Favorisée notamment par le diabète de type 2, l’obésité et l’insulinorésistance, cette maladie peut évoluer silencieusement de l’accumulation de graisse dans le foie jusqu’à l’inflammation, la fibrose puis la cirrhose.
Stéatose hépatique : la progression vers les formes graves ne concerne qu’une partie des patients
La MASLD est devenue l’une des maladies chroniques du foie les plus répandues. Une analyse mondiale estimait que la prévalence de l’ancienne "maladie du foie gras non alcoolique" était passée d’environ 25% à 38% entre les périodes 1990-2006 et 2016-2019. La progression vers les formes graves ne concerne qu’une partie des patients, mais la MASLD constitue désormais une cause croissante de maladie hépatique avancée.
"Il y a bien sûr l’origine liée à l’alcool, et puis une origine métabolique. Avant la cirrhose, on va parler de stéatose hépatique métabolique, c’est-à-dire une accumulation de graisse dans le foie, qui peut évoluer vers un stade inflammatoire, lequel va ensuite évoluer vers la cirrhose. Donc, avant de parler de cirrhose métabolique, on parle vraiment de cette dégradation au cours du temps. Et c’est important de le préciser parce qu’on peut agir bien en amont du stade de la cirrhose", explique au micro de Sud Radio Anthony Berthou, diéticien et spécialiste de l'approche systémique de la nutrition.
Au cœur du problème se trouve souvent l’insulinorésistance. Lorsque l’organisme répond moins efficacement à l’insuline, la régulation des sucres et des graisses se dérègle et favorise notamment leur accumulation dans le foie. L’alimentation n’est donc pas, à elle seule, responsable de la maladie : facteurs génétiques, surpoids, diabète et sédentarité participent également au risque. Mais certains apports alimentaires peuvent accentuer ce terrain métabolique.
"Le fructose consommé en excès va favoriser l’accumulation de graisse dans le foie"
Il y a aussi la question de la résistance à l’insuline. Quel est le mécanisme de l’insuline ? Et comment le foie joue-t-il un rôle important dans la régulation de la glycémie ? "Il y a deux notions : il y a effectivement le point sur la résistance à l’insuline et la surconsommation de fructose dans notre alimentation. Le fructose est effectivement présent en partie dans les fruits, mais le fruit est, lui, protecteur. Il y a une grande confusion entre la consommation de fruits et la consommation de fructose d’origine industrielle, qui va être présent dans les sodas, dans les biscuits industriels, les pâtisseries industrielles et autres. Ce qui pose problème aujourd’hui, c’est ce type de fructose. Ce n’est absolument pas le fructose issu du fruit. Ce fructose consommé en excès va favoriser l’accumulation de graisse dans le foie et, effectivement, cette résistance à l’insuline", explique Anthony Berthou à l'antenne de Sud Radio.
"L’insuline, c’est une hormone qui est naturellement produite par l’organisme pour mettre en réserve l’excédent de glucose issu de l’alimentation. C’est un processus qui est tout à fait adapté. Mais c’est vrai que, dans le cas du fructose libre, c’est-à-dire du fructose issu des produits industriels, on assiste à un dérèglement. C'est notamment des sodas, des pâtisseries et autres. : on isole le fructose pour le rajouter dans des produits transformés. Et c’est cette part qui est vraiment problématique aujourd’hui", poursuit Anthony Berthou.
Diminuer la consommation de boissons riches en fructose et saccharose
Les données expérimentales renforcent la vigilance concernant les sucres ajoutés sous forme de boissons sucrées : des essais contrôlés ont montré qu’une consommation de boissons riches en fructose ou en saccharose pouvait augmenter la fabrication de graisses par le foie. À l’inverse, un essai réalisé chez des adolescents atteints de stéatose avait montré qu’une forte réduction des sucres libres diminuait la graisse hépatique.
Le message n’est donc pas de bannir les fruits, mais d’agir sur l’ensemble du mode de vie. Les recommandations européennes privilégient notamment une alimentation de qualité, proche du modèle méditerranéen, la limitation des boissons sucrées et aliments ultra-transformés, l’activité physique et, lorsque cela est nécessaire, une perte de poids durable. Autant de leviers permettant d’intervenir bien avant qu’une stéatose silencieuse ne devienne une cirrhose irréversible.
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