La liste "parallèle" de Deschamps (argumentée)

Un Didier Deschamps pensif
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Voici une liste des 23 "dans un autre monde", une liste "B" sans en être vraiment une, une liste qui ferait saliver beaucoup de sélections avant les éliminatoires pour l'Euro qui débutent dès demain en Moldavie...

Quoiqu'on en dise, Didier Deschamps aura soulevé, il y a maintenant 8 mois, le Graal du football mondial. Il l'aura fait avec une liste qui ne faisait pas l'unanimité avant le coup d'envoi de ce Mondial surprenant dans tous les bons sens du terme. Alors oui, cette liste du jeudi 14 mars contient encore son lot de surprises. Mais peut-on parler vraiment de "surprises" à la vue des noms qui y sont couchés : Giroud, Sissoko, Kimpembe, Thauvin ou encore Lemar pour pallier au forfait de Martial ? Kurzawa et Digne sur un flanc gauche déserté pour blessures des deux Mendy - Benjamin et Ferland - alors que Jérome Roussillon est l'un des artisans majeurs de la bonne saison de Wolfsburg ? Les énigmes Lacazette et Ben Yedder, éternels mal-aimés de DD ? Les étoiles montantes Haller et Dembélé sur le front de l'attaque ? Lenglet et Laporte qui sont tout simplement irréprochables dans les deux meilleures équipes actuelles en Europe ? Alors que "la Dèche" vient tout juste de déclarer à l'AFP que de "continuer jusqu'à la prochaine Coupe du Monde (2022 au Qatar), évidemment, ce n'est pas quelque chose qui me déplairait", ces joueurs prêts à être cités vont devoir faire de grandes choses, peut-être même plus que les autres, pour espérer fouler les marches de Clairefontaine.

Gardiens de but

  • Benjamin Lecomte (27 ans, Montpellier). Si Lloris et Areola sont loin d'être des intrus, la saison déplorable de Steve Mandanda rend le choix du portier phocéen, officiellement, tout sauf sportif. Encore auteur d'un grand match au Parc OL, l'ancien Lorientais a la belle gueule et toutes les qualités pour être gardien numéro 3 voire numéro 2 avec notamment un jeu au pied bien léché et une détente à toute épreuve.
  • Benoit Costil (31 ans, Bordeaux). Le sosie officiel de Giroud est aussi un leader de vestiaire hors pair, à même de remplacer Mandanda dans ce rôle-là (certains diront qu'il prend moins la parole en sélection que son homologue mais avec plus de confiance et de capes, la donne serait-elle la même ?). Valeur sûre de la Ligue 1, il est d'ailleurs le meilleur joueur des Girondins depuis le début de saison selon les fans du club (source : TopWebGirondins).
  • Alban Lafont (20 ans, Fiorentina). On le savait trop grand pour le Téfécé mais peu avaient parié sur une première saison aussi réussie pour le natif de Ouagadougou. Dans un championnat intimidant où les gardiens ont peu d'occasions de briller, Lafont ne se prive pas de montrer l'étendue de son talent avec son impétuosité probablement due à son âge, notamment dans les duels avec les attaquants.

Défenseurs

  • Jérôme Roussillon (26 ans, Wolfsburg). On le connaissait infatigable et très bon défenseur du côté de Montpellier, on le découvre cette saison encore plus dribbleur, plus complet que jamais. Avec 2 buts et autant de passes décisives que de titres d'homme du match (3 chacun), le "piston" gauche avait un boulevard devant lui suite aux forfaits des Mendy. Un boulevard qu'il se serait fait un malin plaisir de dévaler à toute vitesse...
  • Théo Hernandez (20 ans, Real Sociedad). Le frère de Lucas a un profil relativement  différent de ce dernier, moins rigoureux défensivement mais encore plus porté vers l'avant. Ses récents faits d'armes font plus saliver que ceux de Kurzawa, notamment, et la bonne forme de son club basque coïncide. Homme du match ce week-end face à Levante où il a délivré une passe décisive sur un plateau d'argent, en témoigne. 
  • Clément Lenglet (23 ans, Barcelone). Remplaçant naturel d'un Umtiti trop souvent blessé depuis le début de saison, l'ex-Nancéien a tellement bien assuré l'intérim qu'il conserve sa place de titulaire - pour le moment - grâce à des performances irréprochables.
  • Aymeric Laporte (24 ans, Manchester City). Ses déclarations sur Deschamps prétextant que ce dernier ne regardait pas ses performances sportives, additionnées à son hésitation entre sélection espagnole et française desservent clairement son cas. Pourtant, ce n'est pas son talent qui pêche, talent qu'il pourra continuer d'exprimer en quarts de Champions League et dans la course au titre de Premier League, quand on sait que DD aime voir ces joueurs dans les "gros matchs"...
  • Nordi Mukiele (21 ans, RB Leipzig). Peu connu en France, il a pourtant fait les beaux jours de Montpellier avant de s'envoler pour la Bundesliga contre un chèque de 16 millions d'euros. Le défenseur polyvalent (axe droit comme sur un côté) profite de l'émulation de ses compatriotes Upamecano et Konaté pour, aujourd'hui, dépasser ces derniers dans la tête de Ralf Rangnick, son entraîneur. Rapide, technique et puissant dans les airs, il est le défenseur moderne par excellence et incarne ce "dépassement de fonction" que les tacticiens d'aujourd'hui apprécient tant.
  • Willy Boly (28 ans, Wolverhampton). Encore un joueur qui n'est pas de notoriété publique mais qui n'en demeure pas moins efficace. Cadre de "l'équipe-surprise" en Angleterre, il fait partie des meilleurs défenseurs de son championnat. Sa régularité est à souligner dans la ligue la plus relevée du monde et son profil a tout pour plaire au sélectionneur des Bleus. Droitier, physique de colosse à la Sissoko (1 mètre 95), excellent dans les face-à-face avec l'attaquant, il pourrait être une des prochaines surprises...
  • Léo Dubois (24 ans, Lyon). En premier lieu barré par la concurrence de Rafael et Tete à l'OL, il est aujourd'hui un titulaire indéboulonnable dont la qualité de centre et la rigueur tactique sont devenues essentielles au système de Genesio. Beaucoup plus performant que Sidibé et Pavard ces derniers temps, il est en confiance et ne cesse de progresser. Il aurait mérité cette première cape.
  • Kenny Lala (27 ans, Strasbourg). Oui, il est meilleur dans un système à 5 défenseurs. Oui, il est résolument porté vers l'offensive comme en attestent ses 8 passes décisives en plus du fait qu'il tire penaltys, les coup-francs de temps à autre et les corners. Mais imaginez le en "supersub", à un moment où les Bleus seraient menés au score : il serait le latéral droit idéal pour débloquer une situation enlisée.

Milieux de terrain

  • Tiémoué Bakayoko (24 ans, Milan AC). Qui aurait pu mettre une pièce sur l'ancien Monégasque en candidat à l'Équipe de France il y a de ça quelques mois..? Pas même Gattuso qui déclarait fin août que "Bakayoko doit apprendre à recevoir le ballon. Il faut travailler correctement et ça ne va pas être facile" pour dire plus tard qu'"aujourd’hui, on dirait qu’il joue comme Desailly". (...) Peut-être même que Baka est meilleur techniquement". Désormais titulaire indiscutable au détriment de Lucas Biglia, sa "deuxième jeunesse" coïncide avec le retour au premier plan du Milan AC. Un hasard ? Sûrement pas.
  • Jordan Veretout (26 ans, Fiorentina). On reste en Italie avec, encore, un ancien de la Ligue 1 (Nantes et Saint-Etienne) qui, sous le soleil de Florence, vit sa "renaissance". Repositionné devant sa défense alors qu'il avait des repères de box-to-box, Veretout avait connu le maillot Bleu et un titre de champion du monde... mais avec les moins de 20 ans cuvée Pogba, Umtiti, Thauvin et Aréola. Convoqué dans la liste élargie de novembre en tant que réserviste, son ascension ne s'arrête sûrement pas là.
  • Houssem Aouar (20 ans, Lyon). Que dire de plus pour le brillantissime 8 de l'OL ? Héritier du numéro de Juninho et de Pjanic, le crack perpétue la tradition avec sa vision de jeu, son toucher de balle on ne peut plus élégant et ses 7 buts. Il doit cependant progresser dans la rigueur défensive et ne doit plus perdre de ballons bêtement dans ses 30 derniers mètres. Ce défaut est sûrement ce qui freine encore Deschamps pour qui l'équilibre défensif est le mot d'ordre.
  • Morgan Sanson (24 ans, Marseille). Foncièrement polyvalent, il est le joueur le plus régulier de Rudi Garcia depuis septembre. Son audace, sa qualité technique et sa puissance de frappe peuvent décanter un match malgré des lacunes défensives certaines. Sanson progresse, fait son bonhomme de chemin jusqu'à frapper fort à la porte des Bleus.
  • Matteo Guendouzi (19 ans, Arsenal). Sa tignasse d'inconnu au bataillon il y a quelques mois n'a pas fini de faire parler d'elle. Formé au PSG puis finalement rapidement transféré à Lorient, le Franco-Marocain prend une autre dimension sous les ordres d'Emery qui apprécie sa conservation de balle et sa précision dans les transmissions. Le jeune Matteo peut évoluer en pointe basse d'un 4-2-3-1, le système tactique favori de Deschamps...

