"A 40°C, je ferme les écoles", tranche le maire de Tours Emmanuel Denis. Malgré un plan de rénovation et de reconstruction à 150 millions d'euros sur le dernier mandat, l'élu écologiste n'exclut pas de limiter à nouveau l'ouverture de ses 58 écoles en cas de canicule.
Alors qu'une nouvelle vague de chaleur s'installe, les maires se retrouvent face au même dilemme que l'an dernier: fermer les écoles au risque d'interrompre les enseignements et de susciter la colère de certains parents, ou les maintenir ouvertes, parfois au détriment du bien-être des enfants.
En juin 2025, en pleine canicule et à quelques jours des vacances, 2.200 écoles françaises avaient été contraintes de fermer, dont celles de Tours, restées portes closes l'après-midi.
Depuis, la municipalité tourangelle assure poursuivre ses efforts de rénovation et de végétalisation, tout en prévoyant des mesures d'urgence: aération des classes dès 6H30 le matin, arrosage des cours, installation de ventilateurs et, prochainement, de brasseurs d'air au plafond.
"Quand la chaleur s'installe durablement, il arrive un moment où, quand il fait 40°C dehors, il fait aussi 40 dedans. Et, à ce niveau, moi je ferme car je refuse de prendre un risque pour les enfants", insiste Emmanuel Denis.
A Provins, en Seine-et-Marne, l'épisode caniculaire de l'été 2025 avait aussi conduit le maire Olivier Lavenka à fermer ses onze groupes scolaires, tout en assurant un service minimum d'accueil.
"D'énormes travaux de mise aux normes ont été engagés depuis quelques années, mais on a considéré qu'à 38 ou 39°C, les élèves ne pouvaient pas décemment rester en classe", explique l'élu LR, prêt à prendre la même décision pour toutes les écoles, même si les établissements mieux isolés affichent "quatre ou cinq degrés en moins".
Fort de cette expérience, il a néanmoins fait chiffrer l'installation d'une salle climatisée par école, ce qui reviendrait à 300.000 euros.
"Nous n'excluons pas cette option mais je veux m'assurer de son efficacité", observe M. Lavenka, tout en reconnaissant que "cela ne règle pas le fond du problème".
- "80% des écoles pas équipées" -
Un enfant le 28 mai 2026 dans une école primaire de Soustons, dans les Landes, qui a fermé ses portes deux après-midi lors d'une vague de chaleur qui a fait grimper les températures jusqu'à 53 °C à l'intérieur
Philippe LOPEZ - AFP/Archives
A Forbach, près de la frontière allemande, le maire Alexandre Cassaro, qui a constitué cette semaine un stock de bouteilles et de brumisateurs, ne s'interdit pas de fermer certains établissements "en dernier recours", comme l'an dernier. Tout en envisageant des solutions alternatives, comme le transfert d'élèves vers des lieux climatisés comme la médiathèque.
A Lyon, en revanche, pas question de fermer l'une des 207 écoles. "Certains enfants sont certainement mieux à l'école que chez eux où il fait encore plus chaud, et interrompre la continuité éducative désorganise aussi les familles", souligne Stéphanie Léger, adjointe à l'Education.
A Strasbourg, la municipalité va "demander au rectorat s'il peut autoriser les parents qui le souhaitent à ne pas emmener leurs enfants à l'école", explique l'adjointe chargée des écoles, Céline Geissmann. Sans toutefois demander la fermeture totale des écoles, afin de ne pas pénaliser les parents qui n'ont aucune solution de garde.
Fin mai, le ministère de l'Education nationale a rappelé que les décisions de fermeture devaient résulter d'un "dialogue entre le préfet, les autorités académiques et le maire".
Une coordination jugée difficile à mettre en oeuvre dans l'urgence, observe Guillaume Perrin, spécialiste de la rénovation des bâtiments publics, qui déplore également "l'absence de plan canicule national pour les écoles".
"Ce n'est pas en disant qu'il faut faire le maximum pour garder les écoles ouvertes en buvant de l'eau régulièrement qu'on arrivera à passer les canicules", regrette cet expert, pour qui "80% des écoles ne sont pas équipées pour résister aux vagues de chaleur actuelles".
En 2023, Emmanuel Macron avait lancé un plan visant à rénover 40.000 écoles d'ici 2034, notamment grâce au "fonds vert".
"On a complètement freiné sur ce dispositif. A Châtillon, rénover une école nous a coûté 1,4 million dont seulement 200.000 euros d'aides", regrette Antoine Jouenne, de l'Association des maires de France.
Soucieux d'avancer, le maire de Tours espère nouer un partenariat avec l’Éducation nationale pour "décaler d'au moins une heure les temps de classe". Mais l'option n'est, selon lui, "pas du tout acceptée pour l'instant".
Par Hélène DUVIGNEAU / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP