence à avoir le moindre symptôme alors qu'on a été en contact avec un malade, le Ministère de la Santé « appelle à contacter sans délai le SAMU ». Les malades sont donc hospitalisés rapidement, isolés pendant 42 jours, et peu susceptibles de contaminer largement leur entourage. Son R0, s'il n'est pas précisément calculé, faute de masse d'expérience, serait inférieur à 1. Cela signifie qu'une personne atteinte du virus contamine en moyenne moins d'une personne. Donc le virus s'éteint seul.
Un taux de mortalité plus élevé que le Covid-19
Son taux de mortalité, estimé à environ 38 % chez les patients développant la forme pulmonaire sévère selon le CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies), est sans commune mesure avec celui du Covid. Mais paradoxalement, cette létalité élevée constitue aussi un frein naturel à sa propagation. Il faut préciser que ces 38 % de létalité sont liés aux symptômes respiratoires graves, mais tous les malades n'en souffrent pas.
Sur la vaccination, il y a une différence. Pour le Covid, des vaccins ont été développés en un temps record. Pour l'hantavirus des Andes, on en est loin : aucun vaccin n'existe à ce jour, en cas d'aggravation, seuls les soins intensifs peuvent améliorer les chances de survie.
Vers une nouvelle pandémie ?
L'OMS a qualifié le risque de pandémie de « faible ». Le CDC, de son côté, montre qu'en trente ans de surveillance du virus des Andes en Amérique du Sud, aucune chaîne de transmission longue n'a jamais été documentée. Les clusters sont restés familiaux. En Argentine, 34 cas avaient été confirmés et 11 personnes étaient décédées entre novembre 2018 et février 2019, mais le virus ne s'était pas plus propagé.
L’Organisation mondiale de la Santé, avertit que « compte tenu de la longue période d'incubation du virus », « d'autres cas » d'hantavirus pourraient apparaître dans les semaines à venir. Mais au vu de l’ensemble des caractéristiques citées, le virus ne devrait pas prendre davantage d’ampleur. Pour qu'un scénario comparable au Covid se produise, il faudrait que le virus mute de façon à acquérir une transmission aérienne plus efficace et une capacité à circuler avant les symptômes.