Attaquants

  • Alexandre Lacazette (27 ans, Arsenal. Après avoir rayonné en Ligue 1 en étant d'ailleurs élu meilleur joueur du championnat devant Zlatan, "la Gâchette" a eu du mal à s'accoutumer à l'Angleterre, la faute notamment à une longue blessure l'an passé. Désormais, ce n'est qu'un mauvais rêve passé puisqu'il totalise 14 buts et 11 passes décisives en 28 matches. Excellent dans les grands rendez-vous, il a marqué contre chaque équipe du "Big Six" anglais depuis son arrivée à l'Emirates. que lui manque-t-il ? Les rumeurs sont légion mais la réalité est plus floue...Capable de jouer seul en pointe en faux 9 via ses remises malignes mais également finisseur intraitable, "Laca" semble payer cash une relation tumultueuse avec le sélectionneur depuis le match des Bleus en Bulgarie.
  • Wissam Ben Yedder (28 ans, Séville FC). Dur jeudi pour LE Français en forme du moment avec ses 11 pions sur les 10 derniers matchs. Éliminé en Ligue Europa à Prague par le Slavia malgré ses 8 buts en 7 rencontres dans la compétition, il est encore oublié par Deschamps. Appelé une seule fois en sélection, l'ancien joueur de futsal est victime de son physique de poche le freinant dans les duels, mais le talent est là et bien là.
  • Sébastien Haller (24 ans, Eintracht Frankfurt). Ancien attaquant vedette des Espoirs, le géant d'1m90 a le profil idéal pour remplacer Olivier Giroud, il est son successeur naturel (lui ou Moussa Dembélé). Excellent dos au but, il n'est certes pas un neuf très technique mais sa finition (19 buts) et surtout son altruisme (12 passes décisives, toutes compétitions confondues) en font le joueur le plus décisif de Bundesliga devant Reus et Lewandowski, excusez du peu. 
  • Jonathan Bamba (22 ans, Lille). On aurait pu citer encore pléthore de buteurs français en forme, mais pour dynamiter une défense, il faut des ailiers. Alors, pour ce faire, Bamba ne se fait pas prier et sa vitesse est son premier atout. Formé à Saint-Etienne comme son homologue ci-dessous, il fait de vraies différences en un-contre-un mais surtout en contres, d'ailleurs arme offensive numéro 1 des Bleus. 
  • Allan Saint-Maximin (22 ans, Nice). Encore trop fantasque pour certains, génie incompris pour d'autres, les arabesques de "Saint-Max" ne passent pas inaperçues. On pourra lui reprocher des relations tumultueuses avec Patrick Vieira mais sûrement pas de ne pas faire tourner la tête des défenses, comme peut le faire un Coman. Avec un peu plus de passes au bon moment et sans le "dribble de trop", cette pépite peut être un candidat plus que sérieux à la sélection nationale. 
  • Benjamin Bourigeaud (25 ans, Rennes). Pas forcément le plus glamour des postulants aux Bleus, il n'en demeure pas moins un combattant indiscutable pour Julien Stéphan, fils de Guy, l'adjoint de...Deschamps ! Tout le monde se souvient désormais de son missile en lucarne face à Arsenal mais ce n'était encore que l'arbre qui cachait la forêt de tous les efforts qu'il produit pour l'équipe. Une énergie et une précision de passes qui doit sûrement plaire à "la Dèche"...

À la Coupe du Monde, le banc des Bleus était évalué à 450 millions d'euros par Transfermarkt. Autrement dit, les Dembélé (94 M), Lemar (76 M), Fekir (71 M) & compagnie ne seraient pas des intrus dans les autres effectifs nationaux. Derrière les "superpuissances" du football global (dans l'ordre : Espagne, Brésil, Angleterre et Belgique), les remplaçants français compléteraient le Top 5 des sélections les plus "chères" du monde. Autant dire que Deschamps a l'embarras du choix et privilégie sans complexe le collectif aux individualités, même si d'aucuns aimeraient avoir des explications quant aux absences des joueurs cités précédemment...

 

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