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L'affaire Sharapova vue par Jean-Pierre Mondenard

Par Mathilde Régis

Le médecin du sport, Jean-Pierre de Mondenard, était l'invité du journal du Tennis de Sud Radio Sports pour évoquer les scandales de dopage, notamment le dernier en date : le contrôle positif de la joueuse de tennis russe Maria Sharapova qui a entraîné sa suspension.

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Sud Radio Sports : Maria Sharapova a été contrôlée positive au dopage, de nombreux joueurs de tennis se sont exprimés là-dessus. On sent beaucoup d'hypocrisie dans ces affaires ? Jean-Pierre de Mondenard : C'est la nature humaine. Effectivement, ceux qui ont une dent contre Sharapova vont l'enterrer et d'autres, en disant que c'est anecdotique, se défendent eux-mêmes parce qu'ils font pareil. J'ai par exemple vu que Jenifer Capriati attaque sournoisement Sharapova en disant qu'elle doit arrêter le tennis et que c'est une honte pour le sport, alors qu'elle a passé sa carrière à prendre de la cocaïne. Tout ce que je lis n'est pas très convaincant. Je suis un spécialiste de ces questions, ce qui m'intéresse par rapport au cas de Sharapova, c'est que par son contrôle positif, elle avertit la planète entière que le Meldonium est détectable. On sait que ce produit est utilisé pour améliorer les performances depuis une quinzaine d'années. Une descente de police chez des sportifs français en île de France avait découvert du meldonium en 2003, ça ne date pas d'hier. À partir de là, des informations ont été recentrées sur l'Agence mondiale antidopage qui pendant toute l'année 2015, a mis le produit sur une liste de surveillance.Quand Maria Sharapova dit qu'elle manquait de magnésium et qu'elle avait peut-être du diabète, il ne faut pas le croire ?Ce sont des excuses. Ce qui est troublant c'est qu'à chaque fois que des athlètes de haut niveau sont pris par la patrouille, à les entendre ils sont tous malades. Donc bientôt, on va recruter les sportifs de haut niveau dans les hôpitaux. Sharapova dit que c'était pour traiter des problèmes de magnésium et un diabète, pas sur elle, mais dans sa famille, en prévention. Dans les principales indications du Meldonium, la cible c'est le cœur, ce n'est ni le magnésium, ni le diabète. C'est d'abord pour traiter l'insuffisance cardiaque ou les problèmes d'infarctus. Il y a d'autres indications et il y a eu des études par rapport au diabète, mais là, le Meldonium était associé à un véritable antidiabétique. Donc sa défense n'est pas très argumentée. Visiblement, il n'y a pas qu'elle qui prend du Meldonium, on trouve aussi des lutteurs, des patineurs de vitesse, un cycliste, un champion de Volley-Ball qui a battu la France avec la Russie il n'y a pas longtemps... Le produit est généralisé dans les pays de l'Est.

"À partir du moment où le produit est décelable et interdit, il devient mort"

Elle a donc servi d'éclaireuse pour signifier à tous les autres athlètes que le meldonium était détectable ?Pas forcément de façon volontaire. Jusqu'à l'année 2015, ce produit n'entraînait aucune sanction. Elle a dû penser pendant quelques semaines ou sur des conseils de son entourage que le produit n'était pas détectable. Elle n'a pas été informée par les autres cas positifs, puisqu'ils ont été révélés après qu'elle se soit fait épingler. Dans tous ceux qui ont été contrôlés positifs ces derniers temps, personne ne savait que le produit était détectable.Ça veut dire qu'il va y avoir d'autres révélations de joueurs dopé au Meldonium ?Bien sûr. Elle est contrôlée le 26 janvier à l'Open d'Australie, à ce moment-là, elle ignore qu'un cycliste a été contrôlé positif le 16 janvier au Meldonium, ou que la patineuse couple l'a été aussi pendant les Championnat d'Europe, etc. C'est une règle absolue depuis 50 ans de lutte antidopage. Les deux caractéristiques qui intéressent les sportifs de haut niveau c'est un produit efficace et indécelable, ou qui ne se trouve pas dans la liste de l'Agence mondiale anti-dopage. À partir du moment où le produit est dans la liste et en plus décelable, il devient mort. Dans les semaines et dans les mois qui viennent, le Meldonium va peu à peu disparaître des contrôles.Maria Sharapova est la reine du Tennis le 31 décembre 2015, et le 1er janvier 2016 elle est à bannir. Du jour au lendemain, le produit est sur la liste des produits interdits, mais ça veut dire que depuis 10 ans, elle utilisait un produit qui améliorait ses performances, il y a le côté immoral, mais aussi le côté illégal. Se doper ce n'est pas forcément prendre des substances illégales, c'est aussi prendre des substances autorisées ?Si on prend un produit qui est dans la liste, on prend un produit dopant. Si on prend un produit qui a des actions dopantes, mais qui n'est pas dans la liste, on est dans une conduite dopante. Donc depuis 10 ans, elle est dans une conduite dopante. Jusque là, le produit n'était pas dans la liste, mais pour moi c'est tout comme. Mais il ne faut quand même pas rêver, si Sharapova ne sait pas qu'au 1er janvier 2016 le Meldonium passait dans la liste qui entrainait des sanctions, c'est qu'elle a un problème.

"Les Russes participent copieusement au dopage"

Il y a un bruit qui court aujourd’hui. Un certain nombre de joueurs parle d'un régime sans gluten qui permettrait de ne pas déceler une substance dopante, une pilule qui permettrait d'assécher les masses musculaires. C'est vrai ?Je n'ai pas cette connaissance par rapport à cela. Mais certains produits, suivant l'alimentation que vous prenez, ne vont pas développer de gros muscles, mais faire acquérir une aptitude pour tenir, 3,4 ou 5 sets comme à la première frappe de balle. Par rapport à cette pilule et au régime sans gluten, je n'ai pas la réponse. En revanche, ce qui m'intéresse c'est d'apporter des informations que l'on ne lit nulle part ailleurs. Il y en a une qu'il faut savoir, c'est que c'est une pratique russe de mettre sur le marché des produits qui vont jouer sur la performance. Depuis 1952, où les russes sont dans le giron olympique, ils ont fait progresser le dopage de façon considérable. Ils ont inventé les chambres d'altitude dans les années 60, les prostimulations dans les années 70. On retombe aussi sur un cas similaire au Meldonium en 1996 pour les jeux d'Atlanta. Une substance qui n’est pas encore interdite circule, mais le laboratoire la détecte. Plusieurs Russes et des pays satellites sont pris. Si vous étiez devant votre télé à l'époque, vous vous souviendrez que le responsable de la délégation russe dira dans les interviews "s'ils testent tous les Russes, ils sont tous positifs". Toute la délégation avait pris ce produit. Ce n'est que quelques semaines plus tard que le produit est entré sur la liste. Depuis il y en a eu d'autres, ils ont inventé plusieurs stimulants, les Russes participent copieusement au dopage.Vous nous dites donc qu'après le Meldonium, il y aura un autre produit similaire ?Bien évidemment, regarder à Sotchi avec le xénon, ce gaz qui permet d'augmenter la sécrétion d'EPO en diminuant l'oxygénation. Le corps se trouve comme s'il était en altitude et fabrique plus d'EPO. Les Russes sont tout le temps dans cette recherche. Il n'y a pas qu'eux, mais chez eux c'est quand même très organisé. L'histoire du Meldonium, c'est rebelote.

